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Poésie

Posts Tagged ‘crépitement’

Vergers d’enfance (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
Vergers d’enfance

Nymphes et dryades enlacées
houris et péris sous gaze et perles

Les pétales dans l’herbe
un lézard sur un caillou

Les guêpes mordent
dans la poire

Une collection de noyaux
des arabesques de pelures

Une goutte de résine
au fond de la blessure
d’un cerisier

Le parfum des fraises
un sourire velouté

Murmures des écorces
crépitements en sourdine

Un goût de tendre aveu
sur le bout de la langue

Sous les caresses des brindilles
les bourgeons s’entrouvrent

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Il y a dans le Chant (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Illustration: Josephine Wall    
    

Il y a dans le Chant
Plus que crépitement de flamme,
Plus que brassées de blanches floraisons
Ou même que feu roulant de galets dans la mer.
Il y a dans le Chant
Infiniment plus qu’étoiles nous ouvrant le chemin,
Qu’une auberge perdue tout au bout de la nuit
Ou que l’âme d’un peuple en avance
Sur Son destin.

Il y a dans le Chant,
Quand l’espace devient
Signe,
Au plus troublant de la clairière,
Là où le pas se fait allègre,
Un grand soleil qui vient nous visiter.

Il y a dans le Chant,
Plus caché que dans la moindre graine,
Une folle rumeur d’amour,
Une caresse au goût d’abeille,
Un secret matin de printemps,
Une promesse déjà tenue,
Un royaume au goût ardent,
Un souffle de tendresse venu nous relever.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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SONGE ENFANTIN (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018




    
SONGE ENFANTIN

Une claire nuit
de fête et de lune,
nuit de mes rêves,
nuit d’allégresse,

— mon âme était toute lumière,
aujourd’hui elle est toute brume;
et mes cheveux n’étaient
pas noirs encore —

la plus jeune fée
m’emmena dans ses bras
à la fête joyeuse
qui flambait sur la place.

Sous le crépitement
des lampions,
l’amour tissait
l’écheveau des danses.

Et dans cette nuit
de fête et de lune,
nuit de mes rêves,
nuit d’allégresse,

la fée la plus jeune
baisait mon front…
et de sa main jolie
me disait son adieu…

Tous les rosiers
livraient leurs parfums;
l’amour épanouissait
toutes les amours.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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LA SAISON JAUNE (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2018



geai

 

LA SAISON JAUNE

CELLE à la longue queue noire
puis, à l’improviste, une autre
glissent légèrement sur un rideau
de feuilles jaunes, vers le ciel —

La saison s’éveille ! la beauté
pépiante, glapissante se tient
parmi les branches,
griffes serrées, mains
velues, qui bougent dans les feuilles —

Des yeux ronds et blancs, piquetés
de jais, sont encore vivants, vigilants —
en toute gentillesse ! inapaisés
par-delà le crépitement
de la puante certitude de la mort.

***

THE YELLOW SEASON

THE black, long-tailed
one then, unexpectedly, another
glide easily on a curtain
of yellow leaves, upward —

The season wakens ! loveliness
chirping and barking st an ds
among the br an ches, its
narrow-clawed toes and furry
hands moving in the leaves —

Round white eyes dotted with
jet live still, alert-in
all gentleness ! unabated
beyond the crackle
of death’s stinking certainty.

(William Carlos Williams)

 

 

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C’était novembre (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration: Ivan Renkov
    
C’était novembre

C’était novembre de tous les vacillements
Le crépuscule n’allumait plus les lampes coutumières
Les mains tendues pour arracher un peu de leur lueur à l’obscurité ramassaient des battements d’ailes
La mère ouvrait les bûches froides avec ses ciseaux comme ventre de volaille pour les farcir de crépitements
on essorait du même geste le seuil et le linge
on s’inventait des voisins grandiloquents avec des feux volubiles
on leur inventait des visages et une vaisselle au tintement solennel
stupeur lorsqu’ils déclinaient leurs noms gavés de pierres et le cimetière comme point de ralliement

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Où vont les arbres ?
Traduction:
Editions: Mercure de France

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BRUITS DE LA CAMPAGNE (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018




    
BRUITS DE LA CAMPAGNE

Le froissement des feuilles sous les pas dans les bois et sous les haies
Le craquement de la neige et de la glace pourrie dans les allées cavalières du bois et les sentiers étroits et sur chaque chaussée de rue
Le bruissement ou plutôt le bruit de ruée au bois lorsque le vent mugit à la cime des chênes comme un tonnerre
Le frou-frou d’aile des oiseaux chassés de leur nid ou volant sans qu’on les voie dans les buissons
Le sifflement que font en volant dans les bois de plus grands oiseaux tels que corneilles faucons buses etc
Le trottinement des rouges-gorges et des alouettes des bois sur les feuilles brunes et le tapotement des écureuils sur la mousse verte
La chute d’un gland sur le sol le crépitement des noisettes sur les branches des noisetiers quand elles tombent mûres
Le frrrout de l’alouette des champs qui se lève du chaume

— Quelles scènes exquises les matins de rosée quand la rosée jaillit en éclair de ses plumes brunes

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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SONGE ENFANTIN (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



SONGE ENFANTIN

Une claire nuit
de fête et de lune,
nuit de mes rêves,
nuit d’allégresse,

— mon âme était toute lumière,
aujourd’hui elle est toute brume;
et mes cheveux n’étaient
pas noirs encore —

la plus jeune fée
m’emmena dans ses bras
à la fête joyeuse
qui flambait sur la place.

Sous le crépitement
des lampions,
l’amour tissait
l’écheveau des danses.

Et dans cette nuit
de fête et de lune,
nuit de mes rêves,
nuit d’allégresse,

la fée la plus jeune
baisait mon front…
et de sa main jolie
me disait son adieu…

Tous les rosiers
livraient leurs parfums;
l’amour épanouissait
toutes les amours.

(Antonio Machado)

 

 

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Pâle lune de la Saint-Jean (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2017



    

Pâle lune de la Saint-Jean

En plein coeur de la clairière,
Le feu est allumé,
Du haut bûcher a jailli
La plus haute flamme,
Les cris se sont répandus
D’île en île…

Nous savons qu’impérissable
Restera notre soif
De rosées, de jus d’érable,
De fraises sauvages ;
Seule est perdue une enfance
Entre crépitements

Et clapotis.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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L’invincible angoisse d’être heureux (Alessandro Baricco)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



 

Aron Wiesenfeld Postcards

J’ai adoré, moi, lorsque j’ai eu quarante ans, l’incessant crépitement souterrain, le hurlement obstiné sous la neige,
le désespoir muet au coeur du calme, la fragilité infinie, la solidité de la pierre posée sur le sable,
l’invincible angoisse d’être heureux -de cette façon-là-.
Avec toujours le soupçon qu’il aurait suffi d’un regard dans la rue, d’un moment de solitude,
quelques minutes de trop à attendre une amie, et tout se serait écroulé d’un seul coup, sans condition.
Et nous serions revenus en arrière, comme des navires rappelés au port, après la bataille.
Le port que nous étions dans notre jeunesse.

(Alessandro Baricco)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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IL PLEUT (Francis Carco)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2016



 

IL PLEUT

Il pleut — c’est merveilleux. Je t’aime.
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
Par ce temps d’arrière-saison.

Il pleut. Les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit… qu’on ne s’entend plus !

C’est merveilleux : il pleut. J’écoute
La pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte…
Et tu me souris tendrement.

Je t’aime. Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l’heure :
On dirait qu’il pleut dans tes yeux.

(Francis Carco)

Illustration: Leonid Afremov

 

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