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Posts Tagged ‘couchant’

Vieux quais (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



Pascale Aguettaz Bellanger 72

Vieux quais

Il est une heure exquise à l’approche des soirs,
Quand le ciel est empli de processions roses
Qui s’en vont effeuillant des âmes et des roses
Et balançant dans l’air des parfums d’encensoirs.

Alors tout s’avivant sous les lueurs décrues
Du couchant dont s’éteint peu à peu la rougeur,
Un charme se révèle aux yeux las du songeur :
Le charme des vieux murs au fond des vieilles rues.

Façades en relief, vitraux coloriés,
Bandes d’Amours captifs dans le deuil des cartouches,
Femmes dont la poussière a défleuri les bouches,
Fleurs de pierre égayant les murs historiés.

Le gothique noirci des pignons se décalque
En escaliers de crêpe au fil dormant de l’eau,
Et la lune se lève au milieu d’un halo
Comme une lampe d’or sur un grand catafalque.

Oh ! les vieux quais dormants dans le soir solennel,
Sentant passer soudain sur leurs faces de pierre
Les baisers et l’adieu glacé de la rivière
Qui s’en va tout là-bas sous les ponts en tunnel.

Oh ! les canaux bleuis à l’heure où l’on allume
Les lanternes, canaux regardés des amants
Qui devant l’eau qui passe échangent des serments
En entendant gémir des cloches dans la brume.

Tout agonise et tout se tait : on n’entend plus
Qu’un très mélancolique air de flûte qui pleure,
Seul, dans quelque invisible et noirâtre demeure
Où le joueur s’accoude aux châssis vermoulus !

Et l’on devine au loin le musicien sombre,
Pauvre, morne, qui joue au bord croulant des toits ;
La tristesse du soir a passé dans ses doigts,
Et dans sa flûte à trous il fait chanter de l’ombre.

(Georges Rodenbach)

 Illustration: Pascale Aguettaz Bellanger

 

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Floridum mare (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Salvador Dali papillons s [800x600]

Floridum mare

La moisson débordant le plateau diapré
Roule, ondule et déferle au vent frais qui la berce ;
Et le profil, au ciel lointain, de quelque herse
Semble un bateau qui tangue et lève un noir beaupré.

Et sous mes pieds, la mer, jusqu’au couchant pourpré,
Céruléenne ou rose ou violette ou perse
Ou blanche de moutons que le reflux disperse,
Verdoie à l’infini comme un immense pré.

Aussi les goëlands qui suivent la marée,
Vers les blés mûrs que gonfle une houle dorée,
Avec des cris joyeux, volaient en tourbillons ;

Tandis que, de la terre, une brise emmiellée
Éparpillait au gré de leur ivresse ailée
Sur l’Océan fleuri des vols de papillons.

(José-Maria de Hérédia)

Illustration: Salvador Dali

 

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Le raisin a pour patrie (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



William Bouguereau vendangeuse-_1875_ [800x600]

Le raisin a pour patrie
Les doigts de la vendangeuse.
Mais elle, qui-a-t-elle,
Passé l’étroit sentier de la vigne cruelle?

Le rosaire de la grappe;
Au soir le très haut fruit couchant qui saigne
La dernière étincelle.

(René Char)

 Illustration:  William Bouguereau

 

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MAIS ELLE (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



MAIS ELLE

Elle ne vit que par sa forme
Elle a la forme d’un rocher
Elle a la forme de la mer
Elle a les muscles du rameur
Tous les rivages la modèlent.

Ses mains s’ouvrent sur une étoile
Et ses yeux cachent le soleil
Une eau lavée le feu brûlé
Calme profond calme créé
Incarnant l’aube et le couchant

Pour en avoir connu le fond
Je sers la forme de l’amour
Elle ce n’est jamais la même
Je sers des ventres et des fronts
Qui s’effacent et se transforment

Fraîche saison promesse chaude
Elle est à l’échelle des fleurs
Et des heures et des couleurs
Niveau de force et de faiblesse
Elle est ma perte de conscience

Mais je refuse son hiver.

(René Char)

 

 

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Grandiose soleil couchant (Hideno Ishibashi)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2019



Illustration
    
Grandiose soleil couchant.
Je claque des dents,
toute fiévreuse.

(Hideno Ishibashi)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

Recueil: Pensées de femmes
Traduction:
Editions: Seuil

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IL Y AVAIT DES FEMMES… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2019



Il y avait des femmes, grandes et maternelles.
Mystère de leurs jupes douces sur mes bras nus.
Et le soleil ! Les guêpes, prisonnières du couchant,
Glissaient parmi les peines anciennes de la vitre,
Traversaient le losange que chaque été reforme,
Immerge dans la crête transparente des bois.
Un fleuve qui éclate sans troubler mon sommeil
Et s’allonge sans bruit sur le plâtre. Des surprises
Dans les lauriers mouillés. Et puis de ferroviaires
Aventures, au petit jour, tandis que brûlent
Le dernier visage, la dernière porte.

(Jean Rousselot)

Illustration

 

 

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CRÉPUSCULE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

CRÉPUSCULE

Un éléphant dans sa baignoire
et les trois enfants dormant
singulière singulière histoire
histoire du soleil couchant

(Philippe Soupault)

Illustration: Balthus

 

 

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Dialogue (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Dialogue

Le soleil du premier jour
Avait interrogé
L’émergence nouvelle de l’Être :
Qui donc es-tu ?
Point de réponse.

Années après années se sont écoulées,
Le dernier soleil du jour
Posa la dernière question
au bord de l’océan du couchant,
Par le soir muet :
Qui donc es-tu ?
Il n’y eut pas de réponse.

***

Dialogue

The sun of the first day
Had asked
At the new advent of the Being :
Who are you ?
No answer came.

Year after year passed.
The last sun of the day
Uttered the last question on the shore
of the Western sea,
By a mute evening :
Who are you ?
Received no answer.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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CREPUSCULE ANTIQUE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



CREPUSCULE ANTIQUE

Le jet d’eau, derrière le palais mort
Jaillit et grandit, et s’élève et pleure —
Et les gouttes dans le soir tombent, meurent,
En s’irisant de bleu, de sang et d’or.

Sur l’eau une file de cygnes blancs…
Le parc emprunte au lac son tendre rêve,
Le couchant pare les cygnes, sans trêve
Les irisant de bleu, d’or et de sang.

Les sculptures gisent là, tristement,
Rêvant dans leur blancheur et elles pleurent
Et le couchant les colore en cette heure
Les irisant de bleu, d’or et de sang.

(George Bacovia)

Illustration: Patricia Blondel

 

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Phénomène (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



 

Une fille à pelage de bête
était montrée aux badauds
et ceux-ci repartaient
dans le couchant forain
cependant qu’elle
ayant fait sa journée
cassait l’oeuf du dîner
avec un couteau sombre
pour après s’endormir
dans l’odeur du ravin
que dominait la fête.

(Jean Follain)

 

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