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Posts Tagged ‘crèche’

Guitare (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



 

Jean-Claude Forez_Le_dejeuner_sur_lherbe1

Guitare

Je sais rouler une amourette
En cigarette,
Je sais rouler l’or et les plats !
Et les filles dans de beaux draps !

Ne crains pas de longueurs fidèles :
Pour mules mes pieds ont des ailes ;
Voleur de nuit, hibou d’amour,
M’envole au jour.

Connais-tu Psyché? – Non ? – Mercure ?…
Cendrillon et son aventure ?
– Non ? -… Eh bien ! tout cela, c’est moi :
Nul ne me voit.

Et je te laisserais bien fraîche
Comme un petit Jésus en crèche,
Avant le rayon indiscret…
– Je suis si laid ! –

Je sais flamber en cigarette,
Une amourette,
Chiffonner et flamber les draps,
Mettre les filles dans les plats !

(Tristan Corbière)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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L’horloge (Louis Mercier)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



horloge

L’horloge

Elle a l’air vaguement humaine
Avec sa face d’émail blanc,
Et sa robe couleur de chêne
Où bat son coeur rythmique et lent.

Elle habite un coin solitaire
Où l’araignée a son réduit,
Et fait son oeuvre de mystère
Sans se hâter, le jour, la nuit :

Elle vit à l’écart, étrange
Et respectée ; on la défend
Du heurt des chaises qu’on dérange
Et des gambades des enfants.

L’horloge valétudinaire
Craint les caprices des saisons ;
Elle vibre aux coups de tonnerre,
Le vent lui donne le frisson.

Elle a peur du cahot des roues,
Des portes qu’on ferme trop fort ;
Les jours de pluie, elle s’enroue,
Et le gel des grands froids l’endort.

Un souffle, un rien la contrarie,
Souvent même, on ne sait pourquoi,
S’arrête la fragile vie
Dont palpite son coeur de bois.

*

Tout dort. Rompus de lassitude,
Les hommes sont ensevelis
Entre leurs draps de toile rude,
Dans les ténèbres des grands lits.

Les troupeaux gisent près des crèches ;
Les boeufs, dans la paille affaissés,
Rêvent des prés, de l’herbe fraîche,
Et des sillons qu’ils ont tracés.

Le chien dort, et le coq sonore
Se tient muet sur son perchoir,
Car le jour n’est pas près d’éclore
Et le côté de l’aube est noir.

Le sommeil tient aussi les choses :
Les outils qui vivent dehors,
Les meubles que les murs enclosent
Et la maison même, tout dort.

Seule, dans l’anxieux silence,
Seule vivante en l’ombre immense,
L’horloge obscure ne dort pas,
Comme un pas lent, mais jamais las,

Ou comme le pouls d’une artère,
Ou le battement d’un coeur sourd,
Elle fait son brait solitaire,
Toujours, toujours, toujours, toujours.

(Louis Mercier)

 

 

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Dire l’odeur de sa peau fraîche (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018



 

Aaron Coberly (22)

Dire l’odeur de sa peau fraîche

Dire l’odeur de sa peau fraîche,
Aucun parfum ne le saurait,
Ni le foin séché
dans la crèche
Ni l’haleine d’une forêt,

Ni le thym ni la marjolaine,
Ni le muguet, ni le cresson
Nourri des pleurs de la fontaine
Et tout baigné de sa chanson,

Ni le repli des coquillages
Qui garde un arôme énervant,
Souvenance d’anciens sillages,
D’algues, de marée et de vent.

(Jean Richepin)

Illustration: Aaron Coberly

 

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REMEMBRANCES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




    
REMEMBRANCES

Nous avions perdu le monde,
Nous avions perdu le goût.
Des salamandres d’étoiles
Tournaient au-dessus de nous.

Crois-moi. Je ne rêve guère
Si je m’endors vers midi.
Voici le dur pain des guerres,
Son goût de pierre à fusil,

Tant de nuits avec deux larmes
Qui m’éclairaient jusqu’au jour.
J’aurais bien posé les armes
Pour la rose de l’amour;

J’ai couché dans maintes crèches
Entre l’âne et le boeuf roux,
Puis bu dans des vallées fraîches
Où la nuit creusait des trous.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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Don d’une larme (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2017



Don d’une larme

Quels coups de griffes et de dents
Pour la naissance d’une larme !
Maman,
celles que je t’ai prises
Dont toute ma ruche se gorge
(Fleurs du miel qui parfumera
Nos deux âmes comme une haleine),
Voudraient que leur sœur orpheline
Trouve une crèche sur ta gorge.

(Olivier Larronde)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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Son corps est d’un blanc monotone (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2017



 

Son corps est d’un blanc monotone
Comme la neige sur les champs ;
Mais sa toison semble un automne
Doré par les soleils couchants.

Ses seins droits ont la pointe aiguë
Ainsi que la ronce des murs
Et sont froids comme la ciguë
Pleine de poisons doux et sûrs.

Dire l’odeur de sa peau fraîche,
Aucun parfum ne le saurait,
Ni le foin séché dans la crèche,
Ni l’haleine d’une forêt,

Ni le thym, ni la marjolaine,
Ni le muguet, ni le cresson
Nourri des pleurs de la fontaine
Et tout baigné de sa chanson,

Ni le repli des coquillages
Qui garde un arôme énervant,
Souvenance d’anciens sillages,
D’algues, de marée et de vent.

(Jean Richepin)

 Illustration: Victor Karlovich Shtemberg

 

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Automnale (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



Automnale

Tout fait silence au loin sous ta calme automnale…
Nature, rêves-tu quelque futur essor?
Pourquoi ne dis-tu rien — triste comme la mort
As-tu perdu de tout l’espérance finale?

Non ! dans les grands taillis tu fais des rêves d’or,
Plutôt que d’exprimer une plainte banale.
Puis tu resplendiras d’aube matutinale
Quand, après les beaux jours, viendront des jours encor…

Et c’est pourquoi souvent j’ai passé dans ta crèche,
Et, sentant sous mes pieds crier ta feuille sèche,
J’ai même quelquefois uni mon rêve au tien.

Et pourtant… c’est étrange… Oh ! dis-moi, je t’en prie,
Qu’il est beau ton regret, belle ta rêverie?
Dis-moi. Car j’ai si peur qu’elle ne rêve… à rien !

(Bernard de Louvencourt)

 

 

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Vieille misère (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Jules Desbois -misere [1280x768]

Vieille misère

Avec tes larmes qui baignent la terre
Avec tes larmes qui emplissent nos verres
Vieille compagne
Vieille, vieille misère
Avec tes larmes qui lavent nos crèches
Avec tes larmes, baigne nos paupières
Vieille compagne
Vieille, vieille misère
J’ai mis près de moi pour d’autres matins
Tes larmes
En prévision des jours de soif
Et de sécheresse
Pour ce jour peut-être

Avec tes paumes qui ouvrent la terre
Avec tes paumes qui brisent nos verres
Vieille compagne
Vieille, vieille misère
Avec tes paumes qui bercent nos crèches
Avec tes paumes, ferme nos paupières
Vieille compagne
Vieille, vieille misère
J’ai mis près de moi pour d’autres matins
Ta main
En prévision des jours d’opprobre
Et de solitude
Pour ce jour peut-être

Avec tes lèvres qui mordent la terre
Avec tes lèvres qui frôlent nos verres
Vieille compagne
Vieille, vieille misère
Avec tes lèvres qui chantent à la crèche
Avec tes lèvres, baise nos paupières
Vieille compagne
Vieille, vieille misère
J’ai mis près de moi pour d’autres matins
Tes lèvres
En prévision des jours de liesse
Et de réjouissance
Pour ce jour peut-être

(Guy Béart)

 Illustration: Jules Desbois

 

 

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