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Mon âme, soeur des soirs, amante du silence (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



Toi qui te connais mal et que les autres n’aiment
Qu’en de vains ornements qui ne sont pas toi-même,
Afin que ta beauté natale ne se fane,
Mon âme, pare-toi comme une courtisane.

Lorsque reviendra l’ombre et que tu seras nue,
Seule devant la nuit qui t’aura reconnue
Et loin de la cité dont la rumeur t’offense,
Tu te retrouveras pareille à ton enfance,

Mon âme, soeur des soirs, amante du silence.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration

 

 

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L’irréparable (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



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L’irréparable

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
Qui vit, s’agite et se tortille,
Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
Comme du chêne la chenille ?
Pouvons-nous étouffer l’implacable Remords ?

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane,
Noierons-nous ce vieil ennemi,
Destructeur et gourmand comme la courtisane,
Patient comme la fourmi ?
Dans quel philtre ? – dans quel vin ? – dans quelle tisane ?

Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,
A cet esprit comblé d’angoisse
Et pareil au mourant qu’écrasent les blessés,
Que le sabot du cheval froisse,
Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

A cet agonisant que le loup déjà flaire
Et que surveille le corbeau,
A ce soldat brisé ! s’il faut qu’il désespère
D’avoir sa croix et son tombeau ;
Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire !

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
Peut-on déchirer des ténèbres
Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
Sans astres, sans éclairs funèbres ?
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

L’Espérance qui brille aux carreaux de l’Auberge
Est soufflée, est morte à jamais !
Sans lune et sans rayons, trouver où l’on héberge
Les martyrs d’un chemin mauvais !
Le Diable a tout éteint aux carreaux de l’Auberge !

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?
Dis, connais-tu l’irrémissible ?
Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
A qui notre coeur sert de cible ?
Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite
Notre âme, piteux monument,
Et souvent il attaque, ainsi que le termite,
Par la base le bâtiment.
L’Irréparable ronge avec sa dent maudite !

– J’ai vu parfois, au fond d’un théâtre banal
Qu’enflammait l’orchestre sonore,
Une fée allumer dans un ciel infernal
Une miraculeuse aurore ;
J’ai vu parfois au fond d’un théâtre banal

Un être, qui n’était que lumière, or et gaze,
Terrasser l’énorme Satan ;
Mais mon coeur, que jamais ne visite l’extase,
Est un théâtre où l’on attend
Toujours, toujours en vain, l’Être aux ailes de gaze !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Salvador Dali

 

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VŒU D’AMOUR (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018




    
VŒU D’AMOUR
Yan-Ta-Tchen

Minuit !… Il n’y a plus de courtisans, dans le pavillon impérial ;
les deux amants sont seuls, et causent à demi-voix.
« C’est la nuit unique dans l’année, dit l’empereur,
où la Tisseuse Céleste et le Divin Bouvier, séparés par le Fleuve d’argent
se rejoignent, par le pont frémissant, que forme pour eux un vol de corneilles.
« Ne nous compare-t-on pas, à cause de notre fidélité, à la Tisseuse et au Bouvier du ciel ?
« Voici l’instant, où il convient de brûler des parfums, en l’honneur de nos divins modèles. »
L’impératrice verse l’encens, et la fumée odorante emporte leurs vœux :
« Puissions-nous planer dans les airs, sans cesse, comme un couple d’oiseaux !
« Puisse sur la terre, notre attachement être toujours pareil à celui qui lie la branche à l’arbre !
« Le ciel et la terre peuvent finir, mais notre amour ne finira jamais ! »

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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LES PARFUMS (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018




    
LES PARFUMS

Je me parfumerai toute la peau pour attirer les amants.
Sur mes belles jambes, dans un bassin d’argent,
je verserai du nard de Tarsos et du métôpion d’Aigypte.

Sous mes bras, de la menthe crépue ; sur mes cils et sur mes yeux, de la marjolaine de Kôs.
Esclave, défais ma chevelure et emplis-la de fumée d’encens.

Voici l’oïnanthê des montagnes de Kypre ; je la ferai couler entre mes seins ;
la liqueur de rose qui vient de Phasêlis embaumera ma nuque et mes joues.

Et maintenant, répands sur mes reins la bakkaris irrésistible.
Il vaut mieux, pour une courtisane, connaître les parfums de Lydie
que les moeurs du Péloponnèse.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA PLUIE AU MATIN (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



 

Illustration: Patrick Marquès
    
LA PLUIE AU MATIN

La nuit s’efface. Les étoiles s’éloignent.
Voici que les dernières courtisanes sont rentrées avec les amants.
Et moi, dans la pluie du matin, j’écris ces vers sur le sable.

Les feuilles sont chargées d’eau brillante.
Des ruisseaux à travers les sentiers entraînent la terre et les feuilles mortes.
La pluie, goutte à goutte, fait des trous dans ma chanson.

Oh ! que je suis triste et seule ici !
Les plus jeunes ne me regardent pas ; les plus âgés m’ont oubliée.
C’est bien. Ils apprendront mes vers, et les enfants de leurs enfants.

Voilà ce que ni Myrtalê, ni Thaïs, ni Glykéra ne se diront, le jour où leurs belles joues seront creuses.
Ceux qui aimeront après moi chanteront mes strophes ensemble.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le Rouge-Gorge (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



 

Le Rouge-Gorge

Ne maudissez pas la vie parce qu’elle a des jours nébuleux et sombres :
l’homme passe plus vite encore que les nuages qui l’attristent.
Traversez par la pensée le voile qui vous cache les cieux,
et le soleil ne vous manquera pas.

Ne laissez pas de pâles brouillards obscurcir votre lampe,
et désarmez l’hiver par votre sérénité.
Quand la terre grelotte sous sa robe de givre,
et que la buse met en fuite tous les oiseaux,
ces frileux courtisans des beaux jours,
le petit rouge-gorge cherche à dédommager la nature de leur absence.

Oublieux des frimas, et bien loin souvent des granges hospitalières,
il sautille et chante dans la neige.

Soyez comme lui, poètes, et chantez dans les larmes :
votre cœur aura moins froid.

(Jules Lefèvre-Deumier)

Illustration

 

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Dans la maison de l’âme (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux

    
Dans la maison de l’âme

Plus au fond, tout au fond, dans la Maison de l’Âme,
Où vont et viennent et s’assoient autour d’un feu,
Les Passions avec leurs visages de femme.
(Rodenbach)

Dans la Maison de l’Âme, les Passions —
jolies femmes vêtues de soie,
la tête ornée de saphirs, sont chez elles.
Toutes les salles, de l’entrée jusques au fond,
sont maintenues sous leur pouvoir. Dans la plus belle,
pendant leurs nuits d’exaltation,
on danse, on boit, et leurs cheveux dénoués ondoient.

Dehors, pauvresses pâles et chétives,
les Vertus, en vieux vêtements,
prêtent l’oreille, non sans amertume,
au tapage endiablé des courtisanes ivres.
Le visage collé aux vitres qui s’allument,
Elles voient, muettes, pensives,
Les fleurs du bal et ses lueurs et ses diamants.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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La beauté (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017




La beauté, laissons-la danser
avec ses courtisans les plus inacceptables,
entre le plein jour et la nuit:
ne la contraignons pas à avaler
comme un médicament la pilule de vérité.

Et le réel ? Il nous le faut, sans aucun doute,
mais que ce soit pour nous grandir,
pour nous rendre plus vastes, pour nous faire frémi
pour rédiger ce qui pour nous doit être
l’ordre du pain tout autant que l’ordre de l’âme.

Susurrez! tel est mon ordre
aux forêts pures,
qu’elles disent en secret ce qui est leur secret,
et à la vérité : Cesse donc de stagner,
tu te durcis jusqu’au mensonge.
Je ne suis pas recteur, je ne dirige rien,
et voilà pourquoi j’accumule
les erreurs de mon chant.

(Pablo Neruda)


Illustration: Edgar Degas

 

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Un mandarin était amoureux (Roland Barthes)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2016



Un mandarin était amoureux d’une courtisane.
« Je serai à vous, dit-elle, lorsque vous aurez passé cent nuits à m’attendre
assis sur un tabouret, devant mon jardin, sous ma fenêtre. »
Mais, à la quatre-vingt-dix-neuvième nuit,
le mandarin se leva, prit son tabouret sous le bras et s’en alla.

(Roland Barthes)

Découvert ici: http://cetairderien.com/

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Un troupeau gracieux (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2015



Un troupeau gracieux de jeunes courtisanes
S’ébat et rit dans la forêt de mon âme.
Un bûcheron taciturne et fou frappe
De sa cognée dans la forêt de mon âme.

(Jean Moréas)

Illustration: Ferdinand Hodler

 

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