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Poésie

Posts Tagged ‘crier’

TANT DE TEMPS (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2021




    
TANT DE TEMPS

Le temps qui passe
Le temps qui ne passe pas
Le temps qu’on tue
le temps de compter jusqu’à dix
le temps qu’on n’a pas
le temps qu’il fait
le temps de s’ennuyer
le temps de rêver
le temps de l’agonie
le temps qu’on perd
le temps d’aimer
le temps des cerises
le mauvais temps
et le bon et le beau et le froid et le temps chaud
le temps de se retourner
le temps des adieux
le temps qu’il est bien temps
le temps qui n’est même pas
le temps de cligner de l’oeil
le temps, relatif
le temps de boire un coup
le temps d’attendre
le temps du bon bout
le temps de mourir
le temps qui ne se mesure pas
le temps de crier gare
le temps mort
et puis l’éternité

(Philippe Soupault)

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Ne crie pas vers Dieu (Angelus Silesius)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2021




    
Ne crie pas vers Dieu,
car la source est en toi;

Si tu n’en combles l’issue,
elle coule à jamais.

(Angelus Silesius)

 

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Traquenard (Madeleine Riffaud)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2021



Madeleine Riffaud par Pablo Picasso
    
Traquenard

Peur des bottes
Peur des clefs
Peur des portes
Peur des pièges

Ils me firent marcher entre eux deux
Ce dimanche de plein soleil
Vers la grande prison
À l’entrée des enfers
À ma gauche est un policier.
À ma droite est un policier.
Dans chaque poche un revolver.
Et devant moi
Et devant moi
Oh! les hautes grilles de fer!

Peur des bottes
Peur des clefs
Peur des portes
Peur des pièges

Sitôt les verrous refermés
On entend les nôtres crier.
Et dehors c’est dimanche
Et dehors c’est l’été.
Dans une église, l’orgue chante.
Un pigeon tout blanc dans l’air bleu
En vol, a caressé ma joue.
Et derrière moi
Et derrière moi
Oh! les hautes grilles de fer!

Peur des bottes
Peur des clefs
Peur des portes
Peur des pièges

Si je suis prise, me disais-je,
Me restera-t-il seulement
Un coin de ciel tout bleu
À regarder souvent
Un coin de ciel comme une flaque
Au bois, telle la flaque de pluie
Où vont boire les bêtes blessées?
Mais la fenêtre ils l’ont murée.
La fenêtre aux barreaux de fer.

Peur des bottes
Peur des clefs
Peur des portes
Peur des pièges

(Madeleine Riffaud)

 

Recueil: Vive la liberté
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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FEUILLE BLANCHE (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021



 

FEUILLE BLANCHE

Quel trait savant de plume d’ange
Nous fit cette belle blessure
Le mal et ses fioritures

Le front fêlé comme un miroir
Où nulle femme ne vient voir

La bouche amère qui n’a plus
Savouré le fruit défendu

Un tout petit souci qui crie
Le cri de la poulie
Jusqu’au coeur de la nuit
Tant il voudrait sortir du puits
Un seau d’étoiles

Une très petite joie
Fébrilement se bat les flancs
Pour avoir des ailes géantes
Tant elle a peur de retomber
Comme les étoiles filantes

Mais une parcelle de nuit
S’envole d’une nuit de noces
Et va se percher sur l’arbre
Ebloui par excès de sève

Et chante seule l’inouïe
Nuit d’amour parfaite
O rossignol grâce à toi
J’entends le bonheur des autres

Ta réserve d’air pur
Fait un flambeau de bulles
Un bouquet d’étoiles
Pour tous les amants

La lumière me vient
D’un nuage en fête
Eclairant les fenêtres
Ces cristaux du festin

Où trône l’aimée
Jamais oubliée
Puisqu’elle est dans les yeux
De ceux qui sont heureux

De ses lèvres vient l’haleine
Par qui traversent la nuit
Ces étincelles de graines
Des parterres de minuit

Et peut-être mon jardin vide
En sera-t-il un peu fleuri

Pendant que cette feuille blanche
Tombe de l’arbre de la nuit

(Ernest Delève)

 

 

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Le Moujik (Yakoub Kolass)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2021



Le Moujik

Je suis le moujik, le malheureux au dos courbé
Tout le monde tape sur le moujik.
On lui suce le sang et les veines,
On déchire ses forces,
Ses mains sont pleines d’ampoules.

Je suis le moujik, le fils de la souffrance,
J’ai été élevé à la bouillie de paille,
Les fanes me gonflent le ventre,
Je suis chaussé de lapti,
Pauvre est mon vêtement.

Je suis le moujik, le fils de la misère,
Je ne mange ni ne dors assez,
Je plie sous le poids de la peine,
Je travaille pour deux sous pas jour,
Je supporte toutes les moqueries.

Je suis le moujik, je n’entends pas les cloches,
Et un ver toujours me ronge :
Est-ce qu’il ne ment pas le pope en chaire
Qui dit que le tsar tient sa couronne de Dieu ?
Oh, il ne peut en être ainsi !

Je suis le moujik, j’ai ma fierté,
Je me courbe, mais attendez !
Je me tais, me tais et supporte,
Mais bientôt je vais crier :
« Paysan ! Prends ton fusil !  »

(Yakoub Kolass)


Illustration: Lucien Louis Bernard Lantier

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L’ami trahi m’appelle (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2021



 

L’ami trahi m’appelle
Du fond de mon coeur, et s’approche.
Je l’entends monter, dans mon sommeil.
Je crie au dernier pas qu’il fait :
Pourquoi me piétines-tu ?
Puis il s’endort, léger, sur ma poitrine.

***

L’amico tradito mi chiama
Dal fondo del cuore e s’avvicina.
Sento nel sonno che sale.
Io grido all’ultimo passo
Perché mi calpesti.
Poi mi dorme leggero sul petto.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration: John Henry Fuseli

 

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MAMAN (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2021



Illustration: Désiré François Laugée
    

MAMAN

Maman depuis huit jours déjà
M’arrête en songe à chaque pas.
Je vois le linge et le panier
Montant, grinçant vers le grenier.

J’étais un être fruste encor
Et piaffant dur et criant fort.
J’emplissais de moi ses oreilles :
« Moi, je veux être la corbeille! »

Mais que je pleure ou que je crie,
Mot, ni regard, ni gronderie :
La corbeille et le linge ailé,
Luisants, sans moi, s’en sont allés.

Je me tairai : il est trop tard.
Gigantesque dans mon regard,
Cheveux gris en haut du ciel pur,
Elle met au bleu tout l’azur.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Sombres clarines dans l’ubac (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2021



Le vide,

Est-ce
Qu’il parle, crie, déclame,
Chante, se tait?

Une espèce de rire.

Sombres clarines
Dans l’ubac.

(Guillevic)

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Bien tard, je t’ai aimée (Saint Augustin)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2021



Saint Augustin 
    
Bien tard, je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle,
bien tard, je t’ai aimée !

Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors,
et c’est là que je te cherchais,
et sur la grâce de ces choses que tu as faites, pauvre disgracié, je me ruais !

Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ;
elles me retenaient loin de toi, ces choses
qui pourtant, si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas !

Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ;
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ;
tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’aspire à toi ;
j’ai goûté, et j’ai faim et j’ai soif ;
tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix.
(Saint Augustin)

 

Recueil:
Traduction:
Editions:

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PANIQUE (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2021



PANIQUE

Le temps a brillé son bois
Il crie l’oiseau d’effroi
Du cri de sa gorge.

(Pierre Morhange)


Illustration

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