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Poésie

Posts Tagged ‘courant’

Les mains blanches (Pierre Coran)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2022




    
Les mains blanches

Comme des mains blanches
Au-dessus de l’eau,
Deux fleurs font la planche
Entre les roseaux.

Un martin-pêcheur
Choisit pour perchoir
Un saule pleureur
Qui devient plongeoir.

Sous les nénuphars,
Au fil des courants,
Glissent des foulards
De soie d’Orient.

Un caillou de plumes
Est entré dans l’eau.
Un poisson d’écume
En sort aussitôt.

Et les deux mains blanches
Promues oiseleurs
Cueillent l’avalanche
De l’arbre qui pleure.

(Pierre Coran)

 

Recueil: Le bonheur est dans le pré
Traduction:
Editions: Gautier Languereau

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L’oiseau voyou (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022




Illustration: Frédéric Rébéna
    
L’oiseau voyou

Le chat qui marche l’air de rien
voudrait se mettre sous la dent
l’oiseau qui vit de l’air du temps,
oiseau voyou, moineau vaurien.

Mais, plus futé, l’oiseau lanlaire
n’a pas sa langue dans sa poche,
et siffle clair comme eau de roche
un petit air entre deux airs.

Un petit air pour changer d’air
et s’en aller voir du pays,
un petit air qu’il a appris
à force de voler en l’air.

Faisant celui qui n’a pas l’air
le chat prend l’air indifférent.
L’oiseau s’estime bien content
et se déguise en courant d’air.

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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OH ENFANTS (Margaret Atwood)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2022



Illustration
    
OH ENFANTS

Oh enfants, allez-vous grandir dans un monde sans oiseaux ?
Y aura-t-il des grillons, là où vous êtes ?
Y aura-t-il des asters ?
Des palourdes, au minimum.
Peut-être pas des palourdes.

Nous savons qu’il y aura des vagues.
Pas besoin de beaucoup de vie pour celles-là.
Une brise, une tempête, un cyclone.
Des ondulations, aussi. Des pierres.
Les pierres sont une consolation.

Il y aura des couchers de soleil, tant qu’il y aura de la poussière.
Il y aura de la poussière.

Oh enfants, allez-vous grandir dans un monde sans chansons ?
Sans pins, sans mousses ?

une grotte scellée avec un conduit d’oxygène,
jusqu’à ce qu’il y ait une panne de courant ?
Vos yeux s’éteindront-ils
comme les yeux blancs des poissons sans soleil ?
Et là-dedans, quel voeu ferez-vous ?

Oh enfants, allez-vous grandir dans un monde sans glace ?
Sans souris, sans lichens ?

Oh enfants, allez-vous grandir ?

***

OH CHILDREN

Oh children, will you grow up in a world without birds?
Will there be crickets, where you are?
Will there be asters?
Clams, at a minimum.
Maybe not clams.

We know there will be waves.
Not much life needed for those.
A breeze, a storm, a cyclone.
Ripples, as well.
Stones.
Stones are consoling.
There will be sunsets, as long as there is dust.
There will be dust.

Oh children, will you grow up in a world without songs?
Without pines, without mosses?
Will you spend your life in a cave, a sealed cave with an oxygen line, until there’s a power failure?
Will your eyes blank out like the eggwhite eyes of sunless fish?
In there, what will you wish for?
Oh children, will you grow up in a world without ice?
Without mice, without lichens?
Oh children, will you grow up?

(Margaret Atwood)

Recueil:Poèmes tardifs
Traduction: Christine Évain & Bruno Doucey
Editions: Pavillons

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C’est comme le vent aussi (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2022



 

C’est comme le vent aussi
dans les grands marronniers, c’est

le balancement muet
et la mémoire du bleu.

Le corps plus léger soudain
flotte seul dans le courant

de l’air. Rien d’autre. Le cri
d’un oiseau blesse le jour.

Le silence est si profond
qu’on écoute l’invisible.

Sans cesse ça te traverse
ça te blesse. Comme un vent
qui n’arrêterait jamais,
qui soufflerait sans souffler,
sans que rien ne le révèle
qu’une absence dans le jour,
dans les feuilles, dans les gestes
et tu te tais, tu écoutes,
et plus tu écoutes moins
tu entends et moins tu sais.

(Jacques Ancet)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Par monts et par rivières (Hanshan Deqing)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2022



    

Par monts et par rivières je suis las de courir,
Vieillissant sans vieillir, ce lieu est mon refuge.
Mon corps déjà ressemble à une fleur flétrie,
Le monde est déjà mort, tel un courant qui passe.
Les nuages accompagnent le calme solitaire,
Cheveux blancs broussailleux sont neige sur ma tête.
Ce qui me reste d’ans, peu importe combien,
Penser à la non-vie m’accorde le repos.

(Hanshan Deqing)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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La lampe sur l’eau (Chijue Daochong)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2022




    
La lampe sur l’eau

Les vagues se perdaient dans le ciel de l’automne,
Une lampe flottait au milieu de courants.
Dès lors j’ai aperçu une faible lumière
Et j’ai suivi les vagues sans vouloir de repos.

(Chijue Daochong)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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L’INSTANT CRÉÉ (Jean-Guy Pilon)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2022



Illustration: Oleg Zhivetin  
    

L’INSTANT CRÉÉ

Pose là tes mains
Comme deux silhouettes frémissantes
Qui ne trahiront pas ta mémoire
O Belle secrète

Déjà s’ébranlent tes veines
Pour apprendre le vertige
Pour poser des charnières
Aux personnages que nous incarnons

Tu as oublié ta pesanteur
Aux rives où l’on enchaîne
Les mouettes noires
Et s’ouvrent devant ton corps
Les horizons chauds du rêve
Du rêve du monde et de la vie
Fondus et confondus
Brillants à l’appel de tes yeux A
l’infini des parfums

J’ignore la croissance du miel
Le mécanisme de l’aile
Le port où l’on nous attend toi et moi
Séparément
Je ne veux reconnaître que l’appel du jour
La courbe de ta hanche
Et la frayeur de mon corps
A l’instant de l’amour

L’arbre non plus ne voit pas son destin La
pierre oubliée au fond de la rivière Espère
reconnaître chaque courant A mon
passage

Donne-moi tes mains
O Belle secrète
Cette nuit ta mémoire éclatera

(Jean-Guy Pilon)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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ATTENTE (Rina Chany)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2022




Illustration: Véronique Wibaux 
    
ATTENTE

Dans les lointains
dans les silences je
tisse ton image de
nuits
et de mer.

dans les bûchers
dans les courants je
forme ton argile de
fumées
et de vent.

tous les voiliers ont fait naufrage
et il n’y a que tes pas
qui battent
battent
battent

à mes tempes.

(Rina Chany)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction: Nicolas Lazar
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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Il n’y a que des portes (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2022


porte

Courants d’air ou rayons
sans préférence: devant la porte
il n’y a que des portes.

(Pierre Dhainaut)

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NOËL (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2021



 


    
NOËL

Comme si je n’avais jamais vécu dans cette maison
qui, libérée des meubles lourds,
essaye à présent de garder l’équilibre.
Pareille à une louve qui soudain s’est retrouvée
dans une clairière, je tourne en rond
autour du sapin de Noël
incliné au milieu du salon vide.
Deux louveteaux posent en silence
leurs museaux dans la neige
et regardent les pommes sèches
et les guirlandes parmi les branches.
Mais la lumière qui rayonne de leurs yeux
lave tous les îlots boueux dans le courant
de la Voie lactée
et nous entrons avec des chaussures propres
dans une autre année.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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