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LA ROSE DES MERS (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



Christian Broutin 264

LA ROSE DES MERS

Pour avoir déchiffré les signes que l’orage
Suspendait à ces branches folles de l’éclair,
Nous devons arracher nos corps à cette chair
Et la jeter, muette, aux remous du naufrage.

Dans l’exil absolu de ce double rivage
Qui fige entre nous deux et la vague et la mer,
Notre île a dispersé sa forme, et son désert
N’est plus que flamme éteinte et long souffle sans âge.

Cieux promis à l’amour, frères d’une contrée
Tremblante au fond des yeux qui l’avaient ignorée,
Surprendrez-vous ici l’irréelle parole

Qui révèle aux vivants la sentence des morts ?
Elle tourne, silence, autour de ta corolle
Et cherche avec ta bouche un baiser sans remords.

(Louis Emié)

Illustration: Christian Broutin

 

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La pluie faisait corps (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



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La pluie faisait corps
Sans failles
attentif au chétif
à l’écharpe des lisières

Le front contre la vitre
ils rêvaient longtemps
à ce qu’aurait été la vie
s’ils avaient été heureux

(Georges Bonnet)

 

 

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Le jour suit son cours (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



Le jour suit son cours
lentement comme un visage
voyage en miroir

Comme un espoir
devient paysage

Comme le vent
devine un corps sous une robe
une fleur ancienne change de nom

(Georges Bonnet)

Illustration: Suzanne Boland Van De Weghe

 

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Je ne t’avais pas promis (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



 

Alexandre Pavlenko  (15) [1280x768]

Je ne t’avais pas promis

Je ne t´avais pas promis
De te rencontrer un jour
Par hasard ou par envie,
Simplement, d´un peu d´amour

Je ne t´avais pas promis
Qu´ensemble nous dormirions,
Un peu plus que des amis
Un peu moins qu´une passion

Et pourtant, jour après nuit
Tu deviens plus familière
Quand tu es loin, je m´ennuie
Quand tu es là, tout s´éclaire

Je ne t´avais pas promis
De rêver les yeux ouverts
Devant ton corps endormi
Qui semblait encore offert

Je ne t´avais pas promis
De te dire un jour « Je t´aime »
Et lorsque je te l´ai dit
J´en étais surpris moi-même

Et pourtant…

Tu ne m´avais pas promis
La volupté, la tendresse
Que l´amour a réuni
Beaucoup mieux qu´une promesse

(Georges Moustaki)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

 

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LE PAVILLON DE LA TRISTESSE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



 poésie 7

LE PAVILLON DE LA TRISTESSE

Jour et nuit, les plus jolies femmes de l’Empire y dansent.
Les chants les plus joyeux y retentissent.

Lorsque l’ivresse a terrassé tout le monde,
je cesse de boire, je prends mon pinceau, de l’encre d’or,
et j’écris une poésie mélancolique
dont les caractères ressemblent aux corps vermeils
qui jonchent le marbre de la salle.

(La Flûte de Jade)

 

 

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Un soleil, un silence, une source (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



Un soleil, un silence, une source
le vol transparent d’une libellule
l’ombre bleue où lézarde un parfum d’herbe rousse
tous les présents joyeux des canicules
désirés par les coeurs et par les brins de mousse
heureux mais alarmés de tant de chaleurs douces

et ma main solitaire se brûle
malgré l’amitié de l’eau fraîche
sur la pierre polie et sèche
au souvenir des vies offertes
et des corps qui désertent.

(Robert Mallet)

Illustration

 

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Les Noyées (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Les Noyées

VOICI l’heure de brume où flottent les noyées,
Comme des nénuphars aux pétales flétris.
Leurs robes ont l’ampleur des voiles déployées
Qui ne connaîtront plus la douceur des abris.

D’étranges fleurs de mer étrangement parées,
Elles ont de longs bras de pieuvres, et leur corps
Se meut selon le rythme indolent des marées ;
Les remous de la vague animent leurs yeux morts.

Semblable aux algues d’ambre et d’or, leur chevelure
Fluide se répand en délicats réseaux,
Et leur âme est pareille aux conques où murmure
L’harmonie indécise et mouvante des eaux.

Elles aiment les nuits d’agonie et d’orage
Dont l’haleine engloutit les vaisseaux, et celui
Qui va mourir les voit à l’heure du naufrage,
Quand le dernier rayon de lune s’est enfui.

Elles tendent leurs mains fébriles d’amoureuses,
Elles tendent leurs mains en un geste d’appel,
Et leur lit nuptial aux profondeurs heureuses
S’entr’ouvre, parfumé d’un clair parfum de sel.

Elles aiment les nuits où persistent encore
L’ivresse et la langueur du jour, les nuits d’été
Brûlantes de senteurs, d’astres et de phosphore,
Où le rêve s’enfuit vers l’âpre volupté,

Où Psappha de Lesbos, leur pâle souveraine,
Chante l’Aphrodita qui corrompt les baisers
Et qui mêle au désir la stupeur et la haine,
L’Aphrodita qui vint des flots inapaisés,

L’Aphrodita puissante, aux colères divines,
Dont elle apprit jadis les solennels accents,
L’insatiable amour des lèvres féminines,
Des seins nus et des corps vierges et frémissants…

(Renée Vivien)

Illustration: Hébert Ernest Antoine Auguste

 

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Fidèle, infidèle (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Fidèle, infidèle

Tout te ressemble et te chante à mi-voix,
L’arbre, le vent, la gorge des collines,
L’eau qui sommeille et les veines du bois,
Le feu couvant au coeur d’une racine.

Ton corps s’étire aux courbes du salpêtre,
Dans un roseau s’apprivoise ton sang
Et sur le givre affolé des fenêtres
Une main s’ouvre et me jette ton gant.

Rien qui ne soit ton geste, ta parole
Et cette plaie toujours mal refermée
Dans ma mémoire et cette parabole
Que je suis seul encore à déchiffrer.

Si je te fuis près d’autres amoureuses
Ta bouche nue se mêle à nos baisers.
Tu viens à moi dans cette nuit poreuse
Et l’aube laisse un masque à mon côté.

L’une à tes cils, une autre ton visage,
Une autre parle et te vole ta voix,
Une autre enfin délace son corsage
Avec les mêmes gestes enfantins.

De par ce monde aux fontaines légères
Où ton reflet multiple s’écartèle
J’ai poussé les ombres passagères
Et m’y plongeant je te restais fidèle.

Mais si le feu tourne aux brises futures
Et si l’amour change de paysage
Tu ne seras sous une cendre obscure
Qu’un beau miroir hanté d’une autre image.

(Jean Joubert)

Illustration: Katerina Belkina

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Où demeurent les sources (Alain Fabre-Catalan)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



 

Où demeurent les sources

J’ai lancé ma pierre dans l’inconnu
contre les vitres de la nuit, dans le jardin des mots
plus affûtés que l’herbe sous la rosée des larmes
offertes au néant. J’ai connu la parade des corps amoureux
et caressé la vague claire qui dépose à brassée
ses paroles légères comme braise d’un feu
qui n’en finit pas de s’éteindre à l’approche des matins.

J’ai vu le dos luisant des rêves échoués comme blocs
erratiques dans le courant qui marque le passage
de la nuit au jour, sitôt dispersées les eaux profondes
du sommeil dans un flot d’images muettes.

(Alain Fabre-Catalan)

Illustration

 

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Sanguine (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Sanguine

La fermeture éclair a glissé sur tes reins
Et tout l’orage heureux de ton corps amoureux
Au beau milieu de l’ombre
A éclaté soudain
Et ta robe en tombant sur le parqué ciré
N’a pas fait plus de bruit
Qu’une écorce d’orange tombant sur un tapis
Mais sous nos pieds
Ses petits boutons de nacre craquaient comme des pépins
Sanguine
Joli fruit
La pointe de ton sein
A tracé une nouvelle ligne de chance
Dans le creux de ma main
Sanguine
Joli fruit
Soleil de nuit

(Jacques Prévert)


Illustration

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