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Posts Tagged ‘couchée’

BONNE FORTUNE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018


 


 

Alexander Sulimov -   (26)

BONNE FORTUNE
À Théodore de Banville.

Tête penchée,
OEil battu,
Ainsi couchée
Qu’attends-tu ?

Sein qui tressaille,
Pleurs nerveux,
Fauve broussaille
De cheveux,

Frissons de cygnes
Sur tes flancs,
Voilà des signes
Trop parlants.

Tu n’es que folle
De ton corps.
Ton âme vole
Au dehors.

Qu’un autre vienne,
Tu feras
La même chaîne
De tes bras.

Je hais le doute,
Et, plus fier,
Je te veux toute,
Âme et chair.

C’est moi (pas l’autre!)
Qui t’étreins
Et qui me vautre
Sur tes seins.

Connais, panthère,
Ton vainqueur
Ou je fais taire
Ta langueur.

Attache et sangle
Ton esprit,
Ou je t’étrangle
Dans ton lit.

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Sulimov

 

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Qui me réchauffe, qui m’aime encore ? (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



 

Gao Xingjian escanear

[…]

Qui me réchauffe, qui m’aime encore ?
Donnez des mains chaudes !
donnez des coeurs-réchauds !
Etendue, frissonnante,
Pareille au moribond à qui l’on chauffe les pieds,
secouée, hélas ! de fièvres inconnues,
Tremblante devant les glaçons aigus des frimas,
chassée par toi, pensée !
Innommable ! Voilée ! Effrayante !
chasseur derrière les nuages !
Foudroyée par toi,
œil moqueur qui me regarde dans l’obscurité !
Ainsi je suis couchée,
je me courbe et je me tords, tourmentée
par tous les martyrs éternels,
frappée
par toi, chasseur le plus cruel,
toi, le dieu — inconnu…

[…]

(Frédéric Nietzsche)

Illustration: Gao Xingjian

 

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ALBA (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




ALBA

Aussi calme que les feuilles pâles, humides
du lis-de-la-vallée
Elle est couchée près de moi dans l’aube.

(Ezra Pound)

Illustration

 

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L’enfant de la terre (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018




L’enfant de la terre

Au petit matin,
Bien avant l’Aurore,
J’étais couchée dans la prairie
Et j’écoutais la froide chanson de l’herbe,
Des brins d’herbe verte froissés entre mes doigts,
Des brins d’herbe verte pressés contre mon corps.
«Qui repose si lourdement sur moi?
Chantait l’herbe,
Et pourquoi celle-ci pleure-t-elle sur mon sein,
Mêlant ses larmes à celles de l’amant mystique?
Folle enfant de la terre!
Le temps n’est pas encore venu.
Un jour, je t’ouvrirai mon sein.
Tu t’y glisseras, mais sans une larme.
Puis au petit matin,
Bien avant l’Aurore,
Ton bien-aimé se couchera dans la prairie,
Des brins d’herbe verte froissés entre ses doigts,
Des brins d’herbe verte pressés contre son corps…
Ma chanson ne lui semblera pas froide.
Dans ma vague profonde il trouvera la vague de tes cheveux,
Dans mon parfum doux et fort, le parfum de tes baisers.
Longtemps, longtemps, il restera là, couché…
Riant… Sans pleurer.»

***

The earth-child in the grass

In the very early morning
Long before Dawn time
I lay down in the paddock
And listened to the cold song of the grass.
Between my fingers the green blades,
And the green blades pressed against my body.
« Who is she leaning so heavily upon me? »
Sang the grass.
« Why does she weep on my bosom,
Mingling her tears with the tears of my mystic lover?
Foolish little earth child!
It is not yet time.
One day I shall open my bosom
And you shall slip in — but not weeping.
Then in the early morning
Long before Dawn time
Your lover will lie in the paddock.
Between his fingers the green blades
And the green blades pressed against his body…
My song shall not sound cold to him
In my deep wave he will find the wave of your hair
In my strong sweet perfume, the perfume of your kisses.
Long and long he will lie there…
Laughing – not weeping ».

(Katherine Mansfield)

Illustration: Andrew Wyeth


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Mer (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Mer

La Mer a appelé. J’étais couchée sur les rochers.
– Je suis venue, ai-je dit.
Elle a ricané, montré les dents,
Allongeant ses grands bras verts.
– Va-t-en, a-t-elle rugi.
– Dis-moi alors ce que je devrais faire.
Si je m’en vais, tu ne te tairas pas,
Mais crieras mon nom à travers les villes,
Et par les plaines et les forêts m’imploreras.
J’ai tout quitté pour toi: que veux -tu que je fasse?
– Jamais, gronda- t-elle, je n’ai prononcé ton nom.
Il n’y a rien de moi dans ton corps
Que ces petites larmes salées que tu es effrayée de verser.
Que sais-tu de mon amour sur ton sombre oreiller de rochers?
Viens… Approche…

***

Sea

The Sea called — I lay on the rocks and said:
« I am come ».
She mocked and showed her teeth,
Stretching out her long green arms.
« Go away ! » she thundered.
« Then tell me what I am to do », I begged.
« If I leave you, you will not be silent,
But cry my name in the cities
And wistfully entreat me in the plains and forests;
All else I forsake to come to you — what must I do? »
« Never have I uttered your name », snarled the Sea.
« There is no more of me in your body
Than the little salt tears you are frightened of shedding.
What can you know of my love on your brown rock pillow?…
Come closer ».

(Katherine Mansfield)


Illustration: Sabin Balasa

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Que diriez-vous d’une île ? (Jean-François Pollet)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



Que diriez-vous d’une île ?

Que diriez-vous d’une île
Au parfum apaisé
Sur le matin tranquille
Que diriez-vous d’aimer ?

Aimer le vent qui vient
S’enlacer dans la vague
Aimer d’un doigt divin
Les bords d’un coquillage

Toucher la dame couchée
Sur les pensées du sable
Toucher son corps passé
Sous les caresses nomades

Toucher le mot gravé
Par l’humain périssable
Toucher le bout du nez
Qui vous bloque le visage

Que diriez-vous d’une île
Au contour effacé
Par la lune immobile
Que diriez-vous d’aimer ?

Aimer les temps floués
Comme un doux paysage
Aimer les cieux noyés
Sous les luttes innombrables

Que diriez-vous d’une île ?

(Jean-François Pollet)

Découvert ici chez écritsecris

Illustration

 

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M’entendez-vous, disciple? (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2017



Face contre terre, je suis couchée
— Enragée — sur mon lit.
Si vous vouliez
Devenir mon disciple,

je deviendrais à l’instant
— Entendez—vous, disciple? —

Couverte d’or et d’argent,
Salamandre et Ondine.
Nous serions assis sur le tapis
Près de la cheminée.

La nuit, le feu, le visage de la lune. ..
— M’entendez-vous, disciple? —

Impétueux — mon cheval
Aime la course effrénée! —
je lancerais dans le feu
Le passé — pile après pile :

Des vieilles roses et des vieux bouquins.
— M’entendez-vous, disciple? —

Et quand se serait couché
Cet amas de cendres, —
Seigneur, de vous
Je ferais une merveille!

Vieillard ressuscité en jeune homme
— M’entendez-vous, disciple? —

Et quand vous vous seriez jeté
De nouveau dans le piège de la science,
je resterais plantée là,
Me tordant les bras de bonheur,

Sentant que tu es devenu grand
— M’entendez-vous, disciple? —

(Marina Tsvétaïéva)


Illustration: Zhaoming Wu

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Couchée (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2016



Couchée

À droite, le ciel, à gauche, la mer.
Et devant les yeux, l’herbe et ses fleurs.
Un nuage, c’est la route, suit son chemin vertical
Parallèlement à l’horizon de fil à plomb,
Parallèlement au cavalier.
Le cheval court vers sa chute imminente
Et cet autre monte interminablement.
Comme tout est simple et étrange.
Couchée sur le côté gauche,
Je me désintéresse du paysage
Et je ne pense qu’à des choses très vagues,
Très vagues et très heureuses,
Comme le regard las que l’on promène
Par ce bel après-midi d’été
À droite, à gauche,
De-ci, de-là,
Dans le délire de l’inutile.

(Robert Desnos)


Illustration

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BIEN DES PAS (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



 


BIEN DES PAS

Les icônes furent couchées en terre, face vers le ciel,
et la terre fut tassée
par des roues, des souliers, par des centaines de pas,
les pas pesants de milliers d’incrédules.

Je descendis en rêve dans un bassin souterrain,
fluorescent,
une messe tumultueuse.
Quel immense désir ! Quel stupide espoir !
Et là-haut, le piétinement de millions d’incrédules.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

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Après le bain (Léon Dierx)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2016



 

Wilfred Gabriel de Glehn the-nymph

Après le bain

Des perles encor mouillent son bras blanc.
Couchée en un lit de joncs verts et d’herbes,
Le sein ombragé d’un rameau tremblant,
Au bruissement des chênes superbes,
Aux molles rumeurs des halliers épais,
Non loin de la source elle rêve en paix.
Tandis qu’au revers des souples lianes,
Sur son reflet nu se figent pâmés
Les flots du bassin, lèvres diaphanes,
Sous les noirs treillis au ciel bleu fermés,
Les yeux demi-clos, chargés de paresse,
Elle se renverse, écoute, et caresse
D’un baiser brûlant et vague à la fois
Le souffle lointain qui monte et qui passe,
Immense soupir amoureux des bois.
Et tout souvenir en son cœur s’efface ;
Et sous le réseau des parfums flottants,
Dans l’oubli des dieux, du monde et du temps,
Morte au vain souci du désir frivole,
En libres essaims de songes épars,
Son âme à travers les taillis s’envole.
Autour des buissons, sur les nénuphars,
Ne bourdonne plus l’abeille assouvie,
Et partout s’éloigne ou s’endort la vie.
Ils ne chantent plus, les oiseaux siffleurs ;
Et vers ce beau corps teint de flammes roses,
De tous les côtés se penchent les fleurs,
Semblables aux yeux agrandis des choses.

(Léon Dierx)

Illustration: Wilfred Gabriel de Glehn

 

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