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Poésie

Posts Tagged ‘craintif’

LA TIMIDITÉ (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018




LA TIMIDITÉ

Je sus à peine, être esseulé, que j’existais
et que je pourrais vivre ainsi cahin-caha,
que j’eus peur de cela même : la vie;
je voulus qu’on ne me vit pas,
qu’on ignorât mon existence.
Et je devins maigreur, pâleur, absence,
je ne voulus pas parler : il ne fallait pas
qu’on reconnût ma voix, je ne voulus pas voir
pour ne pas être vu,
je frôlai les murs en marchant :
j’étais une ombre aux pas glissants.

J’aurais bien mis des vêtements
de tuiles cassées, de fumée,
pour rester là, mais invisible,
pour être en tout présent, mais à distance,
et garder mon obscure identité
fixée au rythme du printemps.

Un visage de fille, le choc pur
d’un rire qui fendait le jour en deux
comme une orange en deux moitiés,
et je changeais de rue,
avide de vivre et craintif,
proche de l’eau sans en boire le froid,
proche du feu sans en baiser la flamme,
un masque d’orgueil me couvrit
et je fus mince et belliqueux comme une lance,
ne prêtant l’oreille à personne
— car je m’y opposais —
ma plainte
murée
comme le cri d’un chien blessé
au fond d’un puits.

(Pablo Neruda)

 

 

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TA MAIN LÉGÈRE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018




    
TA MAIN LÉGÈRE

Ta main légère et fine comme un oiseau
Sous mes doigts si craintifs : j’entends battre une veine
Au creux de ton poignet :
Ta veine bleue comme un fil de rosée.

Nos coeurs, timbaliers enivrés de leur rythme
Lorsque nos ciels se penchent se rapprochent
Comme l’eau fébrile et les arbres patients :
Que de choses graves et claires dans tes yeux.

Ô mon amie nous n’avons plus le temps mais ton haleine,
Tes chevilles pour traverser l’été : fines, vivantes.
Pieds dorés. Vigueur d’azur. Corps de lumière.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ma dame nue (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018




    
ma dame nue sur fond
de crépuscule est un accident

dont l’agrément dépasse aisément l’intention
du génie—
toute peinture se sent honteuse
devant cette musique,et la poésie n’arrive
à s’en approcher tant elle est craintive.

et pourtant toutes deux la disent merveilleuse
Mais moi(dans mes bras ayant pris

le tableau)je le presse lentement

contre ma bouche,goûte le rythme précis
féroce
et sage d’une
impeccable
nonchalance. Savoure le prix

d’un geste inimaginable

chaud exact impie

***

my naked lady framed
in twilight is an accident

whose niceness betters easily the intent
of genius—
painting wholly feels ashamed
before this music,and poetry cannot
go near because perfectly fearful.

meanwhile these speak her wonderful
But i(having in my arms caught

the picture)hurry it slowly

to my mouth,taste the accurate demure
ferocious
rhythm of
precise
laziness. Eat the price

of an imaginable gesture

exact warm unholy

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Le pommier (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



photo-pommiers-pink-rose-sous-la-neige

Le pommier

A force de mourir et de n’en dire rien
Vous aviez fait un jour jaillir, sans y songer,
Un grand pommier en fleurs au milieu de l’hiver
Et des oiseaux gardaient de leurs becs inconnus
L’arbre non saisonnier, comme en plein mois de mai,
Et des enfants joyeux de soleil et de brume
Faisaient la ronde autour, à vivre résolus.
Ils étaient les témoins de sa vitalité.
Et l’arbre de donner ses fruits sans en souffrir
Comme un arbre ordinaire, et, sous un ciel de neige,
De passer vos espoirs de toute sa hauteur.
Et son humilité se voyait de tout près.
Oui, craintive, souvent, vous vous en approchiez.

(Jules Supervielle)

Illustration

 

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Laisse laisse se taire (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
laisse
laisse se taire
la mélodie trop claire de tes jambes
étends-toi le mouvement terrestre
ivre à force de veiller
t’accueille au creux de sa paume
la mer hisse les fanions des nuages
et ta nudité t’abrite
de tout ce qui n’est pas nu
humons dans la coupe du soir
le balbutiement des parfums

soudain nous apprenons que dans les feux de brousse
avec les mêmes yeux traqués
fuient les plus forts comme les plus craintifs
réconciliés par l’issue qui les happe
courant dansant galopant
devant le cheval aux sabots de cendre
dont ils ne voient qu’il les encercle
que dans leur folle volte-face

même endormis seuls dans ces lits trop vastes
ou dans l’eau murmurante toujours de l’étreinte
nous dérivons ainsi nativement
naufragés
sans pouvoir retrouver le nom
de l’orage
qui va plus vite

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Saisie d’effroi (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Andrew Wyeth
    
Saisie d’effroi et entraînée
Par le remous…
Que cette chambre est familière!
Et tout s’évanouit?

Épouvantée, elle murmure…
Sur son visage
Elle tresse des mains craintives
L’anneau chantant…

… Et le premier rayon qui tinte
Aux stores jaunes…
Et Dieu sur l’endormie trace
Ses courbes claires.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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L’ESPÉRANCE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Annagol
    
L’ESPÉRANCE

Craintive amie que l’Espérance;
Assise en dehors de ma geôle,
Elle guettait ma destinée
Comme font les coeurs égoïstes.

Elle était cruelle en sa crainte :
Un morne jour que, pour la voir,
J’épiais entre les barreaux,
Elle détourna le visage!

Faux veilleur faisant fausse garde,
Chuchotant paix quand je luttais,
Chantant si je versais des larmes,
Pour se taire quand j’écoutais!

Fausse, certe, autant qu’implacable :
Mes joies dernières humiliées,
L’Affliction même fut contrite
De voir leurs ruines dispersées.

Mais l’Espérance — dont un souffle
Eût guéri mon dément chagrin —
Gagnant les cieux à tire-d’aile,
S’en fut, et jamais ne revint.

***

HOPE

Hope was but a timid friend;
She sat without my grated den,
Watching how my fate would tend,
Even as selfish-hearted men.

She was cruel in her fear;
Through the bars, one dreary day,
I looked out to see her there,
And she turned her face away!

Like a false guard false watch keeping,
Still in strife she whispered peace;
She would sing while I was weeping;
When I listened, she would cease.

False she was, and unrelenting;
When my last joys strewed the ground,
Even Sorrow saw, repenting,
Those sad relics scattered round;

Hope—whose whisper would have given
Balm to all that frenzied pain—
Stretched her wings and soared to heaven;
Went—and ne’er returned again!

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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La tendre chanson (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



    

La tendre chanson

Tu viendras dans ma chaumière
T’asseoir un matin de mai,
Sur ma couche de bruyère,
Dire combien tu m’aimais.

Je mettrai dans ta main douce
Ma main et nous pleurerons,
Ainsi que l’eau sur la mousse,
Tous les deux nous pleurerons.

Nous aurons l’âme candide
Et tendre comme l’orée
Des halliers encore humides
Et que baigne la rosée.

Tous deux nous palpiterons,
– Roucoulez, les tourterelles! –
Et tant de baisers feront
Autour de nous un bruit d’ailes.

Nous serons aussi sauvages
Que le faon craintif qui broute
L’écorce dans les triages
De l’acacia qui s’égoutte.

Nous sentirons dans nos âmes
Fleurir les bourgeons des hêtres
Et s’entr’ouvrir les jusquiames
Que les lièvres viennent paître;

Nous serons paisibles, doux,
Infiniment oublieux
Des autres, enfin heureux,
Heureux comme sont les loups.

(Marie Dauguet)

 

 

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Les Fleurs que j’aime (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




    
Les Fleurs que j’aime

Fleurs arrosées
Par les rosées
Du mois de mai,
Que je vous aime !
Vous que parsème
L’air embaumé !

Par vos guirlandes,
Les champs, les landes
Sont diaprés :
La marguerite
Modeste habite
Au bord des prés.

Le bluet jette
Sa frêle aigrette
Dans la moisson ;
Et sur les roches
Pendent les cloches
Du liseron.

Le chèvrefeuille
Mêle sa feuille
Au blanc jasmin,
Et l’églantine
Plie et s’incline
Sur le chemin.

Coupe d’opale,
Sur l’eau s’étale
Le nénufar ;
La nonpareille
Offre à l’abeille
Son doux nectar.

Sur la verveine
Le noir phalène
Vient reposer ;
La sensitive
Se meurt, craintive,
Sous un baiser.

De la pervenche
La fleur se penche
Sur le cyprès ;
L’onde qui glisse
Voit le narcisse
Fleurir tout près.

Fleurs virginales,
A vos rivales,
Roses et lis,
Je vous préfère,
Quand je vais faire
Dans les taillis
Une couronne
Dont j’environne
Mes blonds cheveux,
Ou que je donne
A la Madone
Avec mes vœux.

(Louise Colet)

 

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Spectacle rassurant (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



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Spectacle rassurant

Tout est lumière, tout est joie,
L’araignée au pied diligent
Attache aux tulipes de soie
Ses rondes dentelles d’argent.

La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l’étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux !

La rose semble, rajeunie,
S’accoupler au bouton vermeil ;
L’oiseau chante plein d’harmonie
Dans les rameaux pleins de soleil.

Sa voix bénit le Dieu de l’âme
Qui, toujours visible au coeur pur,
Fait l’aube, paupière de flamme,
Pour le ciel, prunelle d’azur !

Sous les bois, où tout bruit s’émousse,
Le faon craintif joue en rêvant ;
Dans les verts écrins de la mousse
Luit le scarabée, or vivant.

La lune au jour est tiède et pâle
Comme un joyeux convalescent ;
Tendre, elle ouvre ses yeux d’opale
D’où la douceur du ciel descend !

La giroflée avec l’abeille
Folâtre en baisant le vieux mur ;
Le chaud sillon gaîment s’éveille,
Remué par le germe obscur.

Tout vit, et se pose avec grâce,
Le rayon sur le seuil ouvert,
L’ombre qui fuit sur l’eau qui passe,
Le ciel bleu sur le coteau vert !

La plaine brille, heureuse et pure ;
Le bois jase ; l’herbe fleurit.
– Homme ! ne crains rien ! la nature
Sait le grand secret, et sourit.

(Victor Hugo)

Illustration: ArbreaPhotos

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