Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘corps’

Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur (Anna Gréki)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2017



Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur
C’est ma manière d’avoir du cœur à revendre
C’est ma manière d’avoir raison des douleurs
C’est ma manière de faire flamber des cendres
A force de coups de cœur à force de rage
La seule façon loyale qui me ménage
Une route réfléchie au bord du naufrage
Avec son pesant d’or de joie et de détresse
Ces lèvres de ta bouche ma double richesse

A fond de cale à fleur de peau à l’abordage
Ma science se déroule comme des cordages
Judicieux où l’acier brûle ces méduses
Secrètes que j’ai draguées au fin fond du large
Là où le ciel aigu coupe au rasoir la terre

Là où les hommes nus n’ont plus besoin d’excuses
Pour rire déployés sous un ciel tortionnaire
Ils m’ont dit des paroles à rentrer sous terre
Mais je n’en tairai rien car il y a mieux à faire
Que de fermer les yeux quand on ouvre son ventre

Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur
Avec la rage au cœur aimer comme on se bat
Je suis impitoyable comme un cerveau neuf
Qui sait se satisfaire de ses certitudes
Dans la main que je prends je ne vois que la main
Dont la poignée ne vaut pas plus cher que la mienne
C’est bien suffisant pour que j’en aie gratitude
De quel droit exiger par exemple du jasmin
Qu’il soit plus que parfum étoile plus que fleur
De quel droit exiger que le corps qui m’étreint
Plante en moi sa douceur à jamais à jamais
Et que je te sois chère parce que je t’aimais
Plus souvent qu’a mon tour parce que je suis jeune
Je jette l’ancre dans ma mémoire et j’ai peur
Quand de mes amis l’ombre me descend au cœur
Quand de mes amis absents je vois le visage
Qui s’ouvre à la place de mes yeux – je suis jeune
Ce qui n’est pas une excuse mais un devoir
Exigeant un devoir poignant à ne pas croire
Qu’il fasse si doux ce soir au bord de la plage
Prise au défaut de ton épaule – à ne pas croire…

Dressée comme un roseau dans ma langue les cris
De mes amis coupent la quiétude meurtrie
Pour toujours – dans ma langue et dans tous les replis
De la nuit luisante – je ne sais plus aimer
Qu’avec cette plaie au cœur qu’avec cette plaie
Dans ma mémoire rassemblée comme un filet

Grenade désamorcée la nuit lourde roule
Sous ses lauriers-roses là où la mer fermente
Avec des odeurs de goudron chaud dans la houle
Je pense aux amis morts sans qu’on les ait aimés
Eux que l’on a jugés avant de les entendre
Je pense aux amis qui furent assassinés
A cause de l’amour qu’ils savaient prodiguer

Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur

A la saignée des bras les oiseaux viennent boire

(Anna Gréki)

Illustration: Frida Kahlo

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Casida de l’assoiffé (Miguel Hernandez)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2017



Casida de l’assoiffé

Sable du désert
je suis: désert de soif.
Oasis est ta bouche
ou il m’est interdit de boire.

Bouche: oasis ouverte
à tous les sables du désert.

Humide point au milieu
d’un monde embrasé,
celui de ton corps, le tien,
qui n’est jamais à nous deux.

Corps: puits fermé
que la soif et le soleil ont calciné

(Miguel Hernandez)

Illustration: Antoine Picard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le jour annonce la nuit (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2017



Le jour annonce la nuit — éveille-toi.
Je traverse jusqu’à toi le bateau de mon corps
Je cherche à connaître la secrète terre
à travers la carte du sexe

(Adonis)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’entends les extrémités délirer (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2017



J’entends les extrémités délirer
J’entends la taille sangloter, les hanches reposer

L’extase m’emporte
J’entre dans le désert de l’émotion violente je crie ton nom

Je descends aux sphères inférieures
Du côté du monde le plus étroit —
Je vois le feu et les larmes sur même plateau

Je vois la Ville des villes
Et ma coupe déborde.

Ainsi parle le seigneur corps.

(Adonis)

Illustration: Pascal Renoux

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Prosterné (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2017



Prosterné
Je monte les membres éteints
Je rassemble mon coeur
dispersé dans mes extrémités
Je reviens au rêve
Je lève mon regard vers toi qui m’appelles :
« Tu as tardé mon aimé tu as tardé
Mon corps est une tente tu en es les cordages
et les piquets
Tu as tardé mon aimé… »

Liber libera phallus…

Un enfant dans mes habits appelle l’amour
Il pleure et s’étourdit
Epuisé il monte le chemin
Les arbres l’éclairent,
l’air est pour lui citadelle et grelot

(Adonis)

Illustration: Pascal Renoux

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’apparition de la mort (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017




Le corps de la Pensée se raidit
à l’apparition de la mort.
… une mort qu’elle n’aura pas eu le loisir de penser.

(Edmond Jabès)

Illustration: Jean-Louis David

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Retouche à l’apaisement (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



retouche à l’apaisement

masqué par le tilleul le ciel sommeille
la fumée du havane y peint les noms aimés
l’herbe est au souvenir de longs corps accordés
même au vieil armagnac le bonheur ne s’éveille
et le jardin ne semble faire qu’un
avec le dieu numéro un

(Daniel Boulanger)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jamais je n’oublierai cette nuit (Elie Wiesel)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



Jamais je n’oublierai cette nuit,
la première nuit dans un camp,
qui transforma ma vie en une longue nuit,
sept fois scellée

Jamais je n’oublierai cette fumée

Jamais je n’oublierai ces petits visages d’enfants
dont j’ai vu les corps se transformer en fumée
sous des cieux silencieux.

Jamais je n’oublierai ces flammes
qui consumèrent ma foi à jamais.

Jamais je n’oublierai le silence nocturne
qui m’ôta pour l’éternité le désir de vivre.

Jamais je n’oublierai ces moments
qui assassinèrent mon Dieu et mon âme
et transformèrent mes rêves en cendres.

Jamais je n’oublierai ces choses,
même si j’étais condamné à vivre
aussi longtemps que Dieu Lui-même.

Jamais.

(Elie Wiesel)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le monde froid (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Le monde froid

Comme si les feux ne pouvaient
que brûler bas dans le brouillard,
mêlant le gris au gris,
voilant la face d’un soleil lunaire.

Comme si l’arbre sur la rive,
le décharné, grondait
d’un perpétuel hiver.

Les femmes, dans les cuisines,
parlent bas, serrent des châles gris
contre leur corps
que nul amour n’embrase et ne dévêt.

(saison de glace, de murmures,
de coeur plus sourd, battant dans le brouillard)

Tentons alors le mot lumière,
le mot mémoire, le mot désir:
beaux cavaliers lancés contre le froid.

(Jean Joubert)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Saisir l’eau (Pensées celtiques)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



 

Saisir l’eau

On ne peut saisir l’eau dans la main.
Elle s’échappe entre les doigts.

On ne peut saisir la vérité dans l’esprit,
Elle s’échappe entre les pensées.

On ne peut posséder l’eau qu’en la buvant,
En la faisant passer dans le corps.

On ne peut posséder la vérité qu’en la vivant,
En la faisant passer dans le coeur.

(Pensées celtiques)

Illustration: ArbreaPhotos

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :