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Poésie

Posts Tagged ‘courbée’

Ma Mère (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Ma Mère

Je la vois, tenant son bol à deux mains.
Le soir tombait, c’était dimanche.
Elle souriait en silence,
Assise un peu dans la pénombre.

Elle apportait, de chez Son Excellence,
Une assiettée, tout son dîner.
Nous nous couchions et je songeais
Qu’eux en mangeaient une marmite.

C’était ma mère, mince et bientôt morte,
Car les laveuses meurent jeunes.
Leur corps tremble sous les fardeaux,
Le repassage use la tête.

La vapeur semble un nuage apaisant
Sur le linge sale en montagnes.
Pour ce qui est de changer d’air
Les laveuses ont le grenier.

Je la vois finir, le fer à la main.
Sa taille, toujours plus fragile,
A été brisée par le capital.
Pensez-y bien, ô prolétaires!

Courbée par sa tâche, elle était pourtant
Une jeune femme et je l’ignorais.
En rêve, elle avait un tablier propre,
Parfois, le facteur lui disait bonjour.

(Attila Jozsef)


Illustration: Edgar Degas

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Evocation (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



Evocation

A l’ombre de l’usine, ton jardin
était tout petit, sans fleurs.
Des plantes y naissaient et renaissaient
pour n’être pas regardées.

De vagues projets d’existence
s’exhalaient du soleil et de l’eau,
et même de cette sécrétion
qui dans tes yeux se retenait.

Nul ne t’a vue lorsque, courbée,
tu écartais l’escargot
du chemin étroit des fourmis,
nul même n’a entendu ton appel.

Car tu as appelé (il était tard déjà)
et la voix de l’usine a amorti
ta fugue pour le sans-pays
et le sans-temps. Mais je me souviens de toi

et je te rattrape vivante, petite fille,
concevant si tôt le projet de ce jardin
où, je le sais, tu te trouves recluse,
sans que nul, nul ne te pressente.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration

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Tant que je repose inerte immobile (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



 

Tant que je repose inerte immobile,
je ne fais qu’entasser la masse des choses,
je ne fais que dévorer ce monde
par petits morceaux, ainsi que fait l’insecte.
Chaque fardeau de douleurs devient plus pesant;
la vie vieille, blanchie parmi l’hiver des doutes
est courbée sous le poids d’une préoccupation.

Mais si je vais et cours
dans le torrent du mouvement
avec la masse serrée de ce monde,
tous vêtements déchirés, lacérés,
alors les fardeaux variés de la souffrance se dissipent.
Je deviens pur, baignant dans le courant de marche
et je bois la liqueur immortelle de marche.
Ma jeunesse est éveillée à la vie neuve,
elle rajeunit à chaque instant!

Ainsi je suis le voyageur dont les regards vont en avant,
à quoi vous servirait de m’appeler derrière ?
Je ne demeure pas assis dans ma maison, envoûté par l’attirance de la mort!
Mais j’ai mis ma guirlande au cou de l’Etre Jeune.
Je porte à la main ses présents d’union,
je rejette l’ancien fardeau, l’amas précieux de ma vieillesse!
Le grand ciel est empli du joyeux chant de marche,
ô toi mon âme,
Dieu Poète du Monde chante en ton chariot,
et le soleil, la lune, les étoiles chantent à l’entour!

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Hartig Kopp Delaney

 

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