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Je regarde, feuille à feuille (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2020



 

George Inness  -Landscape_Figures_in_a_Field

Je regarde, feuille à feuille,
S’éparpiller dans le soir
Le manteau d’or et d’orgueil
De ces grands arbres noirs;

Je regarde, goutte à goutte,
Tomber, comme du sang,
Les feuilles… et le soir en déroute
Tourne et fuit dans le couchant;

On rêverait toute une vie
D’espoir si vain qu’on en doute…
— Mais voici la côte gravie,
Et voici le soir, et la route.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: George Inness 

 

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DU COTE DU LENDEMAIN (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020




    
DU COTE DU LENDEMAIN

Avec ta bouche tu me cherches
Comme un aveugle cherche une porte.
Ta raison s’est écroulée sous des mots fous
Et je suis tombé, vaincu,
Sous les murs de ta cité.
Pourquoi cette éclipse du soleil ?
Pourquoi les volcans ont-ils éclaté
Bouillonnant et crachant des flammes ?
Neige-t-il des cendres ou des silences
Dans le tumulte de la nuit partagée ?

Ce sont des cendres et des silences à venir.
C’est ce que disent les chouettes et toi
Par le terrestre tremblement
De tes ailes d’oiseau gigantesque.
Et voilà que tu as peur !
Il n’y a personne.
Un enfant a frappé à la porte,
De l’autre côté,
Du côté du lendemain.

(Mihai Beniuc)

 

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UN JOUR (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



    

UN JOUR

Un jour nous nous appellerons sans nous entendre,
L’un de nous deux ne répondra plus,
L’aile déchirée un oiseau tombera
Et son oeil effrayé cherchera pourquoi
Dans le hallier le chant ne répond plus;
Pour arriver au nid tu bats de l’aile
Et cette aile frappe la terre
Comme une main qui ne peut plus rien,
Et de l’autre tombent de chaudes gouttes de corail.
Tu cours te cacher, mais pourquoi, de qui ?
Et te voilà seul dans ta solitude.
On aurait dit qu’un coeur battait auprès du tien.
Pourquoi plus, maintenant ?
Oh ! si davantage encore nous nous étions aimés,
Alors, peut-être…
Et tout à coup tu t’entends parler seul,
C’est le vide qui te fait place,
C’est le silence qui t’écoute.
Qui a mis ces linceuls noirs sur les miroirs ?
A table tu tarderas
A prendre la cuiller dans ta main
Et la chaise, tu le sais trop,
Restera vide.
Les allées de l’automne seront beaucoup plus longues
Et tu redouteras de les suivre jusqu’au bout
Et tu n’auras plus envie
De revenir à la maison.

(Mihai Beniuc)

 

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TU ME REPROCHES… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020



    

TU ME REPROCHES…

Tu me reproches d’effleurer ta lèvre à peine
Comme un vent caressant les feuilles en chemin
Et d’enfoncer ensuite avidement mes mains
Dans la terre vers les racines qui l’étreignent.

J’aime bien le feuillage au murmure enivrant,
Pourtant c’est la racine que je lui préfère :
Elle, qui n’a pas le baiser de la lumière,
Transmet à l’arbre son frisson en gémissant.

Ce qui se passe en nous, en nos jeux passionnés,
Certes ni toi ni moi nous ne le savons guère;
Mais je comprends que tu voudrais te dominer,
Pour ne pas me céder m’être plus étrangère.
Une force inconnue et qu’on ne peut soumettre
Nous couche tous les deux au sol et nous pénètre.
Notre amour, ce frère jumeau de la folie,
Etait un feu, c’était un immense incendie.
Et, sachant bien qu’il ne pouvait que nous détruire,
Qu’à ce maudit éclatement aucun de nous
Ne saurait échapper, comme dans la forêt
En flammes, sans aucun espoir de se sauver,
Toutes les bêtes vont périr épouvantées,
Hurlant et s’entre-déchirant, luttant à mort,
Cherchant en vain de quel côté prendre la fuite,
Alors que sur les eaux passe un courant de feu —
Nous deux, serrés l’un contre l’autre, restons là,
Ainsi que dans un conte, ne comprenant rien.
Nous avons mis le feu au bois de la sagesse
Et brûlons vifs, dans les flammes, dans la fumée.

(Mihai Beniuc)

 

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DONNE-MOI TES DOUTES (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020



 

Illustration: Mana Neyestani
    
DONNE-MOI TES DOUTES

Donne-moi tes doutes que je les redresse
Comme des clous tordus,
Donne-moi tes incertitudes, toi qui vas
Sur ce que tu crois être une fausse route.
J’ai assez erré, assez cogné à des portes pour savoir
Qu’il n’y a pas d’autre sagesse,
Depuis l’infini jusqu’au point zéro,
Que d’être à la besogne, entiché de fini.
Versez vos griefs dans ma solitude,
Aussi large qu’un golfe,
Dans mon chantier où l’on répare
Les vaisseaux qui firent naufrage.
Je suis le vieil ami
De ceux qui sont grands dans leurs actions
Et pas dans leurs paroles;
Moi je peux mourir parmi les fourmis
Et que l’on m’oublie.
Dans l’immense nuit du monde; pourtant,
J’ai élevé, aux côtés des autres,
Le jour sous le soleil, la nuit dans les ténèbres,
Efforts douloureux, rêve chimérique
Payé de pleurs dans des bols de terre —
Des foyers pour durer, de hautes pyramides,
Avec la foi qu’un jour
Le ciel partout s’éclairera.

(Mihai Beniuc)

 

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Jiang et Han (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020



Illustration: Georges Rouault
    
Jiang et Han

Sur le Jiang et la Han, l’exilé rêve du retour
— Un lettré démuni perdu au coeur de l’univers

Frêle nuage : toujours plus loin, en compagnie du ciel
Longue nuit : toujours plus seul aux côtés de la lune

Face au soleil couchant, un coeur qui brûle encore
Dans le vent automnal, d’anciens maux presque guéris

Au temps jadis, on ne tuait pas le vieux cheval :
Il avait d’autres dons que de parcourir les routes !

(Du Fu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Conte d’amour X (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Conte d’amour X

Ce jour-là, les flots bleus susurreront plus bleus
Le long des côtes blanches,
Et du soleil frileux, les rayons plus frileux
Se joueront dans les branches.

Malgré le rude hiver, les fleurs de l’églantier
Souriront grand’ouvertes,
Et l’on verra changer les cailloux du sentier
En émeraudes vertes.

Les loups pour les agneaux auront des soins exquis,
Et sous l’oeil bon des aigles,
Les grands vautours feront la cour, en fins marquis,
Aux colombes espiègles.

Les dames, aux propos galants des séducteurs,
Ne seront pas rebelles,
Et les Almavivas, malgré les vieux tuteurs,
Enlèveront leurs belles.

Car ce jour-là, jour saint, vaillamment attendu,
Dans tes chastes prunelles,
Mes yeux retrouveront le paradis perdu
Des amours éternelles.

Car ce jour-là, les coeurs par le bonheur brisés,
Mes lèvres dans les tiennes,
Nous nous rappellerons en de nouveaux baisers
Nos caresses anciennes.

(Jean Moréas)

Illustration

 

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Invitation (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020



    

Invitation

Le vent et l’orage cinglant autour de moi,
je monte là-haut sur la montagne et la lande.
Qui veut me rejoindre ? Qui veut gravir les cimes avec moi ?
Traverser les torrents, tailler son chemin dans la neige ?

Ce n’est pas dans le cercle étriqué des cités
que j’habite, à l’étroit entre vos portes et vos murs ;
au-dessus de moi Dieu est bleu dans le ciel,
contre moi le vent et la tourmente se rebellent.

Ici dans mes domaines je joue avec la solitude,
de l’infortune je me suis fait une amie.
Qui veut vivre vaste ? Qui veut vivre libre ?
Qu’il grimpe ici sur les sommets battus par les vents.

Je suis le seigneur de la tempête et de la montagne,
je suis l’Esprit de liberté et de fierté.
Fort doit-il être et allié du danger,
qui partage mon royaume et marche à mes côtés

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Laisse-moi voir ce que tu regardes (Robert Creeley)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2020




Laisse-moi voir ce que tu regardes,
derrière-toi, de près, ma tête toute

contre toi, laisse-moi regarder ce
que c’est que tu vois, de ton côté.

(Robert Creeley)

Illustration: Catherine Thiam-Vernanchet

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Muse (Taras Chevtchenko)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2020



Illustration: Taras Chevtchenko

    

Muse

Ô toi, pure et sainte,
Toi, sœur de Phébus bien-aimée !
Tu m’as pris sur ta poitrine
Et porté à travers champ.
Et sur une tombe tu m’as déposé
Tel un thuya en pleine croissance,
D’un brouillard, tu m’as recouvert.
Et tu m’as réveillé et tu as chanté
Et la magie a agi … Et moi…
Ô mon enchanteresse !
Tu m’as secouru partout,
Tu as pris soin de moi toujours.
Dans la steppe, la steppe désertique,
Dans ma longue captivité,
Tu as illuminé fièrement
Comme une fleur dans un champ !
De mon odieuse caserne
Pur, saint
L’oiseau s’est envolé
Et avec moi
Tu es sorti et tu as chanté
Toi, d’or …
Comme de l’eau vive
Tu as lavé mon âme.
Et je vis, et au-dessus de moi
De toute ta beauté divine
Tu illumines, tendre
Etoile magnifique !
Qui me guide depuis toujours !
Ne me quitte pas. La nuit
Le jour et le soir, et à l’aube
Sois toujours à mes coté, dirige-moi,
Apprends à mes lèvres
A ne dire que la vérité. Aide moi
Pour que ma prière arrive à destination.
Et si je meurs, mon saint !
Ma mère ! Mettez
Votre fils dans son petit cercueil
Et qu’au moins une larme
Sorte de tes yeux immortels.

***

Муза

А ти, пречистая, святая,
Ти, сестро Феба молодая!
Мене ти в пелену взяла
І геть у поле однесла.
І на могилі серед поля,
Як тую волю на роздоллі,
Туманом сивим сповила.
І колихала, і співала,
І чари діяла… І я…
О чарівниченько моя!
Мені ти всюди помагала,
Мене ти всюди доглядала.
В степу, безлюдному степу,
В далекій неволі,
Ти сіяла, пишалася,
Як квіточка в полі!
Із казарми нечистої
Чистою, святою
Пташечкою вилетіла
І понадо мною
Полинула, заспівала
Ти, золотокрила…
Мов живущою водою
Душу окропила.
І я живу, і надо мною
З своєю божою красою
Гориш ти, зоренько моя,
Моя порадонько святая!
Моя ти доле молодая!
Не покидай мене. Вночі,
І вдень, і ввечері, і рано
Витай зо мною і учи,
Учи неложними устами
Сказати правду. Поможи
Молитву діяти до краю.
А як умру, моя святая!
Моя ти мамо! положи
Свого ти сина в домовину
І хоть єдиную сльозину
В очах безсмертних покажи.

***

Musa

Você, puro e santo,
Você, amada irmã de Phoebus!
Você me pegou no seu peito
E transportado pelo campo.
E em um túmulo você me depositou
Como um thuja em pleno crescimento,
De um nevoeiro, você me cobriu.
E você me acordou e cantou
E a mágica agiu … E eu …
Ó minha feiticeira!
Você me salvou em todos os lugares
Você cuidou de mim sempre.
Na estepe, o estepe do deserto,
No meu longo cativeiro,
Você tem orgulhosamente iluminado
Como uma flor em um campo!
Dos meus quarteis odiosos
Puro, santo
O pássaro voou para longe
E comigo
Você saiu e cantou
Você, ouro …
Como a água viva
Você lavou minha alma.
E eu vivo e acima de mim
Com toda sua beleza divina
Você ilumina, doce
Bela Estrela!
Quem sempre me guiou
Não me deixe. Noite
Dia e noite e ao amanhecer
Que você está sempre ao meu lado, me direcione,
Aprende aos meus lábios
Para dizer a verdade. Me ajude
Para minha oração chegar ao seu destino.
E se eu morrer, meu santo!
Minha mãe! Por favor coloque
Seu filho em seu pequeno caixão
E que pelo menos uma lágrima
Sair de seus olhos imortais.

(Taras Chevtchenko)

Site : http://artgitato.com/
Traduction: Français Jacky Lavauzelle / Ukrainien / Portugais Jacky Lavauzelle
Editions:

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