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Poésie

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COQUILLAGES (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




COQUILLAGES

J’ai tendu le bras dans l’eau scintillante
Et ramassé sur le sable blanc, sous les vagues,
Des coquillages, déposés sur les plages où, seule,
J’habite un monde limité d’années et de jours.
J’ai tendu le bras le long d’une myriade d’années
Pour ramasser le trésor du fond marin né d’hier et millénaire,
Et tenu dans ma main des formes façonnées le jour de la création.

Bâtissant leur beauté dans les trois dimensions
Par lesquelles le monde s’éloigne de nous,
Et dans la quatrième, qui nous emporte
D’un moment à l’autre, d’une année à l’autre,
Ils demeurent tous dans leur continuel présent.
L’hélice tourne sur elle-même, telle une pensée sans fin,
Instantanée du sommet jusqu’au bord
Comme une danse dont l’image est l’arapède ou le murex,
la cyprée ou le vigneau à reflets d’or.

Ils dorment sur le fond marin, toupies bourdonnantes
Dont la musique est l’octave nacrée de l’arc-en-ciel,
Coquillages mélodieux qui murmurent à jamais :
 » Le monde où tu vis n’a pas encore été créé.  »

***

SHELLS

Reaching down arm-deep into bright water
I gathered on white sand under waves
Shells, drifted up on beaches where I alone
Inhabit a finite world of years and days.
I reached my arm down a myriad years
To gather treasure from the yester-millennial sea-floor,
Held in my fingers forms shaped on the day of creation.

Building their beauty in the three dimensions
Over which the world recedes away from us,
And in the fourth, that takes away ourselves
From moment to moment and from year to year
From first to last they remain in their continuous present.
The helix revolves like a timeless thought,
Instantaneous from apex to rim
Like a dance whose figure is limpet or murex, cowrie or
golden winkle.

They sleep on the ocean floor like humming-tops
Whose music is the mother-of-pearl octave of the rainbow,
Harmonious shells that whisper for ever in our ears,
« The world that you inhabit has not yet been created. »

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Un iris (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



Illustration: Razvan Ciocanel
    
Un iris,
et tout le créé justifié;
Un regard,
et justifiée toute la vie.

(François Cheng)

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES DIMENSIONS DU JOUR (I) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017



 

Illustration: Alex Alemany
    
LES DIMENSIONS DU JOUR (I)

Les mots ont été créés pour qu’en fermant les yeux
je puisse venir à toi sans faire un mouvement.
Ta gorge s’éveille quand je l’appelle
d’une voix qui en connaît avant moi la forme.

Quand tu n’es pas à portée de mon regard,
quelques mots toujours pareils te remplacent.
Mais je puis aller jusqu’au bout de toi
sans en prononcer un seul.

Dans mon sommeil je te prépare
pour t’avoir plus nue chaque jour.
Je ne suis pas l’esclave de ce que je te dis
parce que chaque parole te délie de mon désir.

Mais ta bouche ordonne les mots dont j’ai besoin
pour être chaque matin dans la rue
l’homme qui va à son travail
avec une tête différente de celle des autres passants.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Les mots ont été créés (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



 

Illustration
    
Les mots ont été créés
pour qu’en fermant les yeux
je puisse venir à toi
sans faire un mouvement.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Un iris (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
Un iris
et tout le créé justifié ;
Un regard
et justifiée toute la vie.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Toutes choses (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



 

    

Toutes choses sont créées par Dieu.
L’Amour est Son corps.
Il est sans forme, sans qualité, sans décadence.

Cherche à t’unir à Lui.
Ce Dieu indéterminé prend des milliers de formes aux yeux de ses créatures :
Il est pur et indestructible.
Sa forme est infinie et insondable.

Il danse extasié
et des vagues de formes s’élèvent de Sa danse.

Le corps et l’esprit débordent de bonheur
quand ils sont touchés par Sa joie infinie.

Il est immergé dans toute conscience,
dans toute joie, dans toute douleur.
Il n’a ni commencement ni fin.

Il tient tout dans sa Béatitude.

(Kabîr)

 

 

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Si tu veux ton bien (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2017



 

Kabîr dit : « Ô Sadhu! écoute mes immortelles paroles.
Si tu veux ton bien, fais-y grande attention : tu t’es séparé du Créateur de Qui tu es né;
tu as perdu la raison; tu as mérité la mort.

Toutes les doctrines, tous les enseignements viennent de Lui;
c’est en Lui qu’ils s’épanouissent.
Tiens cela pour certain et n’aie pas peur.
Entends de moi la nouvelle de cette grande vérité !

Quel nom psalmodies-tu et sur qui médites-tu ?
Ô sors de ce labyrinthe !

Il est, Lui, au coeur de toutes choses;
pourquoi te réfugier dans une vaine désolation ?

Si tu places le Maître loin de toi,
c’est donc seulement son éloignement que tu honores.

Si réellement le Maître est loin,
alors par quoi ce monde a-t-il été créé ?

Quand tu crois qu’Il n’est pas ici,
alors tu erres de plus en plus loin
et tu le cherches en vain dans les larmes.

Là où Il est loin, on ne peut L’atteindre,
là où Il est près, Il est la véritable félicité. »

Kabîr dit : « De peur que son serviteur ne souffre, Il le pénètre profondément.
Connais-toi donc, ô Kabîr, car Il est en toi de la tête aux pieds.
Chante de joie et affermis-toi inébranlablement dans ton coeur. »

(Kabîr)

Illustration: William Blake

 

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Notre centre de gravité (Jeanne Guesné)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2017



Notre centre de gravité habituel se trouve dans notre intellect,
donc dans un concept de la réalité,
non dans la réalité qui par nature est intraduisible.
Le concept n’est pas plus le réel que le mot pain n’est le pain réel.

Saisir la réalité de la Vie dans l’intervalle de silence entre deux pensées!
Entrer dans ce trou …
Transformer l’écoulement familier des pensées,
strié parfois par la fulguration d’un silence,
en l’écoulement tranquille d’un silence strié par l’apparition de pensées.
En un mot, inverser le système.
L’évidence m’est révélé dans « l’instant ».
Une citadelle dans laquelle je m’étais enfermée s’écroule;
les briques et les moellons inextricablement confondus
étaient mes jugements, mes opinions, mes croyances,
ma vision sclérosée des êtres et des choses.

A « l’instant, je Vois »,
je ne pense pas, et voir ainsi,
c’est communier avec ce qui EST.

« Sentir » dans un éclair
que je suis un « moment » de la Conscience Universelle.
Elle vit en tous les hommes simultanément,
et c’est en moi-même,
profondément enfouie sous forme humaine qu’elle a créé et qu’elle anime,
que je peux la découvrir et la « Reconnaître »

(Jeanne Guesné)

 

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Lassitude (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Lassitude

Soir qui s’enténèbre —
L’appel, douce plainte
L’appel tinte encore
Des oiseaux que j’ai créés.

Des murs gris
S’éboulent,
Mes mains
Se retrouvent.

Ce que j’ai aimé
Je ne peux le saisir,
Ce qui m’entoure
Je ne peux le lâcher.

Tout sombre.
Le jour surgit.
Rien ne me vainc —
C’est bien le train de la vie.

***

Müdigkeit

Dämmernder Abend —
Leise verklagend
Tönt noch der Vägel Ruf
Die ich erschuf.

Graue Wände
Fallen hernieder,
Meine Hände
Finden sich wieder.

Was ich geliebt
Kann ich nicht fassen,
Was mich umgibt
Kann ich nicht lassen.

Alles versinkt.
Dämmern steigt auf.
Nichts mich bezwingt —
Ist wohl des Lebens Lauf.

(Hannah Arendt)

 

 

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Il y a un monde (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



Il y a un monde créé par le souffle des sensations, de parfums et de lueurs
trouvés au bout de longs couloirs raccourcis dans l’instant.

(Heather Dohollau)

 

 

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