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Posts Tagged ‘crapaud’

VERBE ET MATIÈRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Illustration
    
VERBE ET MATIÈRE

J’ai je n’ai pas
J’avais eu je n’ai plus
J’aurai toujours

Un béret Un cheval de bois Un
jeu de construction Un père
Une mère Les taches de soleil à
travers les arbres Le chant du
crapaud la nuit Les orages de
septembre.

J’avais je n’ai plus
Je n’aurai plus jamais

Le temps de grandir, de dési-
rer. L’eau glacée tirée du puits
Les fruits du verger Les veufs
frais dans la paille. Le grenier
La poussière Les images de
femmes dans une revue légère
Les gifles à l’heure du piano Le
sein nu de la servante.

Si j’avais eu
j’aurais encore

La fuite nocturne dans les
astres
La bénédiction de l’espace
L’adieu du monde à travers la
clarté La fin de toute crainte
de tout espoir L’aurore démas-
quée Tous les pièges détruits
Le temps d’avant toutes choses.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ce qui n’est pas (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019


Brume et soleil voilà Paris
petit printemps comme il fait beau
Songez à tout ce qui n’est pas.

… Le ciel pourrait être invisible
il pourrait pleuvoir des crapauds
on pourrait mourir en naissant
on pourrait mourir en aimant
le soleil pourrait être noir
et les fruits gonflés de poison.

L’eau des fleuves pourrait bouillir
et le bain serait donc mortel
et les lèvres de l’amoureuse
seraient couvertes de serpents
et dans les jours du bel été
on entendrait des voix géantes
nous annoncer qu’il est trop tard.

Mais rien dans la nuit de l’esprit
ne descend jusque dans ma main
et j’aime Paris sous la brume
le petit printemps de Dimanche
le roulement des voitures
mon pas sur le macadam
mon regard dans le matin.

(Jean Tardieu)

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MARAIS DE YEUN ELEZ (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



 

MARAIS DE YEUN ELEZ

MARAIS DE YEUN ELEZ

Parmi les chiens bleus
je partirai sans dire rien
dans les marais de Yeun Elez

Je laisserai glisser toute chair
dans la terre triste de Botmeur
les larmes lisseront pierres

Je partirai sans maudire rien
muet, inutile, sans paupières
dans l’inutilité des tourbes

Lasses sont les âmes
de trop aimer sans recevoir
fourbues les pluies de féconder rien

Peuple errant des maudits
crapauds clabaudant aux étangs
sonnent les glas à Brennilis

Passion selon l’Ankou
les poètes aux enfers descendent
fous les vents sur les collines

Dans les marais de Yeun Elez
l’archange ne répond pas aux mourants
crient les landes à minuit

Plaisirs mauvais qui me crucifient
c’est fini, je m’en vais aux marais
traînant ma plainte et ma légende

(Xavier Grall)

 

 

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Nocturne (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



Nocturne

Sifflet humide des crapauds
bruit des rames la nuit, des rames…
bruit d’un serpent dans les roseaux,
d’un rire étouffé par les mains,
bruit d’un corps lourd qui tombe à l’eau,
bruits des pas discrets de la foule,
sous les arbres un bruit de sanglots,
le bruit au loin des saltimbanques.

(Max Jacob)

Découvert chez Lara ici

 

 

 

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Devant l’étang Le Loup (Alain Jean-André)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Devant l’étang Le Loup

corbeaux sur les bouleaux
crapauds proches coassent
bouche bée, j’écoute
devant les eaux vertes

(Alain Jean-André)


Illustration

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J’étreins la fée (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018




    
J’étreins la fée

J’étreins la fée, elle est mon outre-monde.
Sans elle ici, je ne serais qu’une ombre.

Je la chéris car elle est ma croyance
comme une sainte et qu’on ne peut prier.

Elle a surgi de mes contes d’enfance
pour venir vivre avec moi dans ma vie.

Elle est si belle et ses yeux m’illuminent
comme un sapin de Noël en été.

Je la contemple et ne demande rien.
Elle est le don, sa présence suffit.

Qu’elle me touche et fasse de mon corps
un crapaud noir, je la remercierais.

Je ne dis rien. Son silence est en moi,
en moi qui suis l’hôte de son étoile.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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NUIT MORTE (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018



NUIT MORTE
Petrópolis, 1921

Nuit morte.
Auprès du réverbère
Les crapauds gobent les moustiques.

Personne ne passe sur la route.
Pas même un ivrogne.

Et pourtant j’y devine une procession d’ombres.
Ombres de tous ceux qui y sont passés.
Ceux qui vivent encore et ceux qui déjà furent.

Le ruisseau pleure.
La voix de la nuit…

(Non de cette nuit, mais d’une autre plus vaste.)

(Manuel Bandeira)

Illustration

 

 

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Ortie aiguë (Henri Pichette)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




Illustration
    
Ortie aiguë,
Pâle ciguë,
Je vous salue.

Crapaud gelé,
Tout bubelé,
Sois consolé.

Âme de l’âne,
Chardon ! bardane !
Point ne vous damne.

Hibou du bois
Qui meurs en croix,
Jésus te voit.

Lente limace
De basse extrace,
Entrez en grâce.

(Henri Pichette)

 

Recueil: Poèmes offerts
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les jours de pleine lune (Leopoldo Maria Panero)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2018




    
Les jours de pleine lune
le crapaud se cache dans les bois.
Quand le jour se lève, l’aurore
le chasse dans les montagnes.

Le jasmin envahit les champs
pendant que le crapaud se traîne
une épine dans le flanc.

Les crapauds n’ont pas de nom
quand ils meurent dans la montagne.

(Leopoldo Maria Panero)

 

Recueil: Bonne nouvelle du désastre et autres poèmes
Traduction: Victor Martinezet Cédric Démangeot
Editions: Fissile

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À SEXTE (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



    

À SEXTE
Je suis à toi. Sauve-moi.
Ps. 118-94. (Office de Sexte.)

Hélas ! hélas ! je suis dans le trouble verger
Où les fleurs et les fruits m’entourent de danger.
Les oiseaux sont muets, les arbres n’ont pas d’ombre,
Des crapauds haletants se collent au puits sombre.

Je tourne dans le cercle enflammé des iris.
Hélas ! dans le soleil ma chair brûle et les lis
De leur bouquet pesant d’essences déréglées
Me provoquent sans fin tout le long des allées.

Sans fin à chaque bord des sentiers continus
Des oeillets jaillissants agacent mes pieds nus
Et les roses d’hier trop vite épanouies
Se renversent pâmant sur mes mains éblouies.

Et ce jardin d’embûche où je vais sans secours
Est plein de vigne folle et de cerisiers lourds,
De seringas ardents d’où s’échappent des fièvres
Et de framboises aussi douces que des lèvres.

Et je voudrais manger à la branche qui pend,
À pleine bouche ainsi qu’un animal gourmand,
Les cerises, sang mûr, d’une avide sucée,
Ivre et de vermillon la face éclaboussée ;

Je voudrais arracher aux rosiers palpitants,
Comme on plume un oiseau sans y mettre le temps,
À pleine main leurs pétales et, la main pleine,
Les écraser sur ma poitrine hors d’haleine ;

Je voudrais me rouler sur la terre au sein chaud,
Les yeux brouillés d’azur éclatant, vaste, haut ;
Je voudrais… qui m’allume ainsi qu’une fournaise ?…
Des femmes au cou nu s’en vont cueillir la fraise…

Alarme ! éveille-toi, pauvre moine engourdi !
C’est le vieux guet-apens du démon de Midi.
Fuis sans rouvrir les yeux, fuis, piétine la vie
Qui voudrait être et ne doit pas être assouvie.

Fuis ! Mais où fuir ? Où donc ? Où ? J’ai les pieds trop las.
Où donc ?… La mauvaise herbe est haute sous mes pas,
Derrière et devant moi partout la Bête rôde
Sous les fleurs, sur le ciel, dans la broussaille chaude,

Et je sens, comme un fruit où chemine le ver,
Un serpent doux et chaud qui me suce la chair
Et chaque battement de mon coeur me torture…
Par où t’échapperai je, ô maudite Nature ?

Quelle verge d’épine ou quels charbons ardents
Me guérira du mal dont je grince les dents ?
Quel fouet aux noeuds de plomb, quelle source glacée
Me guérira du mal que j’ai dans la pensée ?

Faut-il me laisser choir à mon dam entraîné,
Comme un oiseau par un reptile fasciné
Ou me débattre encor bien qu’à bout de courage ?…
Mais Seigneur, c’est à Vous de faire votre ouvrage.

Je suis votre brebis, Vous êtes mon berger.
Comme un agneau perdu me laisserez-vous manger ?
À l’aide ! Poursuivez ce loup qui me menace,
Courez et jetez-lui des pierres à la face ;

Car si vous me laissiez périr à l’abandon,
Ce Vous serait, Seigneur, un bien piteux renom
De mauvais pâtre et pour le soin de votre gloire
À personne, ô mon Dieu, ne le donnez à croire.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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