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Poésie

Posts Tagged ‘couvert’

JE SUIS (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



    

JE SUIS

Je suis pourtant ce que je suis nul ne le sait ni n’en a cure
Mes amis m’ont abandonné comme l’on perd un souvenir
Je vais me repaissant moi-même de mes peines —
Elles surgissent pour s’évanouir — armée en marche vers l’oubli
Ombres parmi les convulsives d’amour —
Et pourtant je suis et je vis — ainsi que vapeurs ballottées les muettes transes
Dans le néant du mépris et du bruit
Dans la vivante mer des rêves éveillés
Où nul sentiment de la vie ne subsiste ni du bonheur
Rien qu’un grand naufrage en ma vie de tout ce qui me tient à coeur
Oui même mes plus chers soucis — les mieux aimés
Sont étrangers — plus étrangers que tout le reste

Je languis après un séjour que jamais homme n’a foulé
Un endroit où jamais encore femme n’a souri ni pleuré —
Pour demeurer avec mon Dieu mon Créateur
Et dormir de ce doux sommeil dont j’ai dormi dans mon enfance
Sans troubler — moi-même introublé où je repose
L’herbe sous moi — couvert par la voûte du ciel

***

I AM

I am — yet what I am none cares or knows
My friends forsake me like a memory lost
I am the self-consumer of my woes —
They rise and vanish in oblivious host
Like shadows in love’s frenzied stifled throes —
And yet I am and live — like vapours tost

Into the nothingness of scorn and noise
Into the living sea of waking dreams
Where there is neither sense of life or joys
But the vast shipwreck of my life’s esteems
Even the dearest — that I love the best —
Are strange — nay rather stranger than the rest

I long for scenes where man hath never trod
A place where woman never smiled or wept —
There to abide with my Creator God
And sleep as I in childhood sweetly slept
Untroubling and untroubled where I lie
The grass below — above the vaulted sky

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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REMISE (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
REMISE

Laissez filer les guides maintenant c’est la plaine
Il gèle à la frontière chaque branche l’indique
Un tournant va surgir prompt comme une fumée
Où flottera bonjour arqué comme une écharde
L’angoisse de faiblir sous l’écorce respire
Le couvert sera mis autour de la margelle
Des êtres bienveillants se porteront vers nous
La main à votre front sera froide d’étoiles
Et pas un souvenir de couteau sur les herbes

Non le bruit de l’oubli là serait tel
Qu’il corromprait la vertu du sang et de la cendre
Ligués à mon chevet contre la pauvreté
Qui n’entend que son pas n’admire que sa vue
Dans l’eau morte de son ombre.

(René Char)

 

Recueil: Poèmes et proses choisies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Retouche à la trinité (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2017



Illustration: Francine Van Hove
    
retouche à la trinité

solitaire aussi loin qu’il y songe et son roi
toujours deux couverts à sa table
celui de la mort et le sien
la rose auprès du chandelier
sagesse et sommelier
elle verse pour trois

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: De laine et soie
Editions: Gallimard

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La Carte du Royaume des Précieuses (Charles Sorel)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2017



La Carte du Royaume des Précieuses

On s’embarque sur la Rivière de Confidence
pour arriver au Port de Chuchoter.

De là on passe par Adorable, par Divine, et par Ma Chère,
qui sont trois villes sur le grand chemin de Façonnerie
qui est la capitale du Royaume.

A une lieue de cette ville est un château bien fortifié
qu’on appelle Galanterie.
Ce Château est très noble,
ayant pour dépendances plusieurs fiefs,
comme Feux cachés, Sentiments tendres et passionnés
et Amitiés amoureuses.

Il y a auprès deux grandes plaines de Coquetterie,
qui sont toutes couvertes d’un côté par les Montagnes de Minauderie
et de l’autre par celles de Pruderie.

Derrière tout cela est le lac d’Abandon,
qui est l’extrémité du Royaume.

(Charles Sorel)

voir ici: Carte DE Tendre (et pas « du ».. Tendre est un Pays.. un BEAU Pays!)  de Madeleine de Scudéry (15/11/1607  02/06/1701)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Carte_de_Tendre
http://www.miscellanees.com/t/tendre01.htm

 

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Nuit sous le pont aux érables (Tchang Ki)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2017




    
Nuit sous le pont aux érables

La lune décline, les corneilles croassent dans le ciel couvert de givre.

Les érables du fleuve, des feux de pêcheurs accompagnent le dormeur mélancolique.

Du temple de la Montagne Fraîche, hors de la ville de Kou-sou,

Vers minuit, un tintement de cloche parvient au bateau du voyageur.

(Tchang Ki)

 

 

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Je suis couvert de la mort (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration
    
Je suis couvert de la mort comme d’un lichen
sans autres racines que celles de mes mains,
que celles de mes songes dans la nuit
ou que celles de mes pas aussitôt effacés.

Le sang levé pour le bonheur
ne monte pas au-dessus des mains
qui l’entourent, elles-mêmes prisonnières
de la terre qui se ferme jusqu’en leurs doigts.

Et pourtant le soleil tient la plaine contre lui.
Il n’y a plus d’ombre au fond des arbres,
il n’y a plus qu’une clarté sans paupières
qui touche le monde à la place des sources.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Sur un terrain couvert de mines (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2017



 

sur un terrain couvert de mines
des centaines d’arbres
couverts de bourgeons

(Abbas Kiarostami)

 

 

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L’homme-garou (Margaret Atwood)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

L’homme-garou

Mon mari marche dans le champ couvert de givre,
un X, un concept
défini contre un blanc;
il oscille, entre dans la forêt
et s’y efface.

S’il n’est défini par mon regard
en quoi se transforme-t-il
quelle autre forme
se fond avec les pousses
souterraines, ondule à travers les eaux,
camouflée aux animaux attentifs
du marécage

À midi il
reviendra; ou peut-être
ne reviendra
que mon idée de lui
lui se cachant derrière.

Il se peut qu’il me transforme aussi
avec l’oeil du renard, l’oeil
du hibou, l’oeil aux huit
facettes de l’araignée

Je ne peux pas imaginer
ce qu’il verra
quand il ouvrira la porte

***

The Wereman

My husband walks in the frosted field
an X, a concept
defined against a blank;
he swerves, enters the forest
and is blotted out.

Unheld by my sight
what does he change into
what other shape
blends with the under
growth, wavers across the pools
is camouflaged from the listening
swamp animals

At noon he will
return; or it may be
only my idea of him
I will find returning
with him hiding behind it.

He may change me also
with the fox eye, the owl
eye, the eightfold
eye of the spider

I can’t think
what he will see
when he opens the door

(Margaret Atwood)

 

Recueil: Le journal de Susanna Moodie
Traduction: Christine Evain
Editions: Bruno Doucey

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La nature serait mieux faite (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2017



La nature serait mieux faite
si la truite plutôt que d’écailles
était couverte d’amandes effilées.

(Laurent Albarracin)

 

 

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A la frontière (Lou Louen)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2017



Sous la lune noire et sous le vol très haut des oies sauvages,
Le chef des Huns s’est enfui à la faveur de la nuit.
Quand la cavalerie légère s’apprête à le poursuivre,
La neige tombe en abondance, arcs et couteaux en sont couverts!

(Lou Louen)

 

 

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