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Poésie

Posts Tagged ‘cracher’

Je vois d’ici votre moue… (Yves Martin)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2021




    
Je vois d’ici votre moue…

Je vois d’ici votre moue.
Qu’il craque, qu’il crève le vieux bonhomme !
Qu’importe ses lampées, ses mâchées,
Ses dimanches calmes comme des parasols,
Les cigarettes qu’on ressasse, le vin qui ronfle !

Vous vous foutez de ses souvenirs.
Vous avez tort, il a vécu une bien belle aventure.
Ce jour-là il pleuvait. Les gosses chahutaient de tout leur long.
Il avait filé une jeune femme. Il avait été intarissable.
Il lui avait même donné rendez-vous – sans aucune précision de lieu – pour le lendemain.

Il vous aurait raconté comment il retrouva l’altière
Aux yeux carapattant comme un bouquet de grillons.
Vous préférez qu’il se taise, crache, qu’il parte avec ses symboles.
Vous ne ferez jamais de merveilleuses rencontres sous la pluie.

(Yves Martin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Je fais bouillir mon vin
Traduction:
Editions: Chambelland

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DES CUISSES, DES CHEVEUX (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2021



Illustration: Pascal Renoux
    
DES CUISSES, DES CHEVEUX, cette femme est plongeuse
Plus lente que nature
Elle est enfouie comme une rose sous les verdeurs de la mer.

Elle fait pour moi un sourire extasié
Elle m’adresse des baisers faux et anormaux
Elle nage entre mes animaux les poissons miroirs
Elle a des mouvements aériens des jambes.

Elle suce, elle embrasse, elle épuise et remue.
Quand je suis entièrement brisé elle s’envole
Torrent de bulles bleues
Elle crache mes plus précieux souvenirs.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Les Noces suivi de Sueur de Sang
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nous parcourons les âges (Albane Gellé)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2020



Illustration
    
Nous parcourons les âges
l’amour est du voyage
nous revêtons ses mues
pour le meilleur et pour le pire
serments crachés et puis rompus
nous alternons entre chaud froid
tunnels passés
nous remercions les crépuscules
sur le clocher un coq s’affole
girouette avec le vent du nord.

(Albane Gellé)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: L’au-delà de nos âges
Traduction:
Editions: Cheyne

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Griot de ma race (Ndèye Coumba Diakhaté)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020



Ndèye Coumba Diakhaté
    
Griot de ma race

Je suis griot de ma race :
Poète, troubadour;
Je chante très haut ma race, mon sang,
Qui clame qui je suis.

Je suis… bois d’ébène,
Que ne consume le feu lent du mensonge.
Je suis… la latérite rouge du sang farouche de mes ancêtres.

Je suis… la brousse inviolée,
Royaume des singes hurleurs.

Pas le Nègre des bas quartiers,
Relégué dans la fange fétide, la suie qui colle;
Là-bas, dans la ville grise, qui accable, qui tue.

Je suis… qui tu ignores :
Soleil sans leurre; pas de néon hypocrite.
Je suis… le clair de lune serein, complice des ébats nocturnes,

Je suis le sang qui galope, se cabre d’impatience
Dans le dédale de mes artères. Je suis qui tu ignores.
Je crache sur l’esprit immonde.

Et voici que je romps les chaînes,
Et le silence menteur
Que tu jetas sur moi.

(Ndèye Coumba Diakhaté)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Poussières de Juillet (Kateb Yacine)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2020



Kateb Yacine
    
Poussières de Juillet
(Extrait)

Le sang
Reprend racine
Oui
Nous avions tout oublié
Mais notre terre
En enfance tombée
Sa vieille ardeur se rallume

Et même fusillés
Les hommes s’arrachent la terre
Et même fusillés
Ils tirent la terre à eux
Comme une couverture
Et bientôt les vivants n’auront plus où dormir

Et sous la couverture
Aux grands trous étoilés
Il y a tant de morts
Tenant les arbres par la racine
Le coeur entre les dents

Il y a tant de morts
Crachant la terre par la poitrine
Pour si peu de poussière
Qui nous monte à la gorge
Avec ce vent de feu

Ainsi qu’un boulet rouge
Aveugle
Sans retour
Quel ancêtre abattu t’oublia dans son crâne
Fleur de poussière éclose aux lèvres du Rhummel
Laitance d’enfant sevré
Qui fit pousser nos dents toutes neuves?

Tant de fois abattu
L’ancêtre au loin s’obstine
Sa tête
Au fond du fleuve Et du soleil
Détale
[…]

(Kateb Yacine)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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PORTEURS DE CICATRICES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2020



Illustration: Akbar Behkalam
    
Poem in French, Dutch, Spanish, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Malaya, Filipino, Hebrew, Tamil
Poem of the Week Ithaca 639
by Andrée Chedid, Egypte-France (1920-2011)

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –
PORTEURS DE CICATRICES

Les morts aux visages rompus se redressent
La langue des humiliés se gonfle
Orageuse se lève la marée des victimes

Mais prenez garde porteurs de cicatrices!

Éteignez dans vos chairs les volcans de la haine

Piétinez l’aiguillon et crachez le venin
qui vous apparenteraient un jour aux bourreaux

Étouffez ces clairons ces sonneries qui forcent la ressemblance qui commandent le talion

Questionnez vos viscères
Percez vos propres masques

Soyez autres!

***

DRAGERS VAN LITTEKENS

De doden met stukgeslagen gezichten staan weer op
De tong van de vernederden zwelt op
Stormachtig stijgt het getij van de slachtoffers

Maar wees op jullie hoede, dragers van littekens!

Doof in jullie vlees de vulkanen van de haat

Vertrap de angel, spuw het gif uit
dat jullie ooit op de beulen zou doen lijken

Demp het klaroengeschal dat tot gelijkenis dwingt, tot weerwraak leidt

Bevraag jullie ingewanden
Doorprik jullie eigen maskers

Wees anders!

Dutch translation Germain Droogenbroodt

***
LOS PORTADORES DE CICATRICES

Los muertos con rostros destrozados se levantan
La lengua de los humillados se inflama
Tormentosa se alza la marea de las víctimas

¡Pero cuidado con los portadores de cicatrices!

Apaguen en su carne los volcanes del odio

Pisoteen el aguijón y escupan el veneno
que un día les hiciera parecer verdugos

Sofoquen esos clarines, esos toques de llamada,
que con fuerza remiten a la orden de represalia

Cuestionen sus entrañas
Perforen sus propias máscaras

¡Sean otros!

Traducción Rafael Carcelén

***

BEARERS OF SCARS

The dead with broken faces rise up
The tongue of the humiliated swells
The stormy tide of victims rises

But beware bearers of scars

Extinguish in your flesh the volcanoes of hate

Stomp the sting and spit out the venom
that would one day make you look like the executioners

Silence those bugles, those bells forcing sameness commanding vengeance

Question your guts
Rip off your masks

Be different.
English translation Stanley Barkan

***

***

LATORI DI CICATRICI

I morti con i volti rotti si risollevano
la lingua degli umiliati si gonfia
Cresce la marea tempestosa delle vittime

Prestate attenzioneai latori di cicatrici

Nella tua carne spegni i vulcani dell’odio

Calpesta il pungiglionee sputa il veleno
che un giorno potrà farti apparire come uno dei boia

Silenzia le trombe,quelle campaneche impongono somiglianza
costringono alla vendetta

Interroga le tue viscere
esci fuori dalle tue stesse maschere

Sii diverso.

Traduzione di Luca Benassi

***

DIE NARBENTRÄGER

Die Toten mit gebrochenen Gesichtern erheben sich
Die Zunge der Erniedrigten schwillt
Stürmisch steigt die Flut der Opfer

Aber gebt acht, Träger der Narben!

Löscht in eurem Fleisch die Vulkane des Hasses

Zertretet den Stachel und spuckt aus das Gift
das euch eines Tages dem Henker gleich machen würde

Dämpft die Schalmeien, dieses Tönen,
das zur Ähnlichkeit zwingt, zur Vergeltung befiehlt

Befragt eure Eingeweide
zerreißt eure Masken

Seid anders!

Übersetzung Wolfgang Klink

***

OS PORTADORES DE CICATRIZES

Os mortos com rostos destroçados se levantam
A língua dos humilhados se inflama
Tormentosa se levanta a maré das vítimas

Mas cuidado com os portadores de cicatrizes!

Apaguem nas suas carnes os vulcões do ódio

Pisoteiem o aguilhão e cuspam o veneno
que um dia vos fez parecer verdugos

Sufoquem esses clarins, esses toques de chamada,
que com força remetem à ordem de represália

Questionem as suas entranhas
Perfurem suas próprias máscaras

Sejam outros!

Tradução ao Português: José Eduardo Degrazia

***

PUTTATURI DI CICATRICI

Li morti cu li facci rutti si iazzanu
Li lingui di li umiliati unchianu
La marea timpistusa nchiana

Ma stati attenti a chiddi chi hannu cicatrici

Astutati li vulcani di l’odiu supra la vostra peddi

Scalpisati lu bruciuri e sputati lu vilenu
Ca un jornu vi putissi mparintari cu li carnefici

Faciti zzittiri li trummi chi forzanu la summigghianza ca dumanna lu tagghiuni

Dumannati a li vostri visciri,
spunnati li maschiri

Canciativi in autri.

Traduzion i di Gaetano Cipolla

***

PURTĂTORI DE CICATRICI

Cu fețe strâmbemorții se ridică,
Se umflă limba umiliților,
Vijelios se înalță valul înfrânților.

Luați seama,purtători de cicatrici!

Stingeți în propria carnevulcanii vrăjmășiei,

Striviți sub talpă acul și apoi scuipați veninul
Care, într-o bună zi, vă va schimba-ncălăi.

Înăbușiți sunetul goarnelor, acel semnalde răzbunareîncolonată,

Lăsați-vă purtați de vocea interioară
Și, rupându-vă masca,

Fiți diferiți!

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

NOSICIELE BLIZN

Martwipowstają z rozdartymi twarzami
Język upokorzonych nabrzmiewa

Burza wzbierafalą ofiar
Lecz strzeżcie się nosicieli blizn!

Zgaście w swych ciałach wulkany nienawiści

Zdepczcie żądło i wyplujcie jad
który pewnego dnia upodobniłby was do katów

Stłumcie trąbki,dzwonyodbierające wam siebie pchające do odwetu

Wsłuchajcie się w swoje wnętrza
Rozkujcie własne maski

Bądźcie inni!

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka

***

ΣΗΜΑΔΕΜΕΝΟΙ

Σπασμένα πρόσωπα, οι νεκροί, σηκώνονται
γλώσσα ταπεινωμένων εξογκωμένη
φουσκώνει η παλλίρρια θυμάτων
προσοχή μόνο στους σημαδεμένους
το ηφαίστειο του μίσους
απέρριψε από μέσα σου
ποδοπάτησε το κεντρί και φτύσε το φαρμάκι
που μια μέρα σε κάνει ίδιο με τους εκτελεστές
αποσιώπησε τις ηχηρές καμπάνες
που την εκδίκηση αποζητούν

αναρωτήσου
απόρριψε τη μάσκα σου
γίνε ο άλλος

ΜετάφρασηΜανώληΑλυγιζάκη//translated by Manolis Aligizakis

***

伤痕累累的人

破脸的死人站了起来
受辱的舌头鼓了出来

受害者的风潮汹涌而起
但要当心伤痕累累的人
在你的肉体中熄灭仇恨的火山
踩毁毒刺而吐出毒液
总有一天毒液会使你变得像刽子手一样
让那些号角、那些强迫雷同号令复仇的钟声沉静下来
追问你的本心
撕开你自己的面具
独立群外。

Chinese translation William Zhou

***

الموتى ذوو الوجوه المشوهة ينهضون،
ألسنة المهانين تنتفض
عاصفا، يعلو مدُّ الضحايا.
لكن حذار يا أصحاب الجراح القديمة
أخمدوا في دواخلكم براكين الكراهية
اسحقوا العقرب
وابصقوا السم الذي قد يؤاخيكم بالجلادين.
اخرسوا هذه الأبواق
وهذه الأجراس التي تحيي هوس الثأر
سائلوا أحشاءكم
اثقبوا أقنعتكم
كونوا آخرين!
Arabic translation Amal Bouchareb

***

दाग़ के वाहक

टूटे हुए चेहरों वाले मुर्दे उठ जाते हैं
अपमानित की जीभ सूज जाती है l

पीड़ितों की तूफानी लहर उठती है
लेकिन दागों से सावधान रहें
अपने मांस में घृणा के ज्वालामुखी बुझाओ
डंक मारना और जहर बाहर थूकना
एक दिन तुम जल्लादों की तरह दिखते हो

उन बगलों को मौन कर दें, जो लोग सामर्थ्य को प्रतिशोध के लिए मजबूर करते हैं

अपनी हिम्मत पर सवाल उठाएं
अपने खुद के मुखौटे चीर
अलग बनो।

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur

***

傷を持つ者

つぶれた顔の死体が浮かび上がる
屈辱を受けた者の舌は腫れ上がっている

嵐のような犠牲者の潮は満ちる
しかし傷を持った人のことに気づきなさい

あなたの身体の中の憎しみの火山を消すのだ
棘を踏みつけ毒を吐きだせ

その毒はいつかあなたを死刑執行人のような顔にするだろうから
自由を奪い、復讐を命じるそのラッパと鐘を止めるのだ

自らの腹に聞いてみるがいい
その仮面を脱ぎ捨て目を見開くのだ

自分自身であれ

Japanese translation Manabu Kitawaki

***

حاملین زخم ها
مردگان با صورتهای شکسته بپا می خیزند
زبان تحقیرشدگان متورم میشود
موج طوفان قربانیان برمیخیزد
اما مراقب باشید ای حاملین زخمها
آتشفشانهای نفرت را در خود خاموش کنید
نیش را بزنید و زهر را بیرون بکشید
که یک روز شما را شبیه اعدام کنندگان می کند

آن شیپورها را خاموش کنید، آن زنگ هایی که یکنواختی را تحمیل می کنند

فرمان انتقام بکشند ،
احساسات درونی خود را زیر سوال ببرید

نقابتان را بردارید
متفاوت باشید.

Farsi translation by Sepideh Zamani

***

НОСИТЕЛИ НА БЕЛЕЗИ

Мъртвите със счупени лица се надигат
Езикът на унизените се подува
Бурният прилив на жертвите расте
Но пазете се носители на белези

Загасете в своята плът вулканите на омразата
Стъпете върху жилото и изкарайте отровата
не правете така, че да изглеждате като палачи

Заглушете тези тръби, тези камбани на еднаквостта и отмъщението

Попитайте същността си
Разкъсайте маските си

Бъдете различни.

превод от английски: Иван Христов
Bulgarian translation Ivan Hristov

***

ÞIÐ SEM BEREIÐ ÖRIN

Lík með sundurtætt andlit rísa upp
Tunga undirokaðra þrútnar
Ofsafengin flóðbylgja fórnarlamba rís

En gætið ykkar þið sem berið örin!
Slökkvið hatursgígana í holdinu

Fótumtroðið broddinn og skyrpið eitrinu
sem einn daginn mundu gera ykkur að böðlum

Kæfið herlúðrana bjöllurnar
sem troða öllum í sama mót
og krefjast svara í sömu mynt

Leitið inn á við
Flettið sjálfa ykkur grímunum

Breytið ykkur!

Islandic translation Þór Stefánsson

***
ЛЮДИ СО ШРАМАМИ

Снова поднимутся мертвые с битыми лицами.

Западут языки у поверженных.

Поднимется бурно волна пострадавших людей.
Берегитесь, однако, вы, люди со шрамами!
Затушите вулканную ненависть в плоти.
Вырвите жало и выплюньте из себя яд,
или когда-нибудь сделает это из вас палачей.

Глушите звук колокола, что зовет к одинаковости и ведет к возмездию.

Загляните внутрь себя с вопросом.

Порвите маски.

Станьте другими!

Russian translation by Daria Mishueva

***

malayan

***

Tagadala ng mga pilat

Ang mga patay na durog ang mukha ay nagsibangon
Ang dila ng mga ipinahiya gustong sumigaw

Naghuhumulagpos ang galit sa mga biktima
Subalit mag-ingat sa mga tagapagdala ng pilat

Patayin mo sa iyong laman ang bulkan ng pagkamuhi

Yurakan ang mga nangangagat at ilura ang mga lason
Na isang araw magmukha ka ring kagaya ng mga taga-usig
Patahimikin ang mga nag-iingay, yaong mga kampanang nag-uudyok ng paghihiganti

Saan nanggagaling ang lakas ng iyong loob
Wasakin mo ang sarili mong maskara

Huwag mong tularan ang iba.

Filipino translation Eden Soriano Trinidad

***

נושאי הצלקות

הַמֵּתִים, בְּפָנִים שְׁבוּרוֹת, מִתְקוֹמְמִים
לְשׁוֹן הַמֻּשְׁפָּלִים מִתְנַפַּחַת

עוֹלָה הַגֵּאוֹת הַסּוֹעֶרֶת שֶׁל קָרְבָּנוֹת
אַךְ הִזָּהֲרוּ נוֹשְׂאֵי הַצַּלָּקוֹת
כַּבּוּ בִּבְשַׂרְכֶם אֶת הָרֵי הַגַּעַשׁ שֶׁל הַשִּׂנְאָה
רִמְסוּ בְּרַגְלֵיכֶם אֶת הָעֹקֶץ וְרִקְקוּ אֶת הָאֶרֶס
שֶׁיּוֹם אֶחָד יִגְרְמוּ לָכֶם לְהֵרָאוֹת כְּמוֹ הַתַּלְיָנִים

הַשְׁתִּיקוּ אֶת הַחֲצוֹצְרוֹת הָהֵן, אוֹתָם פַּעֲמוֹנִים שֶׁכּוֹפִים זֶהוּת מְצַוִּים

נְקָמָה
פַּקְפְּקוּ בִּתְחוּשׁוֹתֵיכֶם
פִּקְּחוּ עֵינֵיכֶם
הֱיוּ שׁוֹנִים.

Hebrew translation Dorit Weisman

***

தழும்புகளைச் சுமப்பவர்கள்!

உடைந்த முகங்களுடன் இறந்தவர்கள் எழுகின்றனர்
இழிவுபடுத்தப்பட்டவர்களின் நாக்குகள் பொங்கி எழுகின்றன
பாதிக்கப்பட்டவர்களின் புயல் அலைகள் எழுகின்றன
தழும்புகளைச் சுமப்பவர்களே எச்சரிக்கையாக இருங்கள்!
வெறுப்பு என்ற எரிமலைதனை உங்கள் தசைகளில் அணைத்துவிடுங்கள்

வன்மத்தை காலடியில் மிதித்துத், துப்பி விடுங்கள்!
ஒருநாள் உங்களைத் தூக்கிலிடுபவர்களெனக் காட்டும்!
அந்த காற்று இசைக்கருவியை மூடி வையுங்கள்
பழிதீர்ப்பதற்கு உதவும் மணிகளை முடக்கி வையுங்கள்
உங்களது தைரியத்தைச் சோதித்துப் பாருங்கள்!
உங்கள் முகத்திரையை மாற்றுங்கள்
மாறுபட்டவராக இருந்து பழகுங்கள்!

Tamil translation Subbaraman NV

(Andrée Chedid)

 

Recueil: ITHACA 639
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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DU COTE DU LENDEMAIN (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020




    
DU COTE DU LENDEMAIN

Avec ta bouche tu me cherches
Comme un aveugle cherche une porte.
Ta raison s’est écroulée sous des mots fous
Et je suis tombé, vaincu,
Sous les murs de ta cité.
Pourquoi cette éclipse du soleil ?
Pourquoi les volcans ont-ils éclaté
Bouillonnant et crachant des flammes ?
Neige-t-il des cendres ou des silences
Dans le tumulte de la nuit partagée ?

Ce sont des cendres et des silences à venir.
C’est ce que disent les chouettes et toi
Par le terrestre tremblement
De tes ailes d’oiseau gigantesque.
Et voilà que tu as peur !
Il n’y a personne.
Un enfant a frappé à la porte,
De l’autre côté,
Du côté du lendemain.

(Mihai Beniuc)

 

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UN JOUR (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



    

UN JOUR

Un jour nous nous appellerons sans nous entendre,
L’un de nous deux ne répondra plus,
L’aile déchirée un oiseau tombera
Et son oeil effrayé cherchera pourquoi
Dans le hallier le chant ne répond plus;
Pour arriver au nid tu bats de l’aile
Et cette aile frappe la terre
Comme une main qui ne peut plus rien,
Et de l’autre tombent de chaudes gouttes de corail.
Tu cours te cacher, mais pourquoi, de qui ?
Et te voilà seul dans ta solitude.
On aurait dit qu’un coeur battait auprès du tien.
Pourquoi plus, maintenant ?
Oh ! si davantage encore nous nous étions aimés,
Alors, peut-être…
Et tout à coup tu t’entends parler seul,
C’est le vide qui te fait place,
C’est le silence qui t’écoute.
Qui a mis ces linceuls noirs sur les miroirs ?
A table tu tarderas
A prendre la cuiller dans ta main
Et la chaise, tu le sais trop,
Restera vide.
Les allées de l’automne seront beaucoup plus longues
Et tu redouteras de les suivre jusqu’au bout
Et tu n’auras plus envie
De revenir à la maison.

(Mihai Beniuc)

 

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La Veuve (Jules Jouy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
La Veuve

La Veuve, auprès d’une prison,
Dans un hangar sombre demeure.
Elle ne sort de sa maison
Que lorsqu’il faut qu’un bandit meure.
Dans sa voiture de gala
Qu’accompagne la populace
Elle se rend, non loin de là,
Et, triste, descend sur la place.

Avec des airs d’enterrement,
Qu’il gèle, qu’il vente ou qu’il pleuve,
Elle s’habille lentement,
La Veuve.

Les témoins, le prêtre et la loi
Voyez, tout est prêt pour la noce ;
Chaque objet trouve son emploi :
Ce fourgon noir, c’est le carrosse.
Tous les accessoires y sont :
Les deux chevaux pour le voyage
Et le grand panier plein de son :
La corbeille de mariage.

Alors, tendant ses longs bras roux,
Bichonnée, ayant fait peau neuve,
Elle attend son nouvel époux,
La Veuve.

Voici venir le prétendu
Sous le porche de la Roquette.
Appelant le mâle attendu,
La Veuve, à lui s’offre, coquette.
Tandis que la foule, autour d’eux,
Regarde frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L’homme cracher son dernier râle.

Car les amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu’une fois avec
La Veuve.

Tranquille, sous l’œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La Veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge,
De ses innombrables maris
Elle porte le deuil en rouge.

Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l’homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La Veuve.

Voici venir le prétendu
Sous le porche de la Roquette.
Appelant le mâle attendu,
La Veuve, à lui s’offre, coquette.
Tandis que la foule, autour d’eux,
Regarde frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L’homme cracher son dernier râle.

Car les amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu’une fois avec
La Veuve.

Tranquille, sous l’œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La Veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge,
De ses innombrables maris
Elle porte le deuil en rouge.

Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l’homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La Veuve.

(Jules Jouy)

 

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LA DERNIÈRE FOIS (Isaïe Spiegel)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2019




    
LA DERNIÈRE FOIS
à Rebecca

Je t’ai vue, la dernière fois, dans le wagon encore ouvert,
Parmi le troupeau effrayé, le visage des enfants juifs,
Je n’ai pu te tendre la main même pour le dernier voyage
Déjà le camion refermé m’emportait vers la grande route

Et je ne savais pas que c’était la dernière fois,
Le dernier voyage de tous nos rêves,
Vers nous les monts semblaient bleuis de froid.
Et près d’eux, sur le ciel, crachaient les crématoires.

(Isaïe Spiegel)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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