Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘courbe’

UNE QUESTION (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



UNE QUESTION

La servante aux douces hanches
était debout dans la grâce d’exister.
Elle ressemblait à une jarre.
Oui, ses hanches, son cou, ses cuisses,
ressemblaient à une jarre.
Et pour la fraîcheur et pour les courbes.
Ses cheveux étaient un poids d’ombre et d’odeurs,
une jeune forêt sans doute, et cachant quels oiseaux? On rêvait.
Par un certain détour, on pensait : que peut un homme ?

(Norge)


Illustration: Catherine Forestier-Thivrier

Publicités

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un jour au mont Atlas (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



 

Giovanni Francesco Barbieri     Atlas

Un jour au mont Atlas

Un jour au mont Atlas les collines jalouses
Dirent : – Vois nos prés verts, vois nos fraîches pelouses
Où vient la jeune fille, errante en liberté,
Chanter, rire, et rêver après qu’elle a chanté ;
Nos pieds que l’océan baise en grondant à peine,
Le sauvage océan ! notre tête sereine,
A qui l’été de flamme et la rosée en pleurs
Font tant épanouir de couronnes de fleurs !

Mais toi, géant ! – d’où vient que sur ta tête chauve
Planent incessamment des aigles à l’oeil fauve ?
Qui donc, comme une branche où l’oiseau fait son nid,
Courbe ta large épaule et ton dos de granit ?
Pourquoi dans tes flancs noirs tant d’abîmes pleins d’ombre ?
Quel orage éternel te bat d’un éclair sombre ?
Qui t’a mis tant de neige et de rides au front ?
Et ce front, où jamais printemps ne souriront,
Qui donc le courbe ainsi ? quelle sueur l’inonde ?… –

Atlas leur répondit : – C’est que je porte un monde.

(Victor Hugo)

Illustration: Giovanni Francesco Barbieri

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LA ROUTE QUE JE N’AI PAS PRISE (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018


 


Auguste Macke  fields

LA ROUTE QUE JE N’AI PAS PRISE

Deux routes divergeaient dans un bois jaune;
Triste de ne pouvoir les prendre toutes deux,
Et de n’être qu’un seul voyageur, j’en suivis
L’une aussi loin que je pus du regard
Jusqu’à sa courbe du sous-bois.

Puis je pris l’autre, qui me parut aussi belle,
Offrant peut-être l’avantage
D’une herbe qu’on pouvait fouler,
Bien qu’en ce lieu, vraiment, l’état en fût le même,
Et que ce matin-là elles fussent pareilles,

Toutes deux sous des feuilles qu’aucun pas
N’avait noircies. Oh, je gardais
Pour une autre fois la première!
Mais comme je savais qu’à la route s’ajoutent
Les routes, je doutais de jamais revenir.

Je conterai ceci en soupirant,
D’ici des siècles et des siècles, quelque part :
Deux routes divergeaient dans un bois; quant à moi,
J’ai suivi la moins fréquentée
Et c’est cela qui changea tout.

(Robert Frost)

Illustration: Auguste Macke

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 6 Comments »

Au premier rendez-vous… (Samantha Barendson)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



Illustration: Konstantin Razumov
    
Au premier rendez-vous…

Au premier
rendez-vous
j’essaie d’avoir
l’air belle
drôle
intelligente

Je parle
de ce qu’il aime
de ce qu’il me dit aimer

Il me dit
qu’il n’en a rien à foutre
Il me dit
qu’il veut faire l’amour

Et tandis
que ses doigts
glissent
là où
aucun
autre
n’est
jamais allé
je me dis
que tout ça

n’est pas
très
raisonnable

Plus tard
Nous faisons..l’amour
à Amsterdam

Il y a
ses épaules
ses cheveux gris
les poils de son torse
son cul ferme
et ses yeux
parfois verts
parfois bruns
ses mains
son sourire
et sa queue courbée

(Samantha Barendson)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Passionnaire (Alain Borer)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018




Illustration: Rene Magritte
    
Passionnaire
Noèmes

en un mot commençant
le temps mort d’écrire
entre nous soit dit

le désir
né du corps
meurt dans vie

la courbe devient femme
au bout du doigt de qui
se perd à dessein

condamné à vie
dans ce corps-là
je n’en sors qu’en toi

la nuit d’amour se prolonge
tandis que je sommeille au loin
changeant sans fin de position

d’un pont inemprunté

le bond d’amour:
arche pure
d’être à pensée

payse de la nuit
disparue
entre ma lampe et l’aube

nus au balcon
dans la nuit étoilée
jusqu’aux fleurs de midi.

(Alain Borer)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Kaspar (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Albrecht Durer - Les rois mages [800x600]

La floraison du bâton

[41]
Personne ne saura jamais comment cela se fit,
mais nous avons le droit de nous demander

si cela n’avait pas un rapport
avec le voeu qu’il avait fait —

eh bien, pas exactement un voeu,
une idée, un souhait, une lubie, peut-être une prémonition,

cette prémonition, nous la connaissons tous,
c’est arrivé auparavant ailleurs,

ou cela arrivera encore — où ? quand ?
car, en posant sa jarre sur le sol de l’étable,

il se souvint du vieil Azar… le vieil Azar
lui avait souvent dit que, au moment des pluies soudaines d’hiver,

après la sécheresse mémorable d’automne,
les arbres avaient été déchirés et tués,

quand le gel brutal était venu ;
mais Azar mourut quand Kaspar était encore jeune,

et si le récit d’Azar faisait référence
à l’année de la production de myrrhe,

distillée dans cette même jarre,
ou à une autre — Kaspar ne s’en souvenait pas ;

mais Kaspar pensait, il y avait toujours deux jarres,
les deux étaient toujours ensemble,

pour quoi n’ai-je apporté les deux ?
ou aurais-je dû choisir l’autre ?

car Kaspar se rappelait le vieil, vieil Azar marmonnant,
autres temps et meilleures manières, et on avait toujours soutenu

qu’une jarre était meilleure que l’autre,
mais il grommelait et secouait la tête,

personne ne savait laquelle était la bonne
maintenant que ton arrière grand-père est mort.

[42]
Ce n’était qu’une pensée,
un jour j’apporterai l’autre,

en posant la jarre
sur le sol de l’étable à boeufs ;

Balthasar avait offert le baume d’aspic,
Melchior les anneaux d’or ;

ils étaient tous deux un peu plus âgés que Kaspar
et il s’était donc tenu un peu à l’écart,

comme si son présent était une idée de dernière minute
et ne pouvait être comparé aux leurs ;

quand Balthasar poussa la porte ou le portail
de l’étable, un berger se trouvait là,

plutôt — une sorte de berger, un homme âgé avec un bâton,
peut-être une sorte de veilleur de nuit ;

comme Balthasar hésitait, il dit, Sire,
je crains qu’il n’y ait pas de place à l’Auberge,

comme pour leur éviter d’entrer plus loin,
en demandant peut-être où faire dormir

leurs bêtes de grande valeur ; mais Balthasar
salua la courtoisie paisible de l’homme

et continua ; et Balthasar entra dans l’étable à boeufs,
et Balthasar toucha son front et sa poitrine,

comme il le faisait aux côtés du Grand-Prêtre
devant la Présence-Sacrée-Manifeste ;

et Balthasar prononça le Grand Mot,
et Balthasar se courba, comme si le poids de cet honneur

le ployait, comme saisi
par sa Grâce écrasante,

et Balthasar fit un pas de côté
et Melchior prit sa place.

Et Melchior fit des gestes avec ses mains
comme pour danser ou jouer,

pour montrer sans parler, son peu de mérite,
pour indiquer que ceci, son présent, était symbolique,

sans valeur en soi (ces lourds anneaux d’or),
et Melchior se courba et baisa la terre, sans voix,

car c’était là le rituel
du deuxième ordre des prêtres.

Et Kaspar se tenait un peu de côté
tel un acolyte insignifiant,

et posa son présent
un peu à l’écart des autres,

pour montrer par déduction
son insignifiance en comparaison ;

et Kaspar, debout,
n’inclina qu’à peine la tête,

comme pour montrer,
par respect pour les autres,

plus âgés, extrêmement honorés,
que sa part dans ce rituel

était presque négligeable,
car les autres s’étaient courbés très bas.

***

No one will know exactly how it came about,
but we are permitted to wonder

if it had possibly something to do
with the vow he had made—

well, it wasn’t exactly a vow,
an idea, a wish, a whim, a premonition perhaps,

that premonition we all know,
this has happened before somewhere else,

or this will happen again—where? when?
for, as he placed his jar on the stable-floor,

he remembered old Azar … old Azar
had often told how, in the time of the sudden winter-rain,

after the memorable autumn-drought,
the trees were mortally torn,

when the sudden frost came;
but Azar died while Kaspar was still a lad,

and whether Azar’s tale referred
to the year of the yield of myrrh,

distilled in this very jar,
or another—Kaspar could not remember;

but Kaspar thought, there were always two jars,
the two were always together,

why didn’t I bring both?
or should I have chosen the other?

for Kaspar remembered old, old Azar muttering,
other days and better ways, and it was always maintained

that one jar was better than the other,
but he grumbled and shook his head,

no one can tell which is which,
now your great-grandfather is dead.

It was only a thought,
someday I will bring the other,

as he placed his jar
on the floor of the ox-stall;

Balthasar had offered the spikenard,
Melchior, the rings of gold;

they were both somewhat older than Kaspar
so he stood a little apart,

as if his gift were an after-thought,
not to be compared with theirs;

when Balthasar had pushed open the stable-door
or gate, a shepherd was standing there,

well—a sort of shepherd, an older man with a staff,
perhaps a sort of night-watchman;

as Balthasar hesitated, he said, Sir,
I am afraid there is no room at the Inn,

as if to save them the trouble of coming further,
inquiring perhaps as to bedding-down

their valuable beasts; but Balthasar
acknowledged the gentle courtesy of the man

and passed on; and Balthasar entered the ox-stall,
and Balthasar touched his forehead and his breast,

as he did at the High Priest’s side
before the Holy-Presence-Manifest;

and Balthasar spoke the Great Word,
and Balthasar bowed, as if the weight of this honour

bent him down, as if over-come
by this overwhelming Grace,

and Balthasar stood aside
and Melchior took his place.

And Melchior made gesture with his hands
as if in a dance or play,

to show without speaking, his unworthiness,
to indicate that this, his gift, was symbolic,

worthless in itself (those weighty rings of gold),
and Melchior bent and kissed the earth, speechless,

for this was the ritual
of the second order of the priests.

And Kaspar stood a little to one side
like an unimportant altar-servant,

and placed his gift
a little apart from the rest,

to show by inference
its unimportance in comparison;

and Kaspar stood
he inclined his head only slightly,

as if to show,
out of respect to the others,

these older, exceedingly honoured ones,
that his part in this ritual

was almost negligible,
for the others had bowed low.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Albrecht Durer

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’INSINUANT (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



 

Karine Daisay p1_b

L’INSINUANT

O Courbes, méandre,
Secrets du menteur,
Est-il art plus tendre
Que cette lenteur?

Je sais où je vais,
Je t’y veux conduire,
Mon dessein mauvais
N’est pas de te nuire…

(Quoique souriante
En pleine fierté,
Tant de liberté
La désoriente!)

O Courbes, méandre,
Secrets du menteur,
Je veux faire attendre
Le mot le plus tendre.

(Paul Valéry)

Illustration: Karine Daisay

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

La Poursuivie (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018


 


Tristan  e

La Poursuivie

Je te poursuis encore sur le versant des songes
mais tu glisses de moi comme sable en la main
et comme un coquillage invente son mensonge
la courbe de ton corps esquive ton dessein

Je te traque et tu fuis Je te perds et tu plonges
Les forêts des grands fonds ont d’étranges détours
Je marche sur la mer et mon ombre s’allonge
sous le soleil obscur et dans l’ombre des tours

Aux plages de fraîcheur que déroule le lit
la trace de nos corps s’efface avec le jour
Le lit s’enfle et se gonfle aux brises de la nuit
Tristan la voile est noire et tu mourras d’amour

Tristan la voile est noire Iseult ne t’aime plus
La Belle au Bois s’endort du sommeil de l’hiver
Mourir ou bien dormir le flux et le reflux
me ramènent toujours aux lieux où j’ai souffert

Mais que le chant du coq à l’aube revenue
Mais qu’un rai de soleil qu’un pigeon qu’un appel
que le matin léger me rendent l’enfant nue
me voici de nouveau le complice du ciel

Sur son front la couronne invisible des Soeurs
Tristan la voile est blanche au flot des nébuleuses

(Claude Roy)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Rose des sables (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Rose des sables

Tourment du rêve ancré
au coeur nacré des sables.
Labyrinthe déclos par les détours du gypse.
Broderie d’erg. En toi, ocres et dures,
recommencent les dunes. Et leurs courbes
effeuillées au derviche des vents.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SI TU PEUX (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




SI TU PEUX

Si tu peux
prier
demande une âme vide
attentive
et ne présumant pas de ses forces.
Tu sens
et si c’est voir, tu vois
tes branches suivre la courbe
inespérée du vent.

(Henry Bauchau)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :