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Les autres mettent des semaines et des mois (Albert Cohen)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2016



Les autres mettent des semaines et des mois
pour arriver à aimer, et à aimer peu,
et il leur faut des entretiens
et des goûts communs
et des cristallisations.

moi, ce fut le temps
d’un battement de paupières.

Dites-moi fou, mais croyez-moi.
Un battement de ses paupières,

et elle me regarda sans me voir,
et ce fut la gloire et le printemps
et le soleil et la mer tiède
et sa transparence près du rivage
et ma jeunesse revenue,

et le monde était né.

(Albert Cohen)

 

 

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LA BLANCHE SOLITUDE (Leopoldo Lugones)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016



Christian Schloe nuit 317418c [800x600]

LA BLANCHE SOLITUDE

Sous le calme du sommeil,
Calme lunaire de lumineuse soie,
La nuit
Comme si elle était
le corps tendre du silence
Doucement s’étend dans l’immensité,
Et déroule
sa chevelure
en un prodigieux feuillage
de peupliers.

Rien ne vit sinon l’oeil
De l’horloge dans la tour sombre
Creusant vainement l’infini
Comme un trou ouvert dans le sable.
L’infini
Roulant dans les engrenages
des horloges,
comme un char qui n’arrive jamais.

La lune creuse un abîme blanc
De quiétude, et dans cette fosse
Les choses sont des cadavres
Et les ombres vivent comme des idées.
Et l’on s’étonne de sentir dans cette blancheur
La mort si proche
De ce monde si beau
Pénétré par l’ancienneté de la pleine lune.
Et le désir triste d’être aimé
Agite le coeur douloureux.

Il y a une ville dans l’air
Une ville suspendue presque invisible
Dont les contours vagues
Transparaissent dans la nuit claire
En cristallisation polyédrique
Comme les rayures en filigrane sur le papier;
Une ville si lointaine
que sa présence absurde inquiète.
Est-ce une ville ou un navire
A bord duquel nous abandonnons la terre
Silencieux et heureux,
Et dans une telle pureté
Que nos âmes seules
Survivent dans la blancheur de la lune pleine ?

Et soudain un vague frémissement
Trouble la lumière sereine.
Les lignes s’évanouissent
L’immensité se change en pierre blanche,
Et seule demeure dans la nuit funeste
La certitude de ton absence.

(Leopoldo Lugones)

Illustration: Christian Schloe 

 

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