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L’âme errante (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017



    

Illustration: Katie m. Berggren

L’âme errante

Je suis la prière qui passe
Sur la terre où rien n’est à moi ;
Je suis le ramier dans l’espace,
Amour, où je cherche après toi.
Effleurant la route féconde,
Glanant la vie à chaque lieu,
J’ai touché les deux flancs du monde,
Suspendue au souffle de Dieu.

Ce souffle épura la tendresse
Qui coulait de mon chant plaintif
Et répandit sa sainte ivresse
Sur le pauvre et sur le captif
Et me voici louant encore
Mon seul avoir, le souvenir,
M’envolant d’aurore en aurore
Vers l’infinissable avenir.

Je vais au désert plein d’eaux vives
Laver les ailes de mon coeur,
Car je sais qu’il est d’autres rives
Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur !
J’y verrai monter les phalanges
Des peuples tués par la faim,
Comme s’en retournent les anges,
Bannis, mais rappelés enfin…

Laissez-moi passer, je suis mère ;
Je vais redemander au sort
Les doux fruits d’une fleur amère,
Mes petits volés par la mort.
Créateur de leurs jeunes charmes,
Vous qui comptez les cris fervents,
Je vous donnerai tant de larmes
Que vous me rendrez mes enfants !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

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Les sanglots d’or (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
Les sanglots d’or

Quel chagrin somptueux, cris rouges, sanglots d’or,
Flamboyante harmonie où le regard se blesse!
Le tragique soleil en de brûlant accords
Sur la lande déserte étale sa détresse.

Et voici que, tenant ses lévriers en laisse,
Se profile soudain parmi les beaux retors,
Plus svelte que n’était l’antique chasseresse
Et n’ayant pour péplos qu’un linceul noir, la Mort!

Mais pourquoi ces cris fous, ces plaintes fastueuses?
Les soleils ont-ils comme les hommes un coeur,
Un coeur qu’on peut trahir, des maîtresses menteuses,

Etoiles s’éclipsant dont la fausse lueur
Se glace en s’éloignant, puis un soir brumeux cesse
De s’unir à la leur? Est-ce qu’on les délaisse

Les soleils, pour qu’ils aient de tels cris de douleur!

(Marie Dauguet)

 

 

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Barcarolle (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017



Illustration
    
Barcarolle

Comme un filet ourdi,
Par la brume qui dort,
Du silence engourdi
Traîne sur le flot mort,

Vogue en l’espace morne
Aux sinistres remous.
La rame en l’eau sans borne
Pourrit et se dissout.

Etalant leurs replis
Aux temps qui ne sont plus,
Déferlent vers l’oubli
Des flux et des reflux;

Du vent et de la cendre…
Fantôme dont tournoie
L’ombre aux blêmes méandres,
Un bateau qui se noie.

Sans qu’on ait rien compris
Au voyage dément,
Un geste, un dernier cri,
Et c’est l’enlisement!

(Marie Dauguet)

 

 

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Le Désert (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration: Douanier Rousseau

    

Le Désert

Le désert ! le désert dans son immensité,
Avec sa grande voix, sa sauvage beauté ;
Ses pics touchant les deux, ses savanes, ses ondes,
Cataractes roulant sous des forêts profondes ;
Ses mille bruits, ses cris, ses sourds rugissements,
Gigantesque concert de tous les éléments !

Le désert ! le désert ! quand l’aube orientale
Se lève, et fait briller les trésors qu’il étale :
Quand du magnolia le bouton parfumé
S’ouvre sous les baisers de quelque insecte aimé ;
Quand la liane en fleurs, odorant labyrinthe,
Enlace le palmier d’une amoureuse étreinte ;
Et que, s’éjouissant sous ces légers lambris,
Escarboucles vivants chantent les colibris !

Le désert d’Amérique avec toutes ses grâces,
Lorsque d’aucun mortel il ne gardait les traces,
Et qu’avec ses grands bois, ses eaux, ses mines d’or
Aux regards de Colomb il s’offrit vierge encore.

Ah ! qui ne la rêva cette belle nature ;
Qui n’eût voulu quitter ce monde d’imposture,
Ce monde où tout grand cœur finit par s’avilir,
Pour courir au désert, vivant, s’ensevelir ?
Pour chercher dans l’Éden de Paul et Virginie
L’ineffable bonheur que la terre dénie,
Vœu de paix et d’amour par chaque cœur conçu,
Et qui s’évanouit, hélas! toujours déçu !

Voilà souvent quel est mon rêve
Dans ces instants d’ennui profond.
Où le désespoir comme un glaive
Reste suspendu sur mon front.

Le désert, le désert m’appelle,
Pourquoi ces chaînes à mes pas ?
Oiseaux voyageurs, sur votre aile
Pourquoi ne m’emportez-vous pas ?

Il faut à mon âme engourdie
Un nouveau monde à parcourir ;
Il faut une sphère agrandie
Au poète qui va mourir !…

(Louise Colet)

 

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Cri sur Guernica (Gemma Tremblay)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Cri sur Guernica

La poésie ne m’habite plus
longue plage refroidie et déserte
daltonienne de couleurs cleptomane d’images
où se cache le visage de la parole
j’écoute les mots jouer dans la braise
le remuement des mots sur la table
et tout devient temps gris et bruine
pénurie d’étoiles patrie inculte
la terre n’a plus de nom la terre n’a plus de cri
la terre se recouvre
du bronze des silences

(Gemma Tremblay)

Illustration: Bruno Di Maio

 

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On partira (Sabine Péglion)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017




    
On partira

On partira c’est sûr
apppuyés l’un à l’autre

parmi le cri des mouettes
délivrant la mer
les lueurs de l’aube
inclinant l’horizon
et ce sillage au loin
qu’il nous faudra franchir

On partira c’est sûr
appuyés l’un à l’autre

Mais que ta main encore
sur la mienne se pose

passerelle de vent
occultant l’abîme

en cette course
à l’infini des jours

qu’elle inscrive sur la berge
la caresse de l’instant
la profondeur des choses
la trace de nos pas

ce sillage fragile
minutes partagées
à la saveur du vivre

(Sabine Péglion)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Ecrire (Sabine Péglion)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017




    
Dans écrire,
il y a rire,
il y a cri.

Ecrire est un bonheur.

(Sabine Péglion)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Je suis un songe de liberté (Ketty Nivyabandi)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017




    
Je suis un songe de liberté

Je suis ton aube
Je suis ta nuit
Je suis une poussée de fièvre
Je suis un battement d’aile
Je suis une ardeur lycéenne
Je suis un cri sans fin
Je suis cette main tendue au coin d’une rue
Je suis cette faim qui rend toute pensée frêle
Je suis le sommeil d’un peuple millénaire
Je suis une angoisse inexpliquée
Je suis cette femme qui vient d’être aimée
Une langueur qui tâtonne
et guette l’aurore du fond d’une falaise
Un désir, un souvenir de ce que tu fus
Longtemps,
Longtemps,
Avant d’être ce que tu es.
Je suis un songe de liberté
Et cette nuit,
C’est de toi,
Terre d’émeraude,
Que j’ai rêvé.

(Ketty Nivyabandi)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Symphonie du printemps (Yannis Rítsos)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



    

Symphonie du printemps
(Chant XIV)

Nous tendons nos bras
au soleil
et nous chantons.

La lumière gazouille
dans les veines de l’herbe
et de la pierre.

Les cris de la vie
ont déployé les branches
arcs puissants.

L’écorce des arbres
verte et luisante
brille
— robe rayée déployée
sur des seins naissants de paysanne.

Comme nous aimons
nos corps sensuels.

Ne nous priez pas de partir.
Enfermés dans notre corps
nous sommes partout.

Chaque oiseau
qui plonge dans l’azur
chaque petite herbe
qui pousse au bord du chemin
nous apporte le message de dieu

Les êtres
passent près de nous
beaux aimés
revêtus
de notre rêve de notre jeunesse
et de notre amour.

Nous aimons
le ciel et la terre
les hommes et les bêtes
les reptiles et les insectes.
Nous sommes nous aussi
tout à la fois
et le ciel et la terre.

Notre corps orgueilleux
par la beauté de la joie.
Notre main toute puissante
par l’ardeur de l’amour.

L’amour dans son poing
contient l’univers.

(Yannis Rítsos)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Espère (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




Illustration: Valère Prosperi
    
Espère

Ainsi, j’avais en vain suivi d’un œil avide,
Mille rêves d’amour, de gloire et d’amitié :
Toujours ils avaient fui ; mon âme restait vide ;
Je me faisais pitié !

La douleur arrêtait ma course haletante,
Je renonçais au but avant qu’il fut atteint ;
Dans mon cœur, épuisé par une longue attente,
L’espoir semblait éteint.

Et je disais : mon Dieu, je mourrai solitaire !
Et je n’attendais plus de beaux jours sur la terre,
Quand soudain, à ta voix, mon cœur s’est rajeuni :
Cette voix m’a promis un avenir prospère :
Cette voix m’a jeté ce mot si doux : ESPERE !…
Que ton nom soit béni !

Tous les chastes désirs que mon âme renferme,
Tous ces purs sentiments étouffés dans leur germe,
De ton cri d’espérance, ont entendu l’appel :
Oh ! que ton amitié me guide et me soutienne,
Laisse-moi reposer mon âme sur la tienne :
L’amitié, c’est l’amour que l’on ressent au ciel !…

(Louise Colet)

 

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