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Poésie

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Nous sommes d’une source (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2019



Illustration
    
Nous sommes d’une source
Qu’aucune pluie n’abreuve
Mais qui ne tarit pas

Nous sommes d’un matin
Arraché à la nuit
Par un autre soleil

Nous sommes d’une origine
Sans étoiles certaines

Nous sommes d’un amour
Aussi vaste que le vent
Aussi nu qu’un désert

Nous sommes d’une communion
Dont nous sommes le centre
Et le cercle infini

Nous sommes d’une symphonie
L’instrument et l’archet
Et la main qui relève

Nous sommes d’un silence
Que nul chant nul feuillage
Ne sauraient contenter

Nous sommes d’un chemin
Sans bornes et sans tracé
Que visite l’Ouvert

Nous sommes d’une foi
Sans rives et sans frontière
Aux doutes traversés

Nous sommes d’une forêt
Dont nous sommes l’aubier
La racine et la cime

Nous sommes d’une mélodie
Que chaque chant d’oiseau
Consent à imiter

Nous sommes des moissons
Le couvert et le pain
La table partagée

Nous sommes de ce pays
Qui nous change à mesure
Où l’on n’arrive jamais

Nous sommes de cette voix
Qui murmure notre nom
Dans le souffle d’un été

Nous sommes de ce printemps
Dont les branches nous frôlent
Sans jamais nous toucher

Nous sommes d’une blessure
Dont le feu couve en nous
Élargit nos foyers

Nous sommes d’une parole
Non encore entendue
Toujours à écouter

Nous sommes pour chacun
L’eau du puits et le seau
La margelle où puiser

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Midi (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019


midi


L’oeuf du clocher, l’horloge,
est doucement épris de l’immobile été,
le temps le couve et dort.

(André Frénaud)

 

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Minuit (Julien Delmaire)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2018



Julien Delmaire
    
Minuit dérobe
Les bijouteries
Contre ta robe
Un diamant cri

Je suis l’alcool
Térébenthine
Je suis la folle
Sur la colline

Criblé d’épines
Je suis l’alcool
L’encre de chine
Sur ton épaule

Je suis le Christ
De Kigali
Et l’améthyste
Qu’on a sali

Je suis l’enfance
Défigurée
Je suis l’offense
De l’emmuré

Syntax error
Bug intégral
Signes d’aurore
Jour minéral

Je veux l’oiseau
Lacrymogène
Aux ras des eaux
Cancérigènes

Je veux ton ventre
Dans la fumée
Mes doigts qui entrent
Pour exhumer

Un oasis
Une métaphore
Ton clitoris
Ta mandragore

Je vois l’oubli
Brisant ses chaînes
La mort partie
Avec la haine

Voici le monde
La vie bégaye
Voici la ronde
Des merveilles

Je te retrouve
Ma Géorgie
Le soleil couve
Ton sein rougi

Le temps caresse
Son vieux piano
Ta voix disperse
Les moineaux

Les nègres écument
La nostalgie
La nuit s’allume
Ma Géorgie…

(Julien Delmaire)

 

Recueil: Turbulences
Traduction:
Editions: Le temps des cerises

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Le poème (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



Illustration: Philippe Jalbert
    
Le poème est un coq

Il chante chaque fois
qu’il est content

Le poème est une poule

Elle sait que les oeufs
sont fragiles
et que c’est long
de couver

(Werner Lambersy)

 

Recueil: L’éternité est un battement de cils
Traduction:
Editions: Actes Sud

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J’ai touché le duvet (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018




    
J’ai touché le duvet du sable
et l’alcyon s’est mis à couver.

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: Trois ménologues
Editions: Cheyne

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PROMENADE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Alexander Ye Pavlovets -  9

PROMENADE
À Emmanuel des Essarts.

Ce n’est pas d’hier que d’exquises poses
Me l’ont révélée, un jour qu’en rêvant
J’allais écouter les chansons du vent.

Ce n’est pas d’hier que les teintes roses
Qui passent parfois sur sa joue en fleur
M’ont parlé matin, aurore, fraîcheur,

Que ses clairs yeux bleus et sa chevelure
Noire, sur la nuque et sur le front blancs,
Ont fait naître en moi les désirs troublants

Que, dans ses repos et dans son allure,
Un charme absolu, chaste, impérieux,
Pour toute autre qu’Elle a voilé mes yeux.

Ce n’est pas d’hier. Puis le cours des choses
S’assombrit. Je crus à jamais les roses
Mortes au brutal labour du canon.

Alors j’aurais pu tomber sous les balles
Sans que son nom vînt sur mes lèvres pâles
— Car je ne sais pas encore son nom.

Puis l’étude austère aux heures inertes,
L’ennui de l’été dans les ombres vertes,
M’ont fait oublier d’y penser souvent.

Voici refleurir, comme avant ces drames,
Les bleuets, les lys, les roses, les femmes,
Et puis Elle avec sa beauté d’avant.

*

Dans le grand jardin, quand je vous retrouve,
Si je ralentis, pour vous voir, mes pas,
Peureuse ou moqueuse, oh ! ne fuyez pas !

Me craindre ?… Depuis que cet amour couve
En mon coeur, je n’ai même pas osé
Rêver votre bras sur le mien posé.

Qu’est-ce que je viens faire en votre vie,
Intrus désoeuvré ? Voilà votre enfant
Qui joue à vos pieds et qui vous défend.

Aussi, j’ai compris, vous ayant suivie,
Ce qu’ont demandé vos yeux bleus et doux :
« Mon destin est fait, que me voulez-vous ? »

Mais, c’est bien assez, pour qu’en moi frissonne
L’ancien idéal et sa floraison
De vous voir passer sur mon horizon !

Car l’âme, à l’étroit dans votre personne,
Dépasse la chair et rayonne autour,
— Aurore où s’abreuve et croît mon amour.

Diamants tremblant aux bords des corolles,
Fleur des pêches, nacre, or des papillons
S’effacent pour peu que nous les froissions.

Ne craignez donc pas d’entreprises folles,
Car je resterai, si cela vous plaît,
Esclave lointain, inconnu, muet.

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Ye Pavlovets

 

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L’interrogateur (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
L’interrogateur

Je ne questionne pas sur les gloires ni les neiges,
je veux savoir où se retrouvent les hirondelles
mortes,
où vont les boîtes d’allumettes usées.
Aussi grand que soit le monde
il y a les ongles à couper, les effiloches,
les enveloppes fatiguées, les cils qui tombent.
Où vont les brumes, le dépôt du café,
les almanachs d’un autre temps ?

Je questionne sur le vide qui nous anime ;
je présume que dans ces cimetières
la peur pousse peu à peu
et que c’est là où couve le Rokh.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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ÉTÉ (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018




Illustration: Alejandra Atarés

    

ÉTÉ

Voici l’été qui vient à nous, l’été s’en vient c’est chose sûre
Car les bois sont pleins de jacinthes et les haies foisonnent de fleurs
Et la corneille est sur le chêne en train de bâtir sa demeure
Et l’amour est diamants de feu dans le sein de ma douce amante
Qui tresse là-bas ses cheveux sous le buisson d’épine blanche
Ah je veux l’aller retrouver lui faire ma tendre demande
Et contempler son clair visage et reposer en sa beauté
Et sur son doux sein alléger ma peine de coeur lancinante
La bête à bon Dieu va quêtant sur la fleur épanouie du mai
L’abeille allègre butinant de l’aube jusqu’à la vêpraie
Et le pinson couve en son nid que tapisse la mousse grise
Dans le buisson d’épine blanche où sur son sein je m’appuierai
Oui je m’appuierai sur son sein en lui chuchotant à l’oreille
Que je ne puis plus fermer l’oeil à force de penser à elle
Que j’ai perdu tout appétit que je me consume d’amour
Pareil à la rose des haies qu’assassine l’ardeur du jour

Sous le buisson d’épine blanche au bout du pré ma douce amante
Fait un ouvrage de filet et nulle à voir n’est plus charmante
Elle n’a chapeau ni bonnet mais un peigne incrusté de perles
Dont la diamantine rosée sur sa tête exquise étincelle
Sa robe de moire ou de soie est rouge ensemble que bleu ciel
Brillant écrin où son coeur bat comme un balancier très fidèle
Je veux enlacer de ce bras le tendre sein de mon amie
Et la baiser sans émouvoir le pinson qui couve en son nid

***

SUMMER

Come we to the summer to the summer we will come
For the woods are full of bluebells and the hedges full of bloom
And the crow is on the oak a building of her nest
And love is burning diamonds in my true lover’s breast.
She sits beneath the white thorn a-plaiting of her hair
And I will to my true love with a fond request repair
I will look upon her face I will in her beauty rest
And lay my aching weariness upon her lovely breast
The clock-a-clay is creeping on the open bloom of May
The merry bee is trampling the pinky threads all day
And the chaffinch it is brooding on its grey mossy nest
In the white thorn bush where I will lean upon my lovers’s breast
I’ll lean upon her breast and I’ll whisper in her ear
That I cannot get a wink o’sleep for thinking of my dear
I hunger at my meat and I daily fade away
Like the hedge rose that is broken in the heat of the day.

Among the white thorn bushes at the edge of the green
My Love is doing network and is lovely to be seen
No cap or bonnet on her hair her comb with pearls inlaid —
They shine like diamond drops o’dew upon the lovely maid
Her gown is silk or satin — its colours red and blue
And her heart beats ‘neath the gloss on’t like a pendulum so true
I’ll go and clasp an armful about her bonny breast
And kiss and ne’er disturb the chaffinch on its nest

(John Clare)

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Je me chauffe les mains à un bouquet de roses ardentes (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



Feu de cheminée

Je me chauffe les mains
A un bouquet de roses ardentes
A un feuillage de flammes
Alors que le vent frappe à la vitre
Où se regardent les étoiles

Je me chauffe les mains
En regardant mûrir des fruits rouges
Dans le buisson du feu
Et un grand coquelicot éclore
Sur la plaque de l’âtre

Je m’endors et le feu s’éteint
Mais la cendre couve peut-être
Un bel oiseau de braise
Qui m’emportera.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Il faut aimer la femme (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Il faut aimer la femme comme un objet
qui n’a de valeur que par la forme ou l’apparence.
Elle n’a que sa peau pour faire l’amour
de la même façon que le ciel n’a que l’eau
où descendre pour devenir terre parmi les flaques.

Les mots d’amour n’ont pas plus de sens
qu’une belle moisson qu’on va couper
et les regards que chacun tire de sa nuit
ne font pas durer le jour un moment de plus.

Les mains où l’on tient captive une femme
comme quelque chose qui va fondre
entrent dans son corps toujours ouvert
et s’y déploient comme une forêt de fougères.

Violent de tout ce que le désir couve en moi,
obsédé par la mort qui n’en finit pas de m’attendre,
je m’oriente vers vous, femmes de tous les jours,
comme une plante vers les hautes fenêtres du jour

Car je me souviens des routes qui font du monde
un lieu où l’on ne se rencontre jamais
parce que la mort tourne plus vite que lui,
laissant dépasser des têtes vides à chaque horizon.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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