Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘couvercle’

Si grand était son amour pour elle (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



Si grand était son amour pour elle
qu’il aurait suffi à faire sauter le couvercle de son cercueil
– si la fleur qu’elle y avait déposée
n’avait pas été si lourde.

(Paul Celan)

Illustration

 

 

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Huitième élégie (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
De tous ses yeux la créature voit l’Ouvert.
Seuls nos yeux sont comme retournés et posés autour d’elle
tels des pièges pour encercler sa libre issue.

Ce qui est au-dehors nous ne le connaissons
que par les yeux de l’animal.
Car dès l’enfance on nous retourne
et nous contraint à voir l’envers,
les apparences, non l’ouvert,
qui dans la vue de l’animal est si profond.
Libre de mort.

Nous qui ne voyons qu’elle, alors que l’animal
libre est toujours au-delà de sa fin:
il va vers Dieu; et quand il marche,
c’est dans l’éternité, comme coule une source.

Mais nous autres, jamais nous n’avons un seul jour
le pur espace devant nous, où les fleurs s’ouvrent
à l’infini. Toujours le monde, jamais le
Nulle part sans le Non, la pureté
insurveillée que l’on respire,
que l’on sait infinie et jamais ne désire.

Il arrive qu’enfant l’on s’y perde en silence,
on vous secoue. Ou tel mourant devient cela.
Car tout près de la mort on ne voit plus la mort
mais au-delà, avec le grand regard de l’animal,
peut-être. Les amants, n’était l’autre qui masque
la vue, en sont tout proches et s’étonnent…

Il se fait comme par mégarde, pour chacun,
une ouverture derrière l’autre…
Mais l’autre, on ne peut le franchir, et il redevient monde.
Toujours tournés vers le créé nous ne voyons
en lui que le reflet de cette liberté
par nous-même assombri.
A moins qu’un animal, muet, levant les yeux,
calmement nous transperce.

Ce qu’on nomme destin, c’est cela: être en face,
rien d’autre que cela, et à jamais en face.

S’il y avait chez l’animal plein d’assurance
qui vient à nous dans l’autre sens une conscience
analogue à la nôtre –, il nous ferait alors
rebrousser chemin et le suivre. Mais son être
est pour lui infini, sans frein, sans un regard
sur son état, pur, aussi pur que sa vision.
Car là où nous voyons l’avenir, il voit tout
et se voit dans le Tout, et guéri pour toujours.

Et pourtant dans l’animal chaud et vigilant
sont le poids, le souci d’une immense tristesse.
Car en lui comme en nous reste gravé sans cesse
ce qui souvent nous écrase, – le souvenir,
comme si une fois déjà ce vers quoi nous tendons avait été plus proche,
plus fidèle et son abord d’une infinie douceur.

Ici tout est distance, qui là-bas était souffle.
Après cette première patrie, l’autre lui semble équivoque et venteuse.
Oh! bienheureuse la petite créature
qui toujours reste dans le sein dont elle est née;
bonheur du moucheron qui au-dedans de lui,
même à ses noces, saute encore: car le sein
est tout. Et vois l’oiseau, dans sa demi-sécurité:
d’origine il sait presque l’une et l’autre chose,
comme s’il était l’âme d’un Etrusque
issue d’un mort qui fut reçu dans un espace,
mais avec le gisant en guise de couvercle.

Et comme il est troublé, celui qui, né d’un sein,
doit se mettre à voler!

Comme effrayé de soi,
il sillonne le ciel ainsi que la fêlure à travers une tasse,
ou la chauve-souris qui de sa trace raie le soir en porcelaine.

Et nous: spectateurs, en tous temps, en tous lieux,
tournés vers tout cela, jamais vers le large!
Débordés. Nous mettons le l’ordre. Tout s’écroule.
Nous remettons de l’ordre et nous-mêmes croulons.

Qui nous a bien retournés que de la sorte
nous soyons, quoi que nous fassions, dans l’attitude du départ?
Tel celui qui, s’en allant, fait halte sur le dernier coteau
d’où sa vallée entière s’offre une fois encor, se retourne et s’attarde,
tels nous vivons en prenant congé sans cesse.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Élégies de Duino
Traduction: François-René Daillie
Editions: La Différence

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Elle a commencé par enlever le couvercle (Albane Gellé)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018




    
elle
a commencé par enlever le cou
vercle et puis tout doucement elle
est sortie de son bocal.

(Albane Gellé)

 

Recueil: Je te nous aime
Traduction:
Editions: Cheyne

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Mon sang repose dans la boite du coeur (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



mon sang
repose
dans la boite du coeur,
mon mur
dans la boite du corps,
mon corps
dans la boîte du lit,
mon lit
dans la boite de la chambre,
et ainsi de suite
jusqu’à la boite du néant
qui commande le couvercle
de toutes les autres.
Et pour le soulever
il me faudra me hisser
de boite en boite jusqu’à lui.
Mais une fois atteint
aurai-je encore envie de le décoller
ou de me lancer au contraire
à nouveau dans le vide ?

(Gérard Le Gouic)

Illustration: Tanni Koens

 

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Un grand Espoir s’écroula (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Un grand Espoir s’écroula
On ne perçut aucun bruit
Au-dedans était la Ruine
Ô Naufrage sournois
Qui ne se Trahit pas
Et n’admit nul Témoin

L’esprit bâti pour une Charge immense
Conçu pour la tourmente
Sombrant en Mer tant de fois
Et sur Terre, ostensiblement

Un refus de m’avouer la blessure
Et tant elle s’élargit
Que toute ma Vie s’y engouffra
Autour, ce n’étaient que failles –

Rabattu le simple couvercle qui bâillait au soleil
Jusqu’à ce que le tendre Menuisier
A jamais le cloue –

***

A great Hope fell
You heard no noise
The Ruin was within
Oh cunning Wreck
That told no Tale
And let no Witness in

The mind was built for mighty Freight
For dread occasion planned
How often foundering at Sea
Ostensibly, on Land

A not admitting the wound
Until it grew so wide
That all my Life had entered it
And there were troughs beside –

A closing of the simple lid that opened to the sun
Until the tender Carpenter
Perpetual nail it down –

(Emily Dickinson)


Illustration: Jacob-Peter Gowi

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Qu’un puits recèle de mystères! (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Qu’un puits recèle de mystères!
voisine venue d’un autre univers
nul n’a jamais vu les bords
Sinon ce couvercle de verre –
Par où contempler à loisir
La face d’un abîme

(Emily Dickinson)

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Retouche à l’instant (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2016



Retouche à l’instant

l’éphémère posé sur l’étang
au coeur de cercles qui s’épuisent
devient la poignée de couvercle du monde

(Daniel Boulanger)

Illustration

 

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Le chevalier et sa dame (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2016



Le chevalier et sa dame
pétrifiés mais heureux
sur un couvercle de sarcophage
qui s’envole hors du temps.

(Tomas Tranströmer)

Illustrations

 

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Retour (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2015



Retour

Avec un cabas
de syllabes
entre les dents

avec un projet
ancien
qui déborde
du couvercle

avec un noyau
vieux
d’où point
un feuillage

avec un envol
depuis des siècles
retenu
sous les aisselles

je débarque

Sauront-ils mes pas
mes oiseaux
mes chevaux

si longtemps
clandestins
dans des tiroirs
dans des poches

respirer
l’air
libre?

***

Regresso

Com um cabaz
de silabas
nos dentes

com um projecto
antigo
a transbordar
da tampa

com um caroço
velho
a querer deitar
folhagem

com um voo
hà séculos
retido
nos sovacos

desembarco

Saberâo meus passos
meus pâssaros
meus cavalos

clandestinos
ha tempo
em bolsos
e gavetas

respirar
o ar
livre?

(Teresa Rita Lopes)


Illustration

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ESTAMPES DE LA MER (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2015



ESTAMPES DE LA MER

La mer
veut soulever
son couvercle.

Des géants de corail
poussent
avec leur dos.

Et dans les grottes d’or
les sirènes répètent
une chanson pour endormir
l’eau.

Vous voyez leurs gosiers
et leurs écailles ?

Devant la mer
prenez vos lances.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Gaston Bussière

 

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