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Poésie

Posts Tagged ‘course’

La révélation (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018




    
La révélation

deux ou trois
fois
j’ai été sûr

de toucher au fond des choses
de savoir
le tissu de ma formule
fait d’allusions comme le Phédon
avait aussi la précision
d’une équation d’Heisenberg

assis immobile
les yeux embués
je sentais mon épine dorsale
gagnée d’une claire certitude

la terre s’arrêta
et le ciel s’arrêta
mon immobilité
était presque parfaite

le facteur sonna
je dus rincer la théière
préparer du thé

Shiva leva le doigt
les objets célestes et terrestres
reprirent leur course

je revins dans la pièce
fini le calme parfait
l’idée du verre
s’était renversée sur la table

assis immobile
les yeux embués
empli de vide
soit de désir

si cela m’arrive encore
ni la sonnette du facteur
ni la clameur des anges ne me troublera

je serai assis
immobile
contemplant
le coeur des choses

une étoile morte

une goutte noire d’infini

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS
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LES GAS ET LES FILLES (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Paul Rubens 
    
LES GAS ET LES FILLES

En leurs cotillons de futaine
Qui flottent et claquent au vent,
Les filles s’en vont, en rêvant,
Laver le linge à la fontaine…
Et, sous les couchants au front d’or,
Les gâs, en chantant leur romance,
Jettent le grain de la semence
Au sein de la glèbe qui dort.

De quoi rêvent les filles ?
— Des gâs !
Et que chantent les gâs ?
— Les filles!

Timides, sous leurs coiffes blanches,
Et prises de vagues espoirs,
Les filles aux lourds chignons noirs
S’en vont danser, les beaux dimanches ;
Et les gâs, entendant gémir
La viole aux voix caressantes,
Au plus profond de leur chair sentent
L’énervant frisson du désir.

Que souhaitent les filles ?
— Les gâs !
Et que veulent les gâs ?
— Les filles !

Les soirs, parmi les landes pleines
De l’encens fauve des genêts,
Les filles jettent leurs bonnets
Par dessus les moulins des plaines.
Et les gâs, en l’ombre des bois
Où tremblotte la lune rose,
S’en vont cueillir la fleur éclose
Qui ne se cueille qu’une fois.

Qui fait fauter les filles ?
— Les gâs !
Et qui pousse les gâs ?
— Les filles !

Par les prés où dorment les songes
Les filles vont à pas dolents,
Portant l’Ennui dans leurs seins blancs
Et sur leurs lèvres des Mensonges ;
Et les gâs vont suivant leur cœur
Qui, dans sa course vagabonde
Leur fait faire, avec brune ou blonde,
Les étapes de la douleur.

Qui délaisse les filles ?
— Les gâs !
Et qui trompe les gâs ?
— Les filles !

Les filles vont ; traînant leurs peines,
Le front morne et les yeux rougis,
Au bas des calvaires où gît
L’amant divin des Madeleines ;
Et les gâs, qui ne veulent plus
De l’amour retenter l’épreuve,
S’en vont se jeter dans le fleuve,
Ou s’étrangler sur les talus…

Qui fait pleurer les filles ?
— Les gâs !
Et trépasser les gâs ?
— Les filles !…

(Gaston Couté)

 

 

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Espère (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




Illustration: Valère Prosperi
    
Espère

Ainsi, j’avais en vain suivi d’un œil avide,
Mille rêves d’amour, de gloire et d’amitié :
Toujours ils avaient fui ; mon âme restait vide ;
Je me faisais pitié !

La douleur arrêtait ma course haletante,
Je renonçais au but avant qu’il fut atteint ;
Dans mon cœur, épuisé par une longue attente,
L’espoir semblait éteint.

Et je disais : mon Dieu, je mourrai solitaire !
Et je n’attendais plus de beaux jours sur la terre,
Quand soudain, à ta voix, mon cœur s’est rajeuni :
Cette voix m’a promis un avenir prospère :
Cette voix m’a jeté ce mot si doux : ESPERE !…
Que ton nom soit béni !

Tous les chastes désirs que mon âme renferme,
Tous ces purs sentiments étouffés dans leur germe,
De ton cri d’espérance, ont entendu l’appel :
Oh ! que ton amitié me guide et me soutienne,
Laisse-moi reposer mon âme sur la tienne :
L’amitié, c’est l’amour que l’on ressent au ciel !…

(Louise Colet)

 

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MOI ET EUX (Miguel Angel Asturias)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



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MOI ET EUX

Une autre beauté.
Donnez-moi la dimension.
Donnez-moi l’éclat très vif,
l’oeil lisse d’obsidienne
dans le feu limpide du rêve.
Donnez-moi fa croyance, la foi,
les tendres miels,
l’espoir de rassembler ici,
alors que tout s’est achevé,
ceux-là qui furent comme moi.

Une autre prouesse.
Donnez-moi l’infortune,
le ciseau du sculpteur, la chaîne.
Chacun des pores de mon sang ouvert,
je reviendrai sur mes pas par les cryptes
du silence jusqu’à rencontrer l’origine,
la première découverte,
l’épine du nopal,
les peintures,
les substances bleues,
le carmin du crustacé
et l’effroi du sable.

Une autre paresse.
Donnez-moi l’oisiveté avec des yeux,
des oreilles, un nez, un toucher nouveaux,
donnez-moi l’élément matériel, la musique,
la danse, les tissus,
les plumes et les filles
couleur de cacao,
la rédaction du rêve,
le livre des bombax,
la course aquatique
des dessins ou des reflets
sur l’écorce tendre
de l’antique écriture.

Je mesurerai alors la splendeur,
je franchirai le seuil de l’origine
et près de moi il y aura ceux qui vécurent
(Ivresse de l’oisiveté !)
moi et eux,
et rien d’autre.

(Miguel Angel Asturias)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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PERSONNE NE PARLE DE LA MORT (Eraclio Zepeda)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



 

Agata Bulla 6

PERSONNE NE PARLE DE LA MORT

Qui me reproche mes paroles ?
Je suis l’annonceur de la vie,
pas le prophète des rues obscures.
Je suis celui qui chante l’amour plein et simple :

Je suis en train de chanter ce que je vois à mes côtés
comme une course de cent chevaux.
Je ne suis pas celui qui parle de la mort.
Ouvre tes yeux et cherche un oiseau malade !

Je me lève avec le dernier feu d’artifice
de la terre,
j’explose en beauté,
et j’illumine tout le monde de mon souffle.

(Eraclio Zepeda)

Illustration: Agata Bulla

 

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JE suis venu vers toi (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



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JE suis venu vers toi, Mer, comme vont tes fleuves
Impétueux et forts, rongeant le frein des rives,
Tes fleuves triomphants dans leurs courses déclives,
Les fleuves souriants et doux où tu t’abreuves;

Je suis venu noyer mon coeur en tes flots gris,
Mon coeur et ma pensée altière d’insurgé;
Moi dont le rêve aventureux a voyagé
Confiant vers la gloire acerbe du mépris;

Ó Mer, je suis venu vers toi, l’Insatiable,
Vers le gouffre oublieux et vers l’immense tombe,
Engloutir mon orgueil en l’abîme où retombe
La buée éphémère au mirage implacable;

Mer, prends mon coeur, avec ses rêves chers et vains,
Et mon amour futile et son ambition,
Mer, dans l’oubli passif de toute vision,
Je veux errer parmi le deuil de tes grands pins;

Car, par la plaine ensoleillée et dans l’ivresse,
J’ai marché, radieux de gloire anticipée;
Mer d’oubli, sois le but de ma folle équipée :
Voici que sombre au large un soleil en détresse…

(Francis Vielé-Griffin)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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La glace comme une bouteille (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018




    
La glace comme une bouteille. Dans la file
Chacun brûlait de retrouver la longue glissade
portée à la perfection, passage après passage —

Courir, se préparer, s’abandonner
A la pente pour le seul plaisir de la pente :
Adieu à la terre ferme, saut exceptionnel

par-delà notre maîtrise de nous-mêmes.
Le cycle revenait de prise en lâcher prise:
La fine voie lactée sur la glace noircie,

La course pour remonter, la voie libre et le retour —
Toujours recommencé, comme un cercle de lumière
Vers où l’on vogue alors qu’on sait l’avoir franchi.

***

The ice was like a bottle. We lined up
Eager to re-enter the long slide
We were bringing to perfection, time after time

Running and readying and letting go
Into a sheerness that was its own reward:
A farewell to surefootedness, a pitch

Beyond our usual hold upon ourselves.
And what went on kept going, from grip to give,
The narrow milky way in the black ice,

The race-up, the free passage and return —
It followed on itself like a ring of light
We knew we’d come through and kept sailing towards.

(Seamus Heaney)

 

Recueil: La lucarne
Traduction: Patrick Hersant
Editions: Gallimard

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Les regrets (Nicolas-Germain Léonard)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



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Les regrets

Pourquoi ne me rendez-vous pas
Les doux instants de ma jeunesse ?
Dieux puissants ! ramenez la course enchanteresse
De ce temps qui s’enfuit dans la nuit du trépas !
Mais quelle ambition frivole !
Ah ! dieux ! si mes désirs pouvaient être entendus,
Rendez-moi donc aussi le plaisir qui s’envole
Et les amis que j’ai perdus !

Campagne d’Arpajon ! solitude riante
Où l’Orge fait couler son onde transparente !
Les vers que ma main a gravés
Sur tes saules chéris ne sont-ils plus encore ?
Le temps les a-t-il enlevés
Comme les jeux de mon aurore ?
Ô désert ! confident des plus tendres amours !
Depuis que j’ai quitté ta retraite fleurie,
Que d’orages cruels ont tourmenté mes jours !

Ton ruisseau dont le bruit flattait ma rêverie,
Plus fidèle que moi, sur la même prairie,
Suit constamment le même cours :
Ton bosquet porte encore une cime touffue
Et depuis dix printemps, ma couronne a vieilli,
Et dans les régions de l’éternel oubli
Ma jeune amante est descendue.

Quand irai-je revoir ce fortuné vallon
Qu’elle embellissait de ses charmes ?
Quand pourrai-je sur le gazon
Répandre mes dernières larmes ?
D’une tremblante main, j’écrirai dans ces lieux
 » C’est ici que je fus heureux !  »

Amour, fortune, renommée,
Tes bienfaits ne me tentent plus ;
La moitié de ma vie est déjà consumée,
Et les projets que j’ai conçus
Se sont exhalés en fumée :
De ces moissons de gloire et de félicité
Qu’un trompeur avenir présentait à ma vue,
Imprudent ! qu’ai-je rapporté ?
L’empreinte de ma chaîne et mon obscurité :
L’illusion est disparue ;

Je pleure maintenant ce qu’elle m’a coûté ;
Je regrette ma liberté
Aux dieux de la faveur si follement vendue.
Ah ! plutôt que d’errer sur des flots inconstants,
Que n’ai-je le destin du laboureur tranquille !
Dans sa cabane étroite, au déclin de ses ans,
Il repose entouré de ses nombreux enfants ;
L’un garde les troupeaux ; l’autre porte à la ville
Le lait de son étable, ou les fruits de ses champs,
Et de son épouse qui file
Il entend les folâtres chants.

Mais le temps même à qui tout cède
Dans les plus doux abris n’a pu fixer mes pas !
Aussi léger que lui, l’homme est toujours, hélas !
Mécontent de ce qu’il possède
Et jaloux de ce qu’il n’a pas.
Dans cette triste inquiétude,
On passe ainsi la vie à chercher le bonheur.
A quoi sert de changer de lieux et d’habitude
Quand on ne peut changer son coeur ?

(Nicolas-Germain Léonard)

Illustration: Carry Akroyd

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Le temple (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration
    
Le temple

Les nuages déploient leurs courses au-dessus de nous
sans voir que notre vie est un travail interminable criblé
de fêtes éternelles.

Ce chemin le long de la barrière оù se penchent des fleurs d’iris
ne mène pas au temple, il est lui-même le temple.
Et ta main sur mon épaule avant que j’aie pu tourner la tête.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Arpèges et paraboles
Traduction:
Editions: Gallimard

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C’est (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



C’est un vieux papier que je déplie
tramway du dimanche
course de ferraille sur une route de banlieue
complet complet
sonnerie jardin soleil bonjour papa
elle devait avoir des seins droits
dans le petit salon orné de marines
piano-noir-métal-doré
d’où nous regardions tomber la pluie

4h 1/2! si je m’habillais pour partir

(Pierre Albert-Birot)

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