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Poésie

Posts Tagged ‘création’

L’INCULTE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019



Illustration: Kalle Kataila

    

L’INCULTE

Vous qui voulez, méditez les yeux fermés, assis,
Sur la réalité ou l’irréalité de la création,
Pendant ce temps, assis, les yeux grand ouverts,
Je profite du jour pour contempler l’univers.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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La Création (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019


Ca se passe ainsi : une sorte de langueur;
A mes oreilles les heures tintent sans cesse;
Au loin un roulement de tonnerre s’apaise.
J’entends comme la plainte et le gémissement
De voix inconnues, prisonnières;
Un cercle mystérieux se rétrécit,
Mais de cet abîme qui murmure et résonne
Monte un bruit qui domine tous les autres.
Autour de lui, c’est un silence tel
Que l’on entend pousser l’herbe dans la forêt,
Sur la terre marcher le mal et sa besace…
Mais voici que déjà des mots se font entendre
Et les signaux sonores des rimes légères;
Alors je commence à comprendre,
Et les lignes qui me sont simplement dictées
Se couchent sur mon cahier blanc comme la neige.

(Anna Akhmatova)

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Création (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



 

Création

Voilà ce que c’est: une lassitude,
L’horloge ne veut pas se taire;
Un tonnerre s’apaise au loin.
Voix inconnues, voix prisonnières,
Je les entends gémir et se plaindre.
Un cercle mystérieux se resserre,
Mais dans cet abîme de bruits et de murmures
Se dresse un son, un seul, qui domine tout.
Autour de lui tout se tait si strictement
Qu’on entend pousser l’herbe dans la forêt,
Et passer le Mal avec sa besace sur la terre.
Mais voici que soudain on distingue des mots
Et les signaux des rimes légères, —
Alors je commence à comprendre,
Et ces strophes simplement dictées
Se rangent dans le cahier blanc comme neige.

*

Je n’ai que faire des odes et de leurs bataillons,
Des subtiles élégies et de leurs séductions;
Pour moi, il faut dans les vers que tout soit à côté,
Pas comme chez les gens.

Si vous saviez avec quelles ordures
On fait pousser les vers, sans la moindre honte,
Comme un pissenlit jaune près de la clôture,
Comme les bardanes et l’arroche.

Un appel irrité, l’odeur du goudron frais,
Une mystérieuse moisissure sur le mur…
Et le vers chante déjà, railleur, tendre,
Pour votre joie et la mienne.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Même en ouvrant bien les yeux (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
Même en ouvrant bien les yeux,
nous ne voyons le ciel qu’à travers de petits orifice
par où se déverse aussi l’enfer.

Le ciel, par contre, ne se déverse pas.
Il faut attendre le moment juste
et se déverser en lui
quand les petits orifices
ne sont pas obstrués par le flux de l’enfer.

Alors peut se produire l’inespéré,
que le ciel et l’enfer se rejoignent,
s’effacent comme deux saisons provisoires
et que surgisse enfin l’autre en son éclat,
le bouquet fait de toutes les fleurs,
le chemin qui va partout,
l’expression qui sert pour tous les gestes,
le repos qui soutient toutes les quiétudes,
la création sans la limite d’aucun créateur.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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Certaine flamme sous le silence du vivant (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019




    
Certaine flamme sous le silence du vivant est-elle amour
est-elle une inconnue réplique de l’énergie noire
à des millions d’années-lumière de toi mêlée
de galaxies, de tourbillons de feu
dans le bouillonnement de
leurs cratères et leurs
amas de glace, leurs
pluies de métaux
en fusion,
nulle
part
et
partout,
des univers comme
la même flamme en toi
d’étoiles surgies d’ombres
autour d’infinités neuronales,
écoutes-tu l’amour qui te crée au
silence du vivant, en son hasard au cycle
du vivant, écoutes-tu le rien d’amour que tu
inventes, ta création du rien en peuple d’astres que
tu es, écoute et danse pour un instant de vie son feu de ciel

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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Création d’un poème (Richard Brautignan)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019




Illustration: Georges Braque
    
création d’un poème

Un oiseau gracieux
se cogne contre
la beauté cruelle de la nuit
et pond sur-le-champ
un oeuf enchanté.

***

creation of a poem

A delicate birdhit against
night’s cruel beauty
and promptly laid
an enchanted egg.

(Richard Brautignan)

 

Recueil: Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus
Traduction: Thierry Beauchamp / Romain Rabier
Editions: Points

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En ce temps-là (Max-Henri de Larminat)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



En ce temps-là, les nuages formulaient à chaque instant de nouveaux animaux,
et je lisais dans le ciel l’histoire de la création

Couché dans l’herbe,
il m’arrivait pourtant de m’endormir inconsidérément.
Quelques maillons de l’évolution des espèces
m’échappaient pour toujours.

(Max-Henri de Larminat)


Illustration

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Les iris (Yves Broussard)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Jusqu’au plus haut du ciel
la trace cursive
de la colombe

Et l’odeur
aimantée
des iris
bien ancrés

cependant que te parviennent
les bruits imprécis
de la création

(Yves Broussard)


Illustration: Vincent Van Gogh

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POUSSIÈRE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Ludovic Florent
    
POUSSIÈRE

Or ma poussière n’est jamais en repos.
Or toujours je dois mourir.
Cette poussière a voyagé avec la terre depuis la création des soleils
Mais n’a jamais quitté l’éternité

Dont la loi est tracée sur ma main qui écrit,
Qui porte le sceau des formes et des états de la nature;
Les étoiles obéissent à cet ordre, et l’herbe,
La beauté les innocents, et les saints.

Ces os ont vu les rochers déversés, fondus
Dans la transmutation des feux solaires,
Obéissant aux lois que j’ai brisées,
La puissance et la gloire du soleil qui règne.

Mon sang suit son cours comme le mouvement des marées,
La pluie qui tombe et le torrent, l’orage et l’accalmie,
Il a subi le poids du gel
Et la montée baroque des nuages.

L’ombre de la croix s’étend sur le vide
Dès le premier éclat jailli entre les pôles.
Le monde est bâti sur une séparation
Dont les années-lumière ne peuvent combler la distance.
La blessure prolifère, la déchirure s’étend.

La passion de l’homme est inscrite dans l’arbre,
Les colonnes du ciel, les végétaux,
Les épines, le fer, et la soif organique
Depuis le commencement dresse son calvaire.

La poussière vole à travers les figures d’une danse,
Avance — passage rituel — telle une épousée,
Marque fleurs et coquilles de spirales qui deviennent
Déserts de fossiles et brumes tournoyantes,
Tisse la rose, l’agneau, l’enfant aimé du monde,
Puis redéfait le monde que la danse a fait.

***

DUST

Only my dust is never laid
And ont), I must always die.
This dust has travelled with the earth rince suns moere made
Yet never left eternity

Whose mule is traced upon my band that writes,
That bears the seal of nature’s forms and states;
The stars obey that order, and the gras:,
The beautiful, the innocent, and the saints.

These bones have known the molten rocks outpoured
In transmutation of the solar ires,
Obedient to the laves that I have broken,
The power and glory of the reigning sun.

My blood streams with the motion of the tides,
The fall of main and cataract, storm and calm,
Has undergone the freezing of the ice
And the baroque assomption of the clouds.

The chape of the cross is laid upon the void
By the first flash that leaps between the poles.
The world is built upon a separation
Whose distance the long lightyears cannot close.
The wound proliferates, the rift extends.

Man’s passion is predestined in the tree,
The cross-beams of the heavens, vegetation,
The thorns, the iron, and the organic thirst
From the beginning raise his calvary.

The dust sweeps through the figures of a dance,
Moves in its rituel/ transit like a bride
Imprinting shells and fiowers with spiral forms that pass
To fossil hastes and whirling nebulae,
Weaving the rose, the lamb, and the world’s darling child,
And then unmakes again the world the dance has made.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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COQUILLAGES (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




COQUILLAGES

J’ai tendu le bras dans l’eau scintillante
Et ramassé sur le sable blanc, sous les vagues,
Des coquillages, déposés sur les plages où, seule,
J’habite un monde limité d’années et de jours.
J’ai tendu le bras le long d’une myriade d’années
Pour ramasser le trésor du fond marin né d’hier et millénaire,
Et tenu dans ma main des formes façonnées le jour de la création.

Bâtissant leur beauté dans les trois dimensions
Par lesquelles le monde s’éloigne de nous,
Et dans la quatrième, qui nous emporte
D’un moment à l’autre, d’une année à l’autre,
Ils demeurent tous dans leur continuel présent.
L’hélice tourne sur elle-même, telle une pensée sans fin,
Instantanée du sommet jusqu’au bord
Comme une danse dont l’image est l’arapède ou le murex,
la cyprée ou le vigneau à reflets d’or.

Ils dorment sur le fond marin, toupies bourdonnantes
Dont la musique est l’octave nacrée de l’arc-en-ciel,
Coquillages mélodieux qui murmurent à jamais :
 » Le monde où tu vis n’a pas encore été créé.  »

***

SHELLS

Reaching down arm-deep into bright water
I gathered on white sand under waves
Shells, drifted up on beaches where I alone
Inhabit a finite world of years and days.
I reached my arm down a myriad years
To gather treasure from the yester-millennial sea-floor,
Held in my fingers forms shaped on the day of creation.

Building their beauty in the three dimensions
Over which the world recedes away from us,
And in the fourth, that takes away ourselves
From moment to moment and from year to year
From first to last they remain in their continuous present.
The helix revolves like a timeless thought,
Instantaneous from apex to rim
Like a dance whose figure is limpet or murex, cowrie or
golden winkle.

They sleep on the ocean floor like humming-tops
Whose music is the mother-of-pearl octave of the rainbow,
Harmonious shells that whisper for ever in our ears,
« The world that you inhabit has not yet been created. »

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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