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Violette (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Violette

Grave Conflit A Propos de La Violette
Entre La Fée Aux Fleurs
Et Une Académie Qui Désire Garder L’anonymat

[Thèse académique:]
La Violette est fille d’Atlas.
Cette jeune nymphe, poursuivie par Apollon,
allait devenir la proie de ce Don Juan,
lorsque les dieux, touchés de son sort,
la métamorphosèrent en violette.
C’est le moyen ordinaire employé par les dieux pour
déjouer les projets galants d’Apollon.
L’imagination féconde de Jupiter
devrait bien de temps en temps inventer un nouveau procédé.

[Thèse de la Fée aux Fleurs:]
Ces auteurs sont vraiment des gens cocasses.
Où diable ont-ils pris que la Violette
est fille d’Atlas et nymphe de son métier?
tandis que son père s’appelait tout simplement Jérôme,
et qu’elle exerçait la profession de couturière
au bourg sous le nom de Marcelle.

[Réponse de L’Académie:]
1. On ne doit ajouter qu’une foi médiocre
aux renseignements fournis à la science
par des êtres dont l’existence est aussi peu prouvée que celle des fées.
2. On ne peut donner sur toutes choses que des détails apocryphes,
quand on est apocryphe soi-même.
3. Les témoignages des siècles s’accordent à démontrer
que les fleurs ont toutes une origine essentiellement mythologique.
En conséquence. L’Académie déclare que la violette
lui semble plus que jamais fille d’Atlas.
Elle affirme, en outre, sur son âme et sur sa conscience,
devant Dieu et devant les hommes,
que la fille d’Atlas était nymphe de naissance,
et que les dieux, pour la soustraire
aux poursuites d’Apollon, la changèrent en violette.

(J.J. Grandville)

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Belle-de-nuit (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2015



Belle-de-nuit

[La grisette et le rentier]
Elle a seize ans, un sourire perpétuel sur les lèvres,
un éclair à domicile dans ses yeux.
Ses lèvres sont roses et ses yeux noirs.
Je ne vous parle ni de sa taille, ni de ses pieds,
ni de ses mains, ni de ses cheveux.
Je vous renvoie à tous les portraits de grisettes
qui ont paru depuis mil huit cent trente jusqu’en mil huit cent quarante-six inclusivement.
Car mademoiselle Pierrette n’est pas autre chose qu’une grisette.
Il est vrai qu’elle prend le titre d’artiste en couture.
[Son voisin de palier, le rentier, se présente à midi]
chez l’artiste en robes, autrement dit la couturière.

—Je veux vous parler.
—Et moi je veux dormir.
—Jusques à quand, malheureuse femme,
vous laisserez-vous aller à tous les caprices de votre légèreté?
Jusques à quand votre inconduite fera-t-elle le sujet des conversations de tout le quartier?
Quoi! ni la mine renfrognée du portier,
ni les plaintes, ni les clameurs des locataires contre vous n’ont pu vous avertir?
—Aurez-vous bientôt fini votre sermon? demanda Pierrette en bâillant;
je vous préviens que je tombe de sommeil.
—C’est cela, reprit Coquelet: quand on a fait de la nuit le jour,
il faut bien changer le jour en nuit.
Mais ne voyez-vous pas qu’à ce train de vie vous allez perdre votre jeunesse, ruiner votre santé?
[Et de proposer sa solution:]
—Voulez-vous être ma femme, consentez-vous à devenir madame Coquelet?

Le vieux rentier songea un instant à se mettre à genoux,
mais comme il n’était pas sûr que Pierrette consentît à le relever,
il aima mieux entendre la réponse sur ses jambes.
Cette réponse fut un éclat de rire!

(J.J. Grandville)

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