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YGGDRASIL (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2021



    
YGGDRASIL*

Je suis né d’un songe de la terre
rêvant qu’elle s’unissait au ciel.

J’ai grandi dans l’ombre inquiète de racines
toujours assoiffées d’obscur.

Et j’ai fleuri dans l’allégresse de la sève
et l’offertoire des frondaisons.

Je suis l’axe du monde,
vivant défi des temps carbonifères.

L’alliance de l’ombre et de l’éclair,
le tremplin des orages,

l’esprit des sources
et des souffles.

Je suis le sommeil et l’éveil,
le silence et la symphonie.
Je suis l’oratoire des astres,
et mes feuillages s’impatientent
des apocalypses à venir.

J’abrite en mes branches
l’aspic et l’alouette,
l’ogre et l’océanide,
le singe et la sylphide,
le ver et la vestale.

J’abrite l’hier des fauves,
les présent des oiseaux
et le demain des hommes.

J’abrite le nid des anges
et les couvées du ciel.

Je suis l’axe du monde.

        
*Yggdrasil est le nom donné par les anciens Germains
au Frêne cosmique qui reliait le ciel et la terre.
Il abritait en ses racines les divinités du destin,
en ses branches toute l’humanité
et en son sommeil le palais des dieux.

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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LE LINOT DANS LE VAL ROCHEUX (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




Illustration

    
LE LINOT DANS LE VAL ROCHEUX

Le linot dans le val rocheux,
L’alouette des landes dans l’air,
L’abeille parmi les bruyères
Qui cachent ma belle maîtresse :

Où gît son sein broute le cerf
Et nourrit l’oiseau sa couvée;
Ceux-là même à qui son amour
Souriait, l’ont abandonnée!

Tout d’abord, quand la noire tombe
Sur sa dépouille se ferma,
Ils crurent que jamais leurs coeurs
Ne reverraient lueur de joie,

Que toujours le flot de la peine
Baignerait les ans à venir;
Leur angoisse amère, où est-elle?
Leurs pleurs déchirants, où sont-ils?

Qu’ils courent donc après l’Honneur
Ou le fantôme du Plaisir,
L’habitante de chez les morts,
Non moins changée, est impassible.

Si leurs yeux veillaient dans les larmes
Jusqu’à tarir leur source vive,
Son sommeil si calme, en retour,
N’exhalerait pas un soupir.

Passe, vent d’ouest, sur ce tertre;
Murmurez, ruisseaux printaniers,
Et les rêves de ma maîtresse
Seront doux : vous y suffirez.

***

THE LINNET IN THE ROCKY DELLS

The linnet in the rocky dells,
The moor-lark in the air,
The bee among the heather-bells
That hide my lady fair:

The wild deer browse above her breast;
The wild birds raise their brood;
And they, her smiles of love caressed,
Have left her solitude!

I ween, that when the grave’s dark wall
Did first her form retain,
They thought their hearts could ne’er recall
The light of joy again.

They thought the tide of grief would flow
Unchecked through future years,
But where is all their anguish now,
And where are all their tears?

Well, let them fight for Honour’s breath,
Or Pleasure’s shade pursue-
The Dweller in the land of Death
Is changed and careless too.

And if their eyes should watch and weep
Till sorrow’s source were dry,
She would not, in her tranquil sleep,
Return a single sigh.

Blow, west wind, by the lonely mound,
And murmur, summer streams,
There is no need of other sound
To soothe my Lady’s dreams.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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