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Poésie

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Sans goût pour la poussière du monde (Natsumi Sôzeki)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2018



Illustration: Natsumi Sôzeki
    
Sans goût pour la poussière du monde ou le bosquet d’ermite,
J’ai cette chambre vide et propre, qui me connaît en amie.

Au toucher d’un caillou, j’imite ce que pense un nuage;
Devant un prunier en pot, je vois ce que ressent la mousse.

Crins d’une queue-de-cerf, jouxtant la table vermillon;
Mots à têtes de mouches, qu’ombre l’écritoire pourprin.

C’est dans ce calme-là qu’est mon affaire, boire le thé,
Charger les chauds rayons d’éclairer mon labeur poétique.

(Natsumi Sôzeki)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Alain-Louis Cola
Editions: Le bruit du Temps

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Les corbeaux (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Les corbeaux

Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus,
Les longs angélus se sont tus…
Sur la nature défleurie
Faites s’abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.

Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous !

Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d’avant-hier,
Tournoyez, n’est-ce pas, l’hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
Ô notre funèbre oiseau noir !

Mais, saints du ciel, en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu’au fond du bois enchaîne,
Dans l’herbe d’où l’on ne peut fuir,
La défaite sans avenir.

(Arthur Rimbaud)

 

Recueil: Rimbaud Cros Corbière Lautréamont Oeuvres Poétiques complètes
Traduction:
Editions: Robert Laffont

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Le cheval du destin (Norge)(Georges Mogin)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2018




    
Le cheval du destin

entre par la fenêtre
une flèche au poitrail,
un lys entre les dents

Il pose son sabot sur nos froides pelouses
Il frappe de ses crins la flore d’aujourd’hui
Il salue, il salue le meilleur de nous tous,
assis sur un morceau de feu.

(Norge)(Georges Mogin)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Seghers

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LA VACHE AU TAUREAU (Maurice Rollinat)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



Illustration: Louis Flahaut

    

LA VACHE AU TAUREAU

À l’aube, à l’heure exquise où l’âme du sureau
Baise au bord des marais la tristesse du saule,
Jeanne, pieds et bras nus, l’aiguillon sur l’épaule,
Conduit par le chemin sa génisse au taureau.

Compagnonnage errant de placides femelles,
Plantureuses Vénus de l’animalité,
Qui, dans un nonchaloir plein de bonne santé,
S’en vont à pas égaux comme deux sœurs jumelles.

Si le pis est pesant, les seins sont aussi lourds,
L’une a les cheveux drus, l’autre les crins opaques,
Et leurs yeux sont pareils à ces petites flaques
Où la lune projette un rayon de velours.

Aussi, rocs et buissons, les chênes et les chaumes
Semblent leur dire, émus de cette humble union,
Qu’en ce jour c’est la fête et la communion
Des formes, des clartés, des bruits et des arômes.

(Maurice Rollinat)

 

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SIX TERCETS (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



 

Edgar Degas

SIX TERCETS
À Degas.

Les cheveux plantureux et blonds, bourrés de crin,
Se redressent altiers : deux touffes latérales
Se collent sur le front en moqueuses spirales.

Aigues-marines, dans le transparent écrin
Des paupières, les yeux qu’un clair fluide baigne
Ont un voluptueux regard qui me dédaigne.

Tout me nargue : les fins sourcils, arcs indomptés,
Le nez au flair savant, la langue purpurine
Qui s’allonge jusqu’à chatouiller la narine,

Et le menton pointu, signe des volontés
Implacables, et puis cette irritante mouche
Sise au-dessous du nez et tous près de la bouche.

Mais, au bout du menton rose où vient se poser
Un doigt mignon, dans cette attitude songeuse,
Enigmatiquement la fossette se creuse.

Je prends, à la faveur de ce calme, un baiser
Sur les flocons dont la nuque fine est couverte,
En prix de ce croquis rimé d’après vous, Berthe.

(Charles Cros)

Illustration: Edgar Degas

 

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NOCTURNE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration
    
NOCTURNE

le vent plus sûr de nous que nous ne sommes
s’empara du trône de minuit

déjà l’écume avait franchi d’attendre
ébouriffés ses cheveux jubilaient

sachant souffrir le cri des grands lointains
même un brin d’herbe avait sa tâche

entre nous deux s’éboulaient tous les mots
si vif est le silence des yeux clairs qui nous lavent

tu rêvais de marcher sur les eaux
elles s’étaient portées garantes

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Lors, que ne ferait l’étreinte de mes bras ? (Michel-Ange)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Comme s’éjouit, en liesse, bien tressée
de fleurs, sur le crin d’or d’une, la guirlande,
l’une à l’envi en avant pressant l’autre
pour être la première à baiser son front !

Bien heureuse est tout le jour cette robe
qui étreint son sein, puis semble s’épandre,
et cet or, que l’on appelle or filé,
ses joues et son col se plait à effleurer.

Plus joyeux encor ce ruban qui semble
jouir de sa pointe d’or, de manière
à presser et toucher le sein qu’il enlace.

Et la simple ceinture qui l’entoure
semble se dire : ici je veux serrer toujours.
Lors, que ne ferait l’étreinte de mes bras ?

***

Quanto si gode, lieta e ben contesta
di fior sopr’ a’ crin d’or d’una, grillanda,
che l’altro inanzi l’uno all’altro manda,
come ch’il primo sia a baciar la testa !

Contenta è tutto i1 giorno quella vesta
che serra ‘1 petto e poi par che si spanda,
e quel c’oro filato si domanda
le guanci’e ‘1 collo di toccar non resta.

Ma più lieto quel nastro par che goda,
dorato in punta, con si fatte tempre
the preme e tocca i1 petto ch’egli allaccia.

E la schietta cintura che s’annoda
Ti par dir seco : qui vo’ stringer sempre.
Or che farebbon dunche le mie braccia ?

(Michel-Ange)

Illustration: Guillaume Seignac

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Puisque tout ce qui est de vie se relie (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2017



    

Puisque tout ce qui est de vie
Se relie,
Nous nous soumettrons
À la marée qui emporte la lune,
A la lune qui ramène la marée,
Aux disparus sans qui nous ne serions pas,
Aux survivants sans qui nous ne serions pas,
Aux appels répétés qui diminuent,
Aux cris muets qui continuent,
Aux regards figés par les frayeurs
Au bout desquelles un chant d’enfant revient,
A ce qui revient et ne s’en va plus,
À ce qui revient et se fond dans le noir,
À chaque étoile perdue dans la nuit,
À chaque larme séchée dans la nuit,
À chaque nuit d’une vie,
À chaque minute
D’une unique nuit,
Où se réunit
Tout ce qui se relie
À la vie privée d’oubli,
À la mort abolie.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Lunes en détresse (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Lunes en détresse

Vous voyez, la Lune chevauche
Les nuages noirs à tous crins,
Cependant que le vent embouche
Ses trente-six mille buccins!

Adieu, petits coeurs benjamins
Choyés comme Jésus en crèche,
Qui vous vantiez d’être orphelins
Pour avoir toute la brioche!

Partez dans le vent qui se fâche,
Sous la Lune sans lendemains,
Cherchez la pâtée et la niche
Et les douceurs d’un traversin.

Et vous, nuages à tous crins,
Rentrez ces profils de reproche,
C’est les trente-six mille buccins
Du vent qui m’ont rendu tout lâche.

D’autant que je ne suis pas riche,
Et que Ses yeux dans leurs écrins
Ont déjà fait de fortes brèches
Dans mon patrimoine enfantin.

Partez, partez, jusqu’au matin!
Ou, si ma misère vous touche,
Eh bien, cachez aux traversins
Vos têtes, naïves autruches,

Éternelles, chères embûches
Où la Chimère encor trébuche!

(Jules Laforgue)

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Le gant de crin (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2016



Le gant de crin

Je ne suis pas, au surplus, à la recherche d’une forme quelconque.
Je n’en connais pas qu’il me plairait de revêtir.
Si j’en connaissais une toute prête,
je n’aurais même pas le courage de tenter le moindre effort pour l’atteindre.

Le poète doit chercher, partout et en lui-même, la vraie substance poétique,
et c’est cette substance qui lui impose la seule forme qui lui soit nécessaire.
Mais, ce qui m’absorbe plus que tout autre détail du problème,
c’est cette identité de la destinée poétique et de la destinée humaine.

Cette marche incertaine et précaire sur le vide, aspiré par en haut, attiré par en bas,
avec l’effroi à peine contenu d’une chute sans nom
et l’espoir toujours mal chevillé d’une fin ou d’un éternel commencement
dans l’éblouissement sans tourbillon de la lumière.

(Pierre Reverdy)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

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