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Posts Tagged ‘cramoisi’

SONNET DE LA BOUCHE VUE EN RÊVE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019




    
SONNET DE LA BOUCHE VUE EN RÊVE

Ayant requis Paula de sa faveur première,
J’attendais que le somme eût porté son conseil,
Quand, bâillante, elle offrit sa bouche à la lumière,
Y tourna par sa glace un rayon de soleil.

A quelque fine église en gothique manière
L’intérieur, miracle! était assez pareil;
Les lèvres paraissaient la superbe portière
Qui s’ouvrait, découvrant le dévot appareil.

La langue y composait un lisse et mol dallage,
Le palais un plafond en ogival ouvrage,
Les dents étaient piliers étincelants d’émail.

A la voûte du choeur, de cramoisi tendue,
La luette semblait la lampe suspendue.
Toute la gorge, au fond, n’était qu’un haut vitrail.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Petite régression (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



Petite régression

Une fois sorti de la ville
Au bout du macadam
Où les fougères se déploient
Vieilles et cramoisies sous la pluie
Où les ronces en pagaille
S’entassent et se multiplient

Laissez-moi m’étendre un peu
Dans ces broussailles détrempées
Regarder un instant
Le nuage gris qui passe
Et saluer sans faire de bruit
Ce passereau tout crotté.

(Kenneth White)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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VOYAGEUSE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: John William Waterhouse
    
VOYAGEUSE

Nous sommes nés de la douceur. Notre pays
N’appelle pas la mort du chant de ses oiseaux.
Même le sable était tranquille sur les allées,
Comme nous parcourions les roseraies, le long de la rivière.
Le soleil caressait nos cheveux et les feuilles.
Quelle ombre a visité le jour du chêne, quel automne
A jeté sur le dallage ces chevauchées de feuilles cramoisies ?

Souviens-toi, semble dire
La source qui reproche faiblement. Souviens-toi, dit encore
Caché dans la nuit d’arbre, le rossignol de l’ancienne folie
Qui a brisé l’ordonnance du monde et divisé ton coeur.
Tu n’aimeras qu’au prix de douleurs infinies. Tes mains
Se fermeront vainement sur les objets du monde,
Sur l’eau qui t’abandonne, le jour qui t’aimait
Sera comme une nuit.

En vain l’enfant du square pousse un cerceau d’or,
Jason

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LÉDA (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Mariano Fortuny Madrazo
    
LÉDA

Le cygne paraît de neige dans la nuit,
et son bec est d’ambre quand l’aube reluit ;
le crépuscule suave qui bientôt se perd
rosit les ailes candides de sa lumière.

Et puis, sur les ondes du lac azuré,
après que l’aurore perdit sa teinte vermeille,
les ailes tendues et le col recourbé,
le cygne est d’argent, baigné de soleil.

Tel est-il, quand il lustre ses plumes de soie,
olympique oiseau que l’amour a meurtri,
et dans les flots sonores, viole Léda,
un bec recherchant les lèvres cramoisies.

La belle soupire, dévêtue et vaincue,
et pendant que ses plaintes s’envolent au vent,
des vertes profondeurs d’un feuillage dru
étincellent les yeux troubles de Pan.

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Eveille-toi! (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017




    
Petite fleur profondément endormie
Au narcisse pareille, montre-toi!
Vois! la charmille se penche et meurt
Dévastée par des froideurs chagrines, lève-toi!

L’air est plein de chants d’oiseaux
L’appel à la prière vient du muezzin là-bas.
Prête l’oreille aux soupirs brûlants
Des coeurs en proie à la passion, lève-toi!

De ton sommeil de plomb
De ton sommeil profond
Lève-toi!
De ton sommeil profond
Eveille-toi!

Le soleil qui pare de ses rayons
Le front lisse de l’aurore
Fait monter aux joues du matin
La rougeur cramoisie de l’amour.
Par-delà les montagnes, par-delà les plaines,
Des caravanes se sont mises en route,
Des yeux rendus brillants par ce qu’ils voient
Contemplent la merveille du monde, lève-toi!

De ton sommeil de plomb
De ton sommeil profond
Lève-toi!
De ton sommeil profond
Eveille-toi !

(Mohammad Iqbal)

 

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