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Poésie

Posts Tagged ‘cri’

Comme l’os (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Comme l’os

Comme l’os en terre dernière
Ma pensée a perdu sa chair, son sang
Je ne respire plus que par ma structure dure
Les oiseaux n’ont plus de chant à mon âme

Je veux regarder Ta création et je ne vois rien
Je prétends étendre mon bras dans Ton herbe
Je souhaite un cri de ma bouche au passage de la mésange
Je perds tout geste, tout élan

Oui j’ai tout perdu, Maître de l’esprit et des choses
Et mon âme enfuie achève de se dissiper dans le néant
En fait je ne respire pas, Tu le sais
Mes os se taisent, mon nom s’épuise
Et déjà mon royaume ne suscite plus qu’un rire dans la mémoire de Tes vivants

(Jacques Chessex)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com

Illustration: William Blake

 

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Bonté (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
Bonté

La Bonté me rend visite.
Dame Bonté, elle est trop aimable !
Ses joyaux rouges et bleus étincellent
Dans la buée des fenêtres, les miroirs
Se remplissent de sourires.

Quoi d’aussi vrai que le cri d’un enfant?
Le cri du lapin est peut-être plus sauvage
Mais il n’a pas d’âme.
Le sucre guérit de tout, puisque Bonté le dit.
Le sucre est un fluide essentiel,

Ses cristaux font de petits cataplasmes.
Oh la Bonté de Bonté
Qui ramasse gentiment les morceaux !
Les papillons désespérés de mes soieries japonaises
Seront bien vite épinglés, bien vite anesthésiés.

Et te voilà avec une tasse de thé,
Attention délicate.
Si le sang jaillit, c’est la poésie,
Rien ne peut l’arrêter.
Et tu me tends deux enfants, tu me tends deux roses.

(Sylvia Plath)

 

Recueil: Ariel
Traduction:
Editions: Gallimard

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PASSAGE DE L’INCONNU (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018




    
PASSAGE DE L’INCONNU

Fuyez ! Ne laissez rien !
Pas une trace obscure
sur le roc ! La mer est passée.

Que la lumière joue,
la mémoire ne dure
que l’instant d’un baiser.

Ton visage… Était-il
mitoyen de l’aurore
ou crispé dans sa nuit ?

Cheveux fous ! De mon coeur
il ne reste qu’un cri
que le soleil dévore.

(Jean Sénac)

 

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Le temps (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018



Illustration
    
Le temps

Les grappes jaunes des cytises
Le rouge-gorge aux gros oeufs bleus
La femme blonde aux robes roses
Et le soleil qui nous attise

La fine épine du clocher
La paume tendre du ciel berceur
Rauque le cri d’un remorqueur
Les amoureux rêvant couchés

Sur la pelouse des lueurs
Sur leurs épaules la fraîcheur
Questions Silence La peur.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Le temps de ma mort (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2018



Le temps de ma mort

Quand viendra le temps de ma mort
Petite fille que pourras-tu
Comme robe au vent
Sèchent les pleurs

Qu’est-ce que j’emporte
Même pas ton cri
Qui bondissait en moi
Comme un jeune chevreau

Petite fille éloigne-toi
Quand je serai de terre
Cette mère d’absence et d’ivoire
Fuis ce n’est plus moi.

(Andrée Chedid)

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Sous ton cri (Ludovic Janvier)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2018



 

Sous ton cri

Pas seulement ton cri mais le oui sous ton cri
pas seulement le oui mais le ciel sous le oui
pas seulement le ciel mais l’écho sous le ciel
pas seulement l’écho mais la nuit sous l’écho
pas seulement la nuit mais la soif sous la nuit
pas seulement la soif mais le bleu sous la soif
pas seulement le bleu mais l’ombre sous le bleu
l’ombre pas seulement mais le rire sous l’ombre
et sous le rire la campagne en plein été

(Ludovic Janvier)

Découvert chez Lara ici
Illustration: William Bouguereau

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Toi qui m’as tout repris… (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Carrie Vielle (9) [1280x768]

Toi qui m’as tout repris…

Toi qui m’as tout repris jusqu’au bonheur d’attendre,
Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un coeur tendre,
L’amour ! Et ma mémoire où se nourrit l’amour.
Je lui dois le passé ; c’est presque ton retour !
C’est là que tu m’entends, c’est là que je t’adore,
C’est là que sans fierté je me révèle encore.
Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais ;
Il a ta voix, ta voix ! Tu sais si je l’aimais !
C’est là que je te plains ; car plus d’une blessure,
Plus d’une gloire éteinte a troublé, j’en suis sûre,
Ton coeur si généreux pour d’autres que pour moi :
Je t’ai senti gémir ; je pleurais avec toi !

Qui donc saura te plaindre au fond de ta retraite,
Quand le cri de ma mort ira frapper ton sein ?
Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite,
Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim ;
Tu n’y sentiras plus une âme palpitante
Au bruit de tes malheurs, de tes moindres revers.
Ta vie, après ma mort, sera moins éclatante ;
Une part de toi-même aura fui l’univers.
Il est doux d’être aimé ! Cette croyance intime
Donne à tout on ne sait quel air d’enchantement ;
L’infidèle est content des pleurs de sa victime ;
Et, fier, aux pieds d’une autre il en est plus charmant.

Mais je n’étouffe plus dans mon incertitude :
Nous mourrons désunis, n’est-ce pas ? Tu le veux !
Pour t’oublier, viens voir ! … qu’ai-je dit ? Vaine étude,
Où la nature apprend à surmonter ses cris,
Pour déguiser mon coeur, que m’avez-vous appris ?
La vérité s’élance à mes lèvres sincères ;
Sincère, elle t’appelle, et tu ne l’entends pas !
Ah ! Sans t’avoir troublé qu’elle meure tout bas !
Je ne sais point m’armer de froideurs mensongères :
Je sais fuir ; en fuyant on cache sa douleur,
Et la fatigue endort jusqu’au malheur.

Oui, plus que toi l’absence est douce aux cœurs fidèles :
Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes ;
Son voile a protégé l’ingrat qu’on veut chérir :
On ose aimer encore, on ne veut plus mourir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carrie Vielle

 

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Et puis parfois quelquefois… (Marie-Célie Agnant)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



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Et puis parfois quelquefois…

comme le bloc de granit
le silence
nul frémissement
nulle voix
nulle main
seulement la certitude profonde de la colère
et l’angoisse
ce froid dans la poitrine
et puis parfois
quelquefois
ce regard infiniment triste
d’où émerge la nostalgie
brutale
ce cri
qui jamais ne s’endort

(Marie-Célie Agnant)

Illustration: ArbreaPhotos

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Avec un couteau (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Granger   knife-duel-1865

Voisines : avec un couteau,
Avec un tout petit couteau,
Au jour dit, entre deux et trois heures,
Deux hommes se tuèrent pour un amour,
Avec un couteau,
Avec un tout petit couteau
Qui tient à peine dans la main,
Mais qui pénètre, aigu et fin,
Dans les chairs étonnées
Et qui s’arrête à l’endroit même
Où tremble dans sa broussaille
L’obscure racine du cri.
Voici un couteau,
Un tout petit couteau
Qui tient à peine dans la main;
Poisson sans écailles et sans fleuve,
Pour qu’au jour dit, entre deux et trois heures,
Avec ce couteau,
Deux hommes durs soient demeurés
Les lèvres à jamais jaunies.
Il tient à peine dans la main
Mais son froid pénètre
Dans les chairs étonnées
Et il s’arrête à l’endroit même
Où tremble dans sa broussaille
L’obscure racine du cri.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration

 

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La mer (Sandro Penna)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2018



Illustration: Steve Hanks
    
La mer, bleu absolu.
La mer, calme absolu.
Dans le coeur presque un cri
de joie. Et le calme partout.

(Sandro Penna)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Dominique Fernandez
Editions: Grasset

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