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Posts Tagged ‘crêpe’

NOCHE (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



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NOCHE

Médaillon de crêpe chinois
piqué sur l’étoffe indolore
du ciel des nuits qu’un chien aboie
vaguement glauque et incolore
glousse la lune

Il est tard près de moi dors bien
je suis arrimé à ma table
j’écris mais sans plus croire à rien
d’un indifférent redoutable
sous la lulune

Le chien aboie
la lune boit
moi je me noie
dans mes lacunes

(Louis Calaferte)

 

 

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Le début et la fin (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



Au petit jour naît la petite aube, la microaube
puis c’est le soleil bien à plat sur sa tartine
il finit par s’étaler, on le bat avec le blanc des nuages
et la farine des fumées de la nuit
et le soir meurt, la toute petite crêpe, la crépuscule

(Raymond Queneau)

Illustration: ArbreaPhotos

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A l’enterrement d’une feuille morte (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017




    

A l’enterrement d’une feuille morte
Deux escargots s’en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes

Ils s’en vont dans le noir
Un très beau soir d’automne
Hélas quand ils arrivent
C’est déjà le printemps

Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes ressuscitées
Et les deux escargots
Sont très désappointés

Mais voilà le soleil
Le soleil qui leur dit
Prenez prenez la peine
La peine de vous asseoir

Prenez un verre de bière
Si le coeur vous en dit
Prenez si ça vous plaît
L’autocar pour Paris

Il partira ce soir
Vous verrez du pays
Mais ne prenez pas le deuil
C’est moi qui vous le dis

Ça noircit le blanc de l’oeil
Et puis ça enlaidit
Les histoires de cercueils
C’est triste et pas joli

Reprenez vos couleurs
Les couleurs de la vie
Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes

Se mettent à chanter
A chanter à tue-tête
La vraie chanson vivante
La chanson de l’été

Et tout le monde de boire
Tout le monde de trinquer
C’est un très joli soir
Un joli soir d’été

Et les deux escargots
S’en retournent chez eux
Ils s’en vont très émus
Ils s’en vont très heureux

Comme ils ont beaucoup bu
Ils titubent un petit peu
Mais là-haut dans le ciel
La lune veille sur eux.

(Jacques Prévert)

 

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ODE (Pierre Motin)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Illustration: Max Szoc Leuven
    
ODE

Doux antre, où mon âme guidée
Met son désir audacieux.
Clos à mes mains, clos à mes yeux,
Et découvert à mon idée;

Tertre qu’un lis dore la bouche,
De qui le dessous enflammé
Ressemble un œillet mi-fermé
Alors que le soleil se couche;

Brun séjour et secret arcade
Au fond de vermeil éclatant.
Et qui va le marbre imitant
Et le dessus dune grenade ;

Beau crêpe qui dessus blondoie,
De plus fin qu’on puisse trouver,
Amour lui-même en fit le ver
Et lui-même en fila la soie;

Toison d’or, d’amour enseignée,
Où mon désir est arrêté
Ainsi qu’une mouche en été
Dans les filets d’une araignée;

Petits gazon fait d’une rose,
Gros comme un coing en sa couleur,
Ne laisse point sécher ta fleur
A faute qu’aucun ne l’arrose.

(Pierre Motin)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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LA CHANDELEUR (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



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LA CHANDELEUR

L’hiver est long, les temps sont durs
Et la vie n’est pas gaie.
J’avons pus d’farin’ qu’eun’ mesur’
Dans un racoin d’la maie.
J’avons qu’un bout d’salé pas cuit
Dont l’dessus est tout blême ;
Mais coumm’ c’est la Chand’leur an’hui,
Faisons des crêpes tout d’même !

C’est la Chand’leur, mes pauvr’ers gens,
Faisons des crêp’s dans la ch’minée
A seul’fin d’avouèr de l’argent
Toute l’année !

Pour dev’ni’ rich’ faut travailler.
Que tout le mond’se hâte !
Mari’, dans le grand saladier
Tu vas battre la pâte.
V’là d’l’ajonc qui brûle en lançant
Des tas d’petit’s étouéles.
Allons ! pé Mathieu, cré bon sang !
T’nez bon la queu’ d’la poêle !

Disez les fill’s, disez les gas !
Qui qu’en fait sauter eune?
Ah ! la bell’crêpe que voilà !
Alle est rond’comme eune leune,
Eune’ Deuss’! Mari’ je n’t’aim’rai p’us
Si tu veux pas la prendre…
– Sacré couillon tu l’as foutu’
Au beau mitan des cendres !

Depis que je fêtons cheu nous
Quand la Chand’leur s’amène
Je soumm’s core à trouver un sou
Dans l’talon d’nout’ bas d’laine ;
Mais pisqu’an’hui nous v’là chantant
Devant les crêp’s qui dansent,
C’est toujou’s eun’ miett’ de bon temps
D’gagné su’ l’existence !

Pendant c’temps-là j’ruminons pas
Nos mille et mill’misères :
Les vign’s qu’ont le phylloxera,
Et la vache qu’est en terre.
Et moué que je vas être vendu !
Bah ! si l’huissier arrive
Je lui coll’rons la poêle au cul
Pour y montrer à vivre !

(Gaston Couté)

 Illustration: Pieter Aertsen

 

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LOGE ÉTROITE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



LOGE ÉTROITE

Plus près, plus près. Je suis très bien.
Il pleut ; il fait une limitation cruelle.
Avance, avance le pied.

Jusque quand ces mains simulant la ronceraie
laisseront-elles les courtines baissées?
Tu vois? Les autres, quelle facilité, quelle effigie.
Plus près, plus près.

Il pleut. Et ce soir une autre nef glissera
chargée de crêpe ;
comme l’aréole noire et difforme
arrachée à l’illusion sphingique.

Plus près, plus près. Tu es au bord
et la nef peut t’entraîner sur la mer.
Ah, courtines immobiles, symboliques…
Mes applaudissements sont un festin de roses noires :
te céder ma place!
Et dans le fracas de mon renoncement
saignera un fil d’infini.

Je ne dois pas être si bien;
avance, avance le pied!

***

EL PALCO ESTRECHO

Más acá, más acá. Yo estoy muy bien.
Llueve; y hace una cruel limitación.
Avanza, avanza el pie.

Hasta qué hora no suben las cortinas
esas manos que fingen un zarzal?
Ves? Los otros, qué cómodos, qué efigies.
Más acá, más acá!

Llueve. Y hoy pasará otra nave
cargada de crespón;
será como un pezón negro y deforme
arrancado a la esfíngica Ilusión.

Más acá, más acá. Tú estás al borde
y la nave arrastrarte puede al mar.
Ah, cortinas inmóviles, simbólicas…
Mi aplauso es un festín de rosas negras:
cederte mi lugar!
Y en el fragor de mi renuncia,
un hilo de infinito sangrará.

Yo no debo estar tan bien;
avanza, avanza el piel!

(César Vallejo)

 

 

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PARDON (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



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PARDON

Nous passons ensemble. Le rêve
lèche nos pieds quelle douceur ;
et tout se déplace, sans douceur,
en hâves renoncements.

Nous passons ensemble. Les âmes
mortes, celles qui, comme nous,
ont traversé l’amour,
en de malades pas opales,
revêtent leurs crêpes rigides
et ondulent à notre endroit.

Aimée, allons au bord
fragile d’un tas de terre.
Ointe d’huile et de pureté,
l’aile va. Mais le coup
en tombant je ne sais où,
fait chaque larme
dent hostile qu’il affûte.

Et un soldat, un soldat valeureux,
aux épaulettes-blessures,
s’anime dans le soir héroïque ;
A ses pieds, comme un horrible caparaçon
funèbre, montrant parmi les rires
le cerveau de la Vie.

Nous passons ensemble, l’un contre l’autre,
lumière invaincue, pas malade;
nous frôlons ensemble les lilas
moutarde d’un cimetière.

***

ROMERÍA

Pasamos juntos. El sueño
lame nuestros pies qué dulce;
y todo se desplaza en pálidas
renunciaciones sin dulce.

Pasamos juntos. Las muertas
almas, las que, cual nosotros,
cruzaron por el amor,
con enfermos pasos ópalos,
salen en sus lutos rígidos
y se ondulan en nosotros.
Amada, vamos al borde
frágil de un montón de tierra.
Va en aceite ungida el ala,
y en pureza. Pero un golpe,
al caer yo no sé dónde,
afila de cada lágrima
un diente hostil.

Y un soldado, un gran soldado,
heridas por charreteras,
se anima en la tarde heroica,
y a sus pies muestra entre risas,
como una gualdrapa horrenda,
el cerebro de la Vida.

Pasamos juntos, muy juntos,
invicta Luz, paso enfermo;
pasamos juntos las lilas
mostazas de un cementerio.

(César Vallejo)

 

 

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SAULE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



SAULE

Lyrisme d’hiver, rumeur de crêpes,
quand se rapproche l’imminence du départ ;
voix sinistres de chansons tristes
qui dans le soir deprofondisent.

Vision de l’enterrement de mes illusions
dans ma tombe de mortelle blessure.
Charité véronique de terres incultes
où la vie se perd à prix d’éther.

Auprès de l’aurore en pleurant je partirai;
et tandis que se courberont mes années,
véloce, mon chemin courbera des faux.

Et devant les huiles froides de la lune mourante,
dans la terre indolente avec timbres d’aciers,
les chiens, en hurlant, creuseront un adieu!

***

SAUCE

Lirismo de invierno, rumor de crespones,
cuando ya se acerca la pronta partida;
agoreras voces de tristes canciones
que en la tarde rezan una despedida.

Visión del entierro de mis ilusiones
en la propia tumba de mortal herida.
Caridad verónica de ignotas regiones,
donde a precio de éter se pierde la vida.

Cerca de la aurora partiré llorando;
y mientras mis años se vayan curvando,
curvará guadañas mi ruta veloz.

Y ante fríos óleos de luna muriente,
con timbres de aceros en tierra indolente,
cavarán los perros, aullando, ¡un adiós!

(César Vallejo)

Illustration

 

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APRES-MIDI TROPICAL (Ruben Dario)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



 

Anom Himura 2048 [1280x768]

APRES-MIDI TROPICAL
(Tarde del Trópico)

L’après-midi est gris et triste.
La mer se vêt de velours
et sur le ciel profond s’étend
un crêpe de deuil.

De l’abîme s’élève
la plainte amère et sonore.
L’onde, lorsque le vent chante,
pleure.

Les violons de la brume
saluent le soleil qui meurt.
La blanche écume psalmodie :
Miserere !

Le ciel s’inonde d’harmonie,
et la brise au loin emporte
la chanson triste et profonde
de la mer.

Du clairon de l’horizon
sourd une symphonie rare,
comme si la voix du mont
vibrait.

Comme si c’était l’invisible…
Comme si c’était le son rude
que lancerait au vent un terrible
lion.

(Ruben Dario)

Illustration: Anom Himura

 

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Passe-temps (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Passe-temps

Blanc satin neuf, oeuf de couvée fraîche,
Neige qui ne fond,
Que vos tétins, l’un à l’autre revêche,
Si tant clairs ne sont.

Chapelets de fine émeraude, ophites,
Ambre coscoté,
Semblables aux yeux dont soulas me fîtes,
Onques n’ont été.

Votre crêpe chef le soleil efface,
Et votre couleur
Fait se dépiter la cerise, et passe
La rose en sa fleur.

Joncade, coings farcis de frite crème,
Pâté, tarte (ô vous ! ),
Que vos gras baisers, voire de carême,
Ne sont pas plus doux.

(Jean Moréas)

Illustration: Octavio Ocampo

 

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