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Poésie

Posts Tagged ‘crétin’

Prologue (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



 

Kandinsky

Prologue

De la pensée aux mots,
un monde.

Dès qu’ils viennent en gros,
la ronde.

De la phrase à la phrase,
la stance.

Des couplets qui s’embrasent,
la danse.

Du chagrin à l’oubli,
un antre.

Sous toute philosophie,
le ventre.

Des coulisses aux décors,
un voile.

Du trépas à la mort,
un râle.

De la graine à l’épi,
un germe.

Du néant à la vie,
le sperme.

Du mineur au ministre,
un rang.

Et du lord jusqu’au cuistre,
un temps.

Du génie au crétin,
un gène.

Du raté au malin,
la veine.

Du gendarme au voleur,
un rôle.

En tout un, son tricheur,
son drôle.

Du vice à la vertu,
un tour.

De la mode au rebut,
un jour.

De ta main à la mienne,
un choix.

De l’amour à la haine,
un pas.

De la phrase à la phrase,
la stance.

Des couplets qui s’embrasent,
la danse !

(Esther Granek)

Illustration: Kandinsky

 

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Conte d’amour V (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Conte d’amour V

Bientôt viendra la neige au blanc manteau d’hermine ;
Dans les parcs défeuillés, sous le ciel morne et gris,
Sur leurs socles, parmi les boulingrins flétris,
Les priapes frileux feront bien triste mine.

Alors, ma toute belle, assis au coin du feu,
Aux rouges flamboiements des bûches crépitantes,
Nous reverrons, au fond des visions latentes,
Le paysage vert, le paysage bleu,

Le paysage vert et rose et jaune et mauve
Où murmure l’eau claire en les fouillis des joncs,
Où se dresse au-dessus des fourrés sauvageons
Le cône menaçant de la montagne chauve.

Nous reverrons les boeufs, les grands boeufs blancs et roux,
Traînant des chariots sous l’ardeur tropicale,
Et sur le pont très vieux la très vieille bancale
Et le jeune crétin au ricanement doux.

Ainsi nous revivrons nos extases éteintes
Et nous ranimerons nos bonheurs saccagés
Et nous ressentirons nos baisers échangés
Dans les campagnes d’or et d’émeraude teintes.

Hélas ! N’écoutant pas la voix des sorts moqueurs
Et laissant mon esprit s’enivrer de chimères,
Je ne veux pas penser que les ondes amères
Vont se mettre bientôt au travers de nos coeurs.

(Jean Moréas)

 

 

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DERNIÈRES VOLONTÉS (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



Illustration: Otto Dix
    
DERNIÈRES VOLONTÉS

Ôtez donc de mon visage ce drapeau : ça me chatouille !
Ensevelissez dedans mon chat ensevelissez-le là-bas
où se trouvait mon jardin chromatique.

Ôtez donc de ma poitrine cette couronne de fer-blanc :
ça bat la breloque !
Foutez-la sur le stock de statues en vrac
et donnez les rubans aux putains qu’elles s’en parent.

Dites des prières au téléphone mais coupez le fil,
ou bien enveloppez-les dans un mouchoir avec des miettes de pain
et jetez-les dans l’étang à ces crétins de poissons.

Que l’évêque reste chez lui et se soûle
Qu’on lui donne un barillet de rhum,
prêcher donne soif.

Et fichez-moi la paix avec vos monuments et vos huit reflets !
de ce beau marbre pavez une ruelle inhabitée
une ruelle pour oiseaux.

(Hans Magnus Enzensberger)

 

Recueil: Mausolée
Traduction: Maurice Regnaut et Roger Pillaudin
Editions: Gallimard

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Avec Fanon (Maurice Fanon)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Fabienne Contat
    
Avec Fanon

C’est peut-être à coup de châtaigne qu’on devient marron
C’est peut-être à coup de bonbaine qu’on devient neutron
C’est peut-être à coup de canon qu’on se fait un bâton de maréchal
Une veuve joyeuse, une gueule cassée deux étoiles
C’est peut-être en débitant du saucisson qu’on fait fortune dans la chanson
Faudra que j’essaye avec Fanon…

C’est peut-être à petits coups de blanc qu’on devient poivrot
C’est peut-être à petits coup de dents qu’on devient salaud
C’est peut-être à coup de métro qu’on se fait une gueule de parigot
Qui ne pense plus qu’à sa voiture à son frigo
C’est peut-être en montrant le fond de son pantalon
Qu’on fait son trou dans la chanson
Faudra que j’essaye avec Fanon…

C’est peut-être par la calotte qu’on devient païen
C’est peut-être par la culotte qu’on devient putain
C’est peut-être par le calot qu’on devient crétin
par le culot qu’on devient quelqu’un
Qui ne fait rien de ses deux mains
C’est peut-être en chantant mon cul sur la commode

Qu’on se fait une chanson à la mode
Faudra que j’essaye avec Fanon…

C’est peut-être au chapeau qu’on voit l’homme d’affaires
C’est peut-être aux affaires qu’on voit le gangster
C’est peut-être à coup d’oseille qu’on se fait sa place au soleil
A coup de baise-main qu’on se fait un lit à baldaquin
C’est peut-être en marchant sur les mains des copains
Qu’on se fait un nom dans la chanson
Faudra que j’essaye avec Fanon…

C’est peut-être en forgeant qu’on devient forgeron
C’est peut-être en ahanant qu’on devient bûcheron
C’est peut-être en bourlinguant qu’on devient matelot
A coup de faucille qu’on devient marteau,
A coup de marteau qu’on fait le gros dos
C’est peut-être à coup de chansons sans concession
Qu’on fait sa petite révolution chez les rois loups de la chanson
C’est peut-être à cause d’une chanson
Qu’en une nuit comme des champignons
Poussent les amis qui font la rime à mes chansons.

(Maurice Fanon)

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Elle a sans réfléchir lâché la corbeille pleine de linge (Bruno Berchoud)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2017



Elle a sans réfléchir lâché la corbeille pleine de linge,
d’un coup laissé tomber au sol l’entassement de draps froissés,
chaussettes et slips enchevêtrés, pantalons retournés,
et s’est mise à courir exclamée, à balancer sa joie dans la maison,
Mon fils il faut que je t’embrasse.
Lui tant de fois cancre jusqu’aux oreilles et rouge comme lanterne
ne saurait dire pourquoi ni comment
il a pour une fois décidé d’échapper à cette tendance congénitale (disait l’instituteur) à jouer au crétin.
Ainsi c’était cela pour mettre du soleil à son visage :
laisser tomber deux mots en bégayant comme un benêt
Premier prix premier pris dans ses bras.

(Bruno Berchoud)

découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Honoré Daumier

 

 

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Ça s’emboîte (Lambert Schlechter)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



homme-femme

Ça s’emboîte

Parce que l’homme seul est un pantin, un crétin à ficelles.
Parce que l’homme délaissé est une blatte shakespearienne.
Parce que l’homme et la femme, ça s’emboîte si simplement, si facilement.
Parce que la femme et l’homme, ça ne se rencontre jamais.

(Lambert Schlechter)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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