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Poésie

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Nous n’avons pas la réponse aux questions que pose le silence (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



 

nous n’avons pas la réponse
aux questions que pose le silence
ni d’explication aux rêves
à peine devinons-nous certains signes

que savons-nous du miracle qui nous réunit
puis de ce qui lentement nous sépare
de ce qui se dit à travers nous
lorsque nous tentons d’écrire
de l’objet réel de notre quête
ou de ce qu’est la plus belle chose du monde

nous ne connaissons ni la part non vécue
de nos vies ni ce que nous ne sommes pas
ni même ce que nous sommes vraiment
ou ce que nous aurions pu être

nous ne connaissons ni la raison du soleil
ni le pourquoi du cercle de la terre du ciel
de la ronde des naissances et des morts

ni les autres noms du néant ceux de la lumière
ni même la vraie couleur du temps
ou les limites de l’âme
ou les chiffres liés à la disparition des astres

pas plus que le centième nom du rien

(Amina Saïd)

 
Illustration: Annabelle Delaigue

 

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AUTRES CORPS (Jacqueline Risset)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



Illustration
    
AUTRES CORPS

Amour que m’as-tu fait
étrange étrange objet
l’excès d’amour où tu m’as mise
s’étend à présent hors de toi

s’étend presque partout
se crispe en autres points
de presque rien
échos ou vents

aussi : sur autres corps

Ici : étonnement souffrance
— et rire :
autre que toi!
qu’est-ce que cela ?
comment se fait-il ?
je ne comprends pas  »

et pourtant si :
visage et corps
te ressemblant pour commencer
– forme d’ensemble et couleur d’oeil
perception de proximité
attirance étonnée

(Jacqueline Risset)

 

Recueil: L’Amour de loin
Traduction:
Editions: Flammarion

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Pour sortir de prison (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018



 

Mais vraiment pour sortir de prison
a-t-on besoin de connaître le bois de la porte,
l’alliage des barreaux, d’établir l’exacte
gradation de la couleur? A devenir
comme ça de grands experts, on court le risque,
après, de s’y attacher. Si tu veux vraiment
sortir de prison, sors tout de suite,
et même, avec ta voix deviens une chanson.

(Patrizia Cavalli)

Illustration

 

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MOT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Illustration: Amedeo Modigliani
    
MOT

Tu ris que je m’écharne pour des mots
que j’assemble ciels et collines en haie d’azur
autour de moi, et le bruissement des ormes
et les voix des eaux tremblantes;
que je trahisse ma jeunesse
pour les nuages et les couleurs
qui se diluent dans la lumière.

Je te connais : en toi tout égarée
la beauté rehausse tes seins,
creuse tes reins et en un mouvement suave
inonde ton sexe timide,
puis redescend en courbes harmonieuses
jusqu’aux dix coquillages de tes beaux pieds.

Mais voilà: si je te prends
tu seras toi aussi pour moi un mot, et la tristesse.

***

PAROLA

Tu ridi che per sillabe mi scarno
e curvo cieli e colli, azzurra siepe
a me d’intorno, e stormir d’olmi
e voci d’acque trepide;
che giovinezza inganno
con nuvole e colori
che la luce sprofonda.

Ti so. In te tutta smarrita
alza belleza i seni,
s’incava ai lombi e in soave moto
s’allarga per il pube timoroso,
e ridiscende in armonia di forme
ai piedi belli con dieci conchiglie.

Ma se ti prendo, ecco:
parola tu pure mi sei e tristezza.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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LE SPECTRE INVISIBLE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Marc Chagall
    
LE SPECTRE INVISIBLE

Que j’apprenne, si je l’ose, l’ordre du vent,
Du feu, de la tempête, et de la mer.
Que j’apprenne si je l’ose dans quel mode de l’être
Tombe la feuille de l’arbre.

Partout
Il y a des brèches dans l’air,
Des tombes ouvertes pour nous recevoir,

Après la septième couleur
Et avant la première
C’est l’obscurité.

Au-delà du son, le silence
Qu’entendent les chauves-souris
Et le poisson des profondeurs qui perçoit le pouls des vagues,

Au-delà des sens, les sphères qui tournent, ces fileuses,
Atomes et étoiles
Qui tissent nos vies.

Les amants cherchent un refuge
Dans l’abîme
D’où ils s’élancent,

Car dans les profondeurs de l’amour nous sondons
Le vide
Derrière la vie mortelle,

Et à travers notre sommeil
Se meuvent des puissances cachées
Étranges comme des nébuleuses,
Les rêves qui ne sont pas les nôtres.

***

THE INVISIBLE SPECTRUM

Learn, if I dare, the order of the wind,
Fire, tempest and the sea.
Learn if I dare into what mode of being
The leaf falls from the tree.

Everywhere
There are bolet in the air,
Graves open to receive us,

After the seventh colour
And before the first
Lies darkness.

Beyond sound, silence
Audible to bats
And deep-sea fish that feel the throb of waves,

Beyond senne, the spinning spheres,
Atoms and stars
That weave our dives

Loyers seek sanctuary
In the abyss
From which they fly,

For in love’s depths we sound
The void
Beyond mortality

And through our sleep
Move latent powers
Strange as nebulae,
Dreams not ours.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Maman m’aime (Gilles Brulet)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2018



Maman m’aime

Maman m’aime
M’assied sur la balançoire
Me pousse
Très doucement
A la manière des mamans
Les arbres se balancent avec moi
La terre aussi
Ornée d’une écharpe de vent
J’entre fleur vivante
Dans la couleur du ciel.

(Gilles Brulet)

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La présence (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018



La présence
(extrait)

Présente, éternellement présente présence,
Jamais tu n’as cessé d’être
Ici et maintenant en chaque maintenant et ici,
Et tu apportes encore
De ton trésor de couleur, de lumière,
De senteurs, de notes, le chant du merle dans le soir,
Si clair parmi les feuilles vertes et odorantes,
Comme au temps de l’enfance toujours nouveau, de nouveau.
Ma main qui écrit vieillit, mais moi aussi
Je répète uniquement et encore une fois
L’unique chant humain, du fond du souvenir
D’une joie, un mode
Que non moi mais la musique connaît
Qui nous forme, nous informe, fait entendre par nos voix
L’accord du ciel et de la terre, d’en haut et d’en bas, qui sont
Cette musique des sphères que Pythagore perçut.
Moi, vivante, comme le merle je fais entendre
Dans l’ignorance de ce qu’elle dit, la voix qui ne meurt pas.

(Kathleen Raine)

Illustration: Alexandre de Riquer

 

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CASA DE LA MENTE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018



Illustration: Tom Fruin
    
« CASA DE LA MENTE »
À A. G.

la maison mentale
reconstruite lettre à lettre
mot à mot
dans ma double figure de papier

traverse la mer d’encre
pour donner une nouvelle forme
à un nouveau sentiment

il ouvre la bouche
vert de sans racines
le mot sans son corps

un nouvel ordre musical
de couleurs de corps d’excédents
de formes petites
qui bougent crient disent jamais
la nuit dit jamais
la nuit me prononce
dans un poème

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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CACHÉ (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




CACHÉ

AUJOURD’HUI le rideau est baissé
Le voile jeté sur le visage,
Le monde n’est que son aspect,
Arbre, mur de brique, feuilles poussiéreuses

De lierre, un oiseau
Ayant secoué la poussière
Dont il a la couleur. Rien
N’a de sens ou d’être.

Cependant j’ai vu jadis
Le tissu de lumière dont tous ils sont faits
D’une manière autre que ceci. Avoir vu
Est savoir toujours.

***

HIDDEN

TODAY the curtain is down
The veil drawn over the face,
World only its aspect,
Tree, brick wall, dusty leaves

Of ivy, a bird
Shaken loose from the dust
It is the colour of. Nothing
Means or is.

Yet I saw once
The woven light of which all these are made
Otherwise than this. To have seen
Is to know always.

(Kathleen Raine)

 

 

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Son visage (Roxana Páez)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




Illustration: Pierre-Yves Vigneron
    
Son visage

Qu’est-ce qu’il observe de moi avec ses iris couleur de bière ?
Je me regarde dans tes yeux, dit-il. Et il ne voulait pas
faire une métaphore.
Il parlait du reflet et de même il regardait à travers
comme s’il y avait un filet immergé
et suivait le mouvement libre de poissons captifs.

***

Su cara
Qué me observa con los iris color cerveza?
Me miro en tus ojos, dijo. Y nunca quiso hacer
una metàfora.
Hablô del reflejo y asimismo miraba detrâs de mi
como si hubiera una red sumergida
y siguiera el movimiento libre de los peces encerrados.

(Roxana Páez)

 

Recueil: Des brindilles à sa flambée
Traduction:
Editions: Reflet de lettres

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