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Poésie

Posts Tagged ‘cratère’

POURQUOI? (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2019




    
POURQUOI?

Il a besoin de réconfort
mon coeur sombre éparpillé

Dans les failles fangeuses des pierres
comme une herbe de ce pays
il veut trembler à la lumière doucement

Mais je ne suis
dans la fronde du temps
que l’écaille des pierres taraudées
sur la route improvisée
de la guerre

Depuis le jour
où il a regardé la face
immortelle du monde
tombant dans le labyrinthe
de son cœur soucieux
ce fou a voulu savoir

Il s’est aplati
comme un rail
ce coeur à l’écoute
mais il s’est découvert à suivre
comme un sillage
une navigation disparue

Je regarde l’horizon
qui se variole de cratères
Mon coeur veut s’illuminer
comme cette nuit
au moins de fusées

Je soutiens mon coeur
qui s’encave
et ébranle et gronde
comme un projectile
dans la plaine
mais qui ne me laisse
pas même un signe d’envol

Mon pauvre coeur
ahuri
de ne pas savoir

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Certaine flamme sous le silence du vivant (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019




    
Certaine flamme sous le silence du vivant est-elle amour
est-elle une inconnue réplique de l’énergie noire
à des millions d’années-lumière de toi mêlée
de galaxies, de tourbillons de feu
dans le bouillonnement de
leurs cratères et leurs
amas de glace, leurs
pluies de métaux
en fusion,
nulle
part
et
partout,
des univers comme
la même flamme en toi
d’étoiles surgies d’ombres
autour d’infinités neuronales,
écoutes-tu l’amour qui te crée au
silence du vivant, en son hasard au cycle
du vivant, écoutes-tu le rien d’amour que tu
inventes, ta création du rien en peuple d’astres que
tu es, écoute et danse pour un instant de vie son feu de ciel

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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LE VOLCAN (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018



LE VOLCAN

Adorables, les maisonnettes de vignerons sur les coteaux aux belles grappes.
Une chèvre étonnée regarde celui qui regarde le tableau.
Et les foulards multicolores d’un petit peuple heureux s’activent dans la vigne.
Voici le cratère qui laisse errer au ciel sa fine écriture de fumée.
Tout beau, tout beau, mais la principale présence est invisible :
c’est la terrible lave qui va déborder d’un instant et l’autre
et dévaster tout ce bonheur napolitain.

(Norge)


Illustration

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SOUFRE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



SOUFRE

Enfant du feu surgi aux évents de la terre.
Soleil froid des fournaises. En toi se lit encore
la geste des cratères où la terre mua
ses laves en cristaux fauves : ton destin.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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Et l’illumination ? (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



Illustration: Fra Angelico

    

Et l’illumination ? L’un des sens de ce mot
Outre le sens commun d’éclairement,
D’enluminure, et autres, est celui-ci :

Instant extraordinaire où l’esprit flamboie
Dans une pure joie, avant la mort —
Le bon larron en nous écoutant la promesse !

Voyez-le donc à la droite du Christ, du promontoire
Scrutant l’espace vide, le corps si disloqué qu’il semble
Qu’on ne pourra le translater dans la béatitude

Qu’appellent, à la frange lunaire de son front,
Sur la face obscure de son cerveau les cratères des clous :
Ce soir tu seras avec moi à la droite du Père.

***

And lightening? One meaning of that
Beyond the usual sense of alleviation,
Illumination, and so on, is this:

A phenomenal instant when the spirit flares
With pure exhilaration before death —
The good thief in us harking to the promise!

So paint him on Christ’s right hand, on a promontory
Scanning empty space, so body-racked he seems
Untranslatable into the bliss

Ached for at the moon-rim of his forehead,
By nail-craters on the dark side of his brain:
This day thou shalt be with Me in Paradise.

(Seamus Heaney)

 

Recueil: La lucarne
Traduction: Patrick Hersant
Editions: Gallimard

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LE VÉSUVE (Emile van Arenbergh)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Pierre-Jacques Volaire _TheEruptionOfMountVesuvius1777 [800x600]

LE VÉSUVE

Le Vésuve, en la mer comme en un bleu miroir,
Mire son casque d’or aigreté de fumées,
Et le jet retombant des laves enflammées
Mêle une penne rouge à son panache noir.

Le Poète est semblable au volcan solitaire ;
En bas, la foule danse au bord des flots chanteurs,
Dans la blonde lumière et les molles senteurs,
Et demande à quoi bon ce stérile cratère.

Lui, que ronge en secret un feu toujours brûlant,
Sans cesse il sent la plaie ardente dans son flanc,
Il la sent jusqu’au fond de lui-même descendre.

Mais tout à coup, s’ouvrant dans l’ombre qui s’enfuit,
Et déchirant son sein, plein de flamme et de cendre,
Il allume, superbe, un soleil dans la nuit !

(Emile van Arenbergh)

Illustration: Pierre-Jacques Volaire

 

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La jeune veuve (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration: Alfred Stevens
    
La jeune veuve

Soudain vieillie en son combat
la jeune femme sur qui tombe la mort
comme guerre sur l’aurore.
Elle est la clé d’une mutinerie
contre la vie, celle aux seins de voiles,
capitaine au long cours d’amour
à la cuisse de chair,
peuplée
de cratères et d’orages fondateurs.
Elle porte son mal ravaudé
de fantasmes et son enfer
d’un ciel sans heures
celle du jamais, du jadis et du jasmin
la jeune femme sur qui tombe la mort
comme grêle au printemps
celle du toujours, du parfait, du regret
arraisonnée au port de l’absolu
nue soudain en sa défaite.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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Temps de l’atome (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2018


Au temps de l’atome
les mouches bleues bourdonnent
sur le cratère ouvert
la terre étreint l’églantier
de ses mains quelqu’un va encore
semer du blé noir
des pulsions amoureuses
traversent les chambres nues
des boucles naturelles
tombent sur un corps vénuste.

(Jean Follain)

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Profondes les racines des mots (Chantal Dupuy-Dunier)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018




    
Profondes
les racines des mots
traversant les strates géologiques et temporelles
buvant au cratère des lacs anciens,
s’agrippent aux viscères de la terre,
prélèvent toute mémoire sur leur passage,
augmentent, gonflent,
donnent naissance à d’autres formes.

(Chantal Dupuy-Dunier)

 

Recueil: Mille grues de papier
Traduction:
Editions: Flammarion

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NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Salvador Dalí
    
NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR

Ne te suicide pas, Seigneur,
voici qu’apparaît une orchidée parmi les ruines ;
ne te suicide pas, Seigneur,
voici que renaît le ruisseaux dans le cratère d’une bombe ;
ne te suicide pas, Seigneur,
le ciel a mis du givre sur sa balafre, l’océan a guéri sa blessure d’un bandage de corail.

Écoute, Seigneur, ton univers qui était enfantin comme le cartilage,
le voilà revenu de sa première fougue, de sa plus grande désobéissance ;
les comètes continuent de voyager, comme des berlines après une halte au carrefour de deux paniques ;
l’azur n’en est que plus profond, d’avoir été un rapace ;
l’aurore n’en est que plus belle, d’avoir failli ne jamais revenir.

Tout n’a pas tellement changé, Seigneur :
regarde ce hameau, combien de cascades pourraient naître dans sa mare,
combien de peupliers dans son ortie !

Tout n’a pas tellement souffert, Seigneur :
déjà l’épi de blé pousse dans l’orbite de ceux qui moururent de faim,
déjà les fillettes sautent à la corde sous les ombres de ceux que l’on décapita.

Tout n’est pas tellement tragique, Seigneur,
puisqu’il y a la route sans fin où même l’exil est oublié,
puisqu’il y a le vent si doux que même les soupirs y sont joyeux,
puisqu’il y a tout ce qui hurle l’immense plaisir d’être vivant.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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