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Poésie

Posts Tagged ‘crépusculaire’

ÉLÉGIE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2018




    

ÉLÉGIE

La défunte gaieté d’années insensées
pèse sur moi comme un vin mal cuvé.
Mais comme le vin, la tristesse de jours passés
croît en mon âme à mesure des années.
Triste vie ! De la mer houleuse du futur
ne m’attend plus guère que peines et labeurs.

Pourtant non, je ne veux pas mourir !
Mais je veux vivre et penser et souffrir
et même trouver certaine jouissance
aux soucis, aux peines et adversités
— il m’arrive d’en tirer des larmes —
et une certaine harmonie de mon cru.
Et qui sait si l’heure crépusculaire
ne m’enverra, de l’amour, un dernier sourire ?

***

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: L’heure de la nuit Poèmes
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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À la dernière halte du voyage (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



À la dernière halte du voyage, dans la maison du soir,
un pain est rompu et mangé en silence
sous la lumière crépusculaire pâlissant à la fenêtre.

Aucune lampe ne s’allume pour la nuit,
car aucune huile n’y suffirait,
et nul piétinement de cheval ne te réveillera
pour le départ d’un hôte dans la nuit.

Au loin au-dessus des arbres le matin
et des fleurs qui s’ouvrent pour orner la vie,
mais tu les as oubliés, toi, les fleurs et les arbres,
ce qui était chagrin et bonheur terrestres.

***

Vid färdens sista rast, i aftonhuset,
där bryts ett bröd och ätes under tystnad
i skymningsljus från fönstrets skumma ruta.

Det tänds ej någon lampa där för natten,
för ingen lampas olja skulle räcka,
och inget stamp av hästar skall dig väcka
för att en gäst skall vidare i natten.

Långt borta är det morgon över träden
och blommor öppnas för att livet smycka,
men du har glömt dem, blommorna och träden,
vad som var jordisk sorg och jordisk lycka.

(Pär Lagerkvist)

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MORT DU FURET (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018




MORT DU FURET

Entré dans un terrier, il pénétra jusqu’au lapin hagard
suça son sang
s’en saoula, s’endormit;
la fumée des feux de brandes
allumés par les paysans chiches
qui parlent par monosyllabes
ne le réveilla pas
d’une mortelle torpeur.
Sur le chemin s’en revenaient ces petites filles
aux cours à nervures aussi nettes
que celles des feuilles du lilas.
Le lapin saigné demeura sans odeur
mais les furets dès qu’irrités
dégagent une morne puanteur
qui survit tristement après leur mort crépusculaire.

(Jean Follain)

 

 

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Cherchant l’ermitage du maître Yong (Li Bo)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018




    
Cherchant l’ermitage du maître Yong

Les hauts pics caressent le ciel de leur émeraude
Hors du monde, oublieux des ans qui passent

Écartant les nuages je cherche la sente ancienne
Adossé à un arbre j’écoute chanter la source

Près des fleurs un buffle accroupi se chauffe au soleil
Sur la cime des pins s’est endormie la blanche grue

Paroles dites : le fleuve en bas est crépusculaire
Tout seul je descendrai vers la froide fumée

(Li Bo)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Que j’aime au fond des bois… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Que j’aime au fond des bois…

Que j’aime au fond des bois la plainte souterraine,
Fuyant sous le gravier, d’une source captive!
L’anneau de fer verdit au pavé qui le rive
Parmi l’amas des glands, des cornes et des faînes.

Partout la mousse étend autour de la fontaine
Son velours moite; à peine, amoureuse et pensive,
Murmure obscurément, à travers la bourdaine
Et le houx, l’eau suintant aux glèbes de la rive.

Mon coeur est cette source en pleurs au fond des bois,
Qu’entoure le silence et voile le mystère,
Que nul rayon ne frôle, où nul oiseau ne boit;

Mais vers la sombre dalle approche et penche-toi,
Ecoute pour toi seul du flot crépusculaire
La chanson s’égrener comme un divin rosaire!

(Marie Dauguet)

 

 

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Les douves (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
Les douves

J’irai cueillir la fleur que cerne l’eau des douves
Avec sa pâleur morne, avec sa chair lunaire
Dans l’ombre sans merci des créneaux qui la couve
S’ouvrant comme une étoile au pré crépusculaire.

J’irai cueillir la fleur où mon rêve se frôle,
La fleur hiératique et que sertit la maille
D’un vitrail reflétant au ras des vases molles
Quelque écusson brisé dont le fronton s’écaille,

Et dont la splendeur morte au creux des joncs se terre.
La livide corolle en son odeur de fièvre,
Mes doigts la saisiront, effeuillant son mystère,
Et son pollen glacé parfumera ma lèvre.

Alors s’évoquera à son malsain arôme
Le couple enseveli par les verts marécages,
Et j’y verrai dormant les humides fantômes
De la reine adultère et de son jeune page,

Partageant à jamais, telle qu’ils l’ont choisie,
Avec son traversin sombre, la même couche,
Grisés du même amour où leur coeur s’extasie,
Rigides, les yeux clos, et bouche contre bouche.

(Marie Dauguet)

 

 

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La chanson du jasmin fleuri (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




    
La chanson du jasmin fleuri

Tant de mornes cinéraires
D’un violet mortuaire
Sous le terne effleurement

Du jour captif de la serre
Sans qu’un rayon les éclaire,
Languissent inertement!

En la paix crépusculaire
Où donc es-tu, ma lumière,
O mon beau jasmin soyeux?

La neige inlassable tombe
Sur le vitrail et la tombe
Est moins sombre que les cieux.

Quelle torpeur s’éternise
Où lentement agonise
Le rêve silencieux?

Ah! sortons parmi la neige,
Les lacs sanglants et les pièges,
Parmi les luisants remous

De l’herbe haute qui craque,
Où sournoisement nous traque
La troupe hagarde des loups.

La neige et le vent m’oppressent;
Au jardin bleu des tendresses
Jadis tu t’épanouis,

O mon beau jasmin! La neige
Implacablement m’assiège
Où mes pas sont enfouis.

Loin des mornes cinéraires
Et des tiédeurs de la serre,
Je vais, les yeux éblouis,

Cueillir la fleur que j’adore,
Aux blancheurs qui s’évaporent
Par les cieux endoloris.

A travers les bois farouches,
J’ai ton parfum sur la bouche
Que levent âpre meurtrit,

Et je crois parmi la nue
Baiser enfin ta chair nue,
O mon beau jasmin fleuri!

(Marie Dauguet)

 

 

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ROUGE HORIZON (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017




    
ROUGE HORIZON

j’avance
le long de ce fil rouge qui court
entre nos vies

tout au long
de cette ligne de plein coeur
qui fuse en continu

fil tendu
entre deux rêves
prisme de tous les possibles

j’avance
par cette ligne de faille
ligne de force

ligne de feu
ligne de chance
au fil des aubes

j’avance
sur cette ligne de partage des âmes
au fil des secondes éclairantes

ou crépusculaires
au fil des secondes cuivrées
et je glisse

chaviré
jusqu’au jour des jours
jusqu’à la nuit des nuits

danseur de corde
sur le rouge poudroyant
des vents magnétiques

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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L’air s’épaissit en nuées (Maurice Benhamou)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



Illustration
    
L’air s’épaissit en nuées.

A la bifurcation
des chemins
attend
celle qui m’environne.

Je navigue et divague
en ce qui résiste
au néant

une haleine de lune
un bruissement d’être
dans les mimosas écumeux
où se recueille
grâce
d’arrière vie,
le souffle de l’absence.

Pourquoi chercher
le seuil crépusculaire
de ce qui commence ?

En l’innommable
brûlant, brûlant,
plus loin que la chair,
court la déchirure.

(Maurice Benhamou)

 

Recueil: Tréfonds du Temps
Editions: Unes

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Où êtes-vous? (Monique Mesplé-Lassalle)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



Où êtes-vous?

J’écris d’un lieu gravé au mitan de mon ventre.
Une croisée de vies en croisade de vide.
C’est un lieu de silence et de foisonnements.
Ceux des voix entendues, des regards, des absences, des désirs,
des blessures, des attentes et des fulgurances.
De la vie en bataille, du sang qui pulse et danse,
de mes yeux assoiffés qui mangent la lumière.
Et des questions. Et des ébauches de réponses.

Où que j’aille, où que j’erre,
de Pointe-à-Pitre à Port-au-Prince, de l’île Maurice au désert bleu,
des flamboyants à la poussière, de mon image à moi, de moi à mon image,
il n’y a de vrai que ce lieu.
Un poème imparfait aux vers crépusculaires.

On n’écrit jamais que de soi.
Le reste n’est qu’apparence, enrobage de la peur, épiderme du vide.
Comme la lame de mon assertion.

Je n’ai plus de pays couleur de certitude.
J’emporte mes frontières dans le creux de mes hanches et la voix des aimés.
Ai-je jamais su dire à quel point je les aime
ceux qui sont mes villages, mes rues et mes châteaux?
Le mot n’est pas crédible, il ne sait qu’effleurer.
Un miracle parfois a goût de faribole.
Et je ne sais pas jouer.

Je n’écris jamais que de moi,
de l’envers du décor,
en attente de la chute.

Je vous écrirai du fond de mon désert.
Ce sera aussi faux, ce sera aussi vrai.
De la blondeur en plus, du sable dans la bouche.
Et je vous dirai pour le puits…

(Monique Mesplé-Lassalle)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Caroline Duvivier

 

 

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