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Posts Tagged ‘cristaux’

LES YEUX (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



 

Harding Meyer   1964 - Brazilian Portrait painter -   (3) [1280x768]

LES YEUX

Bleus entre le ciel et le bleu de nos eaux
Bleus à notre niveau
Bleus ouverts par les femmes

Bleus à la façon humaine
Bleus joyaux du règne de l’homme
Bleus pour la joie bleus pour la peine

Aussi cristaux des hautes altitudes
Les yeux ces eaux qui pulvérisent l’or
Pierres enfouies des chercheurs de trésors

Regards de la surface regards des profondeurs
Pierres de la mer de la terre et des astres
Pierres donnant aux mondes leurs couleurs

Pierres pour tailler les pierres de lumière
Pierres qui rient pierres qui souffrent
Pierres venant du ciel pierres venant du gouffre

Gris voilés comme nos vies
Comme nos ciels comme nos eaux
Gris de miroirs gris de mélancolie
Gris prometteurs d’azur
Yeux couverts gris d’aurores
Gris de seuils de rosée
Gris de la poussière des choses aimées

Miroirs au tain de fleurs
De larmes d’amour de peur
Miroirs au tain de présence
D’étoiles de jour d’absence

Mais que soient noirs les yeux que j’aime
Comme une seule longue nuit
Progressant par marées noirs de profondeurs noirs d’éclat
Noirs à jamais sans lendemain
Noirs de ne vivre que de ma vie secrète
Noirs de centre autour duquel gravite la lumière
Noirs de sources avant la métamorphose noirs de flammes captives

Noirs de feu intérieur noirs de lucidité
Noirs de plonger en moi d’être moi mieux que moi
De ne répondre a rien qu’a l’inconnu
Noirs de donneurs de rêves et de berceuses
De choses vierges et de visiteurs nocturnes
Noirs de présences latentes noirs de présences éclatantes
Noirs de centre unifiant mes désirs
Noirs de beautés cachées de vérités perdues
Noirs de cils noirs de miroirs parfaits de chasseurs de lumière
Noirs noyaux pour vaincre l’enfer
Noirs pour remonter dans leurs regards sur terre
Noirs d’ombres libérées de leur piquet de feu

Noirs de grottes sacrées
Que les captifs ont creusées pour retrouver le jour
Noirs d’ailes attendant pour porter leurs présages

Noirs d’arbres ouverts
Un hibou dans le coeur
Noirs d’hirondelles en exil au pays des splendeurs
Noirs de licences supprimées
Noirs de chambres condamnées
Noirs d’énigmes suspendues
Comme les bêtes des vieux temples
Noirs de prophéties qui régissent ma vie

Noirs de monts noirs dormant sur mes trésors
Noirs de mines que sonde la lampe que je cherche
Noirs d’ouvriers aveugles travaillant sans relâche
A cacher les secrets que je dois découvrir

Noirs de mes raisons inconnaissables de vivre

Noirs de me contenir

(Ernest Delève)

Illustration: Harding Meyer

 

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Dans le Temps (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018



 

Au temps des innombrables suites
du roi Soleil
il avait gelé
une nuit sur la terre
l’homme après boire
avait essuyé sa moustache blonde
et la femme un peu regardé
les cristaux du givre
les siècles futurs attendaient
longue armée
au sommet des monts.

(Jean Follain)

 

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Si mon amour pouvait franchir le soi désert (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Je les vois maintenant à travers un vide
Plus large, plus profond que le temps et l’espace.
Tout ce que j’ai fini par être
Sépare mon coeur et la rose,
La flamme, l’oiseau, le brin d’herbe.
Les fleurs sont voilées ;
Dans un univers d’ombres, les apparences
Passent sur une grande toile vide
Où l’image vacille, disparaît,
Où rien n’existe, et tout n’est que semblant.
Mais toujours l’esprit, désireux d’aller plus avant,
Les a suivies, tandis qu’elles s’éloignaient
Au fond de leurs espaces intérieurs,
Il arrachait les pétales des fleurs, les ailes des mouches,
Pourchassait le coeur au scalpel,
Disséminait sous une loupe la poussière de la vie ;
Mais les plus inaccessibles, étranges
Écailles iridescentes, cellules, fuseaux, chromosomes,
Simplement toujours sont :
Avec la grêle, les cristaux de neige, les montagnes, les étoiles,
Le renard au crépuscule, les éclairs, les moucherons dans l’air du soir
Tous partagent le mystère de la nature,
Proclament JE suis, et demeurent sans nom.

Parfois, de très loin,
Les créatures me font signe :
Une violette sourit au bord pâle de l’obscurité,
Une goutte de pluie suspendue au toit m’appelle,
Et un jour, dans l’herbe haute humide,
Un jeune oiseau m’a regardée.
Leur être est digne d’amour, est amour ;
Et si mon amour pouvait franchir le soi désert
Qui sépare tout ce que je suis et tout ce qui est,
Elles sauraient pardonner et bénir.

***

I see them now across a void
Wider and deeper than time and space.
All that I have come to be
Lies between my heart and the rose,
The flame, the bird, the blade of grass.
The flowers are veiled;
And in a shadow-world, appearances
Pass across a great toile vide
Where the image flickers, vanishes,
Where nothing is, but only seems.
But still the mind, curious to pursue
Long followed them, as they withdrew
Deep within their inner distances,
Pulled the petals from flowers, the wings from flies,
Hunted the heart with a dissecting-knife
And scattered under a lens the dust of life;
But the remoter, stranger
Scales iridescent, cells, spindles, chromosomes,
Still merely are:
With hail, snow-crystals, mountains, stars,
Fox in the dusk, lightning, gnats in the evening air
They share the natural mystery,
Proclaim I AM, and remain nameless.

Sometimes from far away
They sign to me;
A violet smiles from the dim verge of darkness,
A raindrop hangs beckoning on the eaves,
And once, in long wet grass,
A young bird looked at me.
Their being is lovely, is love;
And if my love could cross the desert self
That lies between all that I am and all that is,
They would forgive and bless.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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SOUFRE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



SOUFRE

Enfant du feu surgi aux évents de la terre.
Soleil froid des fournaises. En toi se lit encore
la geste des cratères où la terre mua
ses laves en cristaux fauves : ton destin.

(Jacques Lacarrière)


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FLUORINE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



FLUORINE

Presque tendre, malgré le heaume de tes cristaux.
Là où le jour fusionne au creuset des calcites,
où la couleur hésite, verte ou bleue, comme
eau dure où s’abîme une mémoire fragile.

(Jacques Lacarrière)

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GÉODE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



GÉODE

poing fermé de la terre retenant
en sa paume l’oiseau blanc des cristaux.

(Jacques Lacarrière)

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JASPE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



JASPE

Toi, jailli de l’igné aux vasques des volcans,
dans le froid des cristaux tu as mêlé les règnes.
Et tu es devenu armure des forêts,
gangue irisée des sèves où, gisante,
tu captas la mémoire des arbres.

(Jacques Lacarrière)

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La Réalité (Frédéric Kiesel)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



– Je suis un homme positif, me dit mon compagnon de voyage.
Je ne rêve pas. Je ne m’intéresse qu’au réel, les mathématiques, la chimie.
Désignant le revêtement de la banquette, il continue :
– Ceci est du plastique. Il vient du pétrole. Il a une formule chimique.

Il fait chaud. Le bruit régulier du chemin de fer m’a-t-il endormi ?
Je touche l’aluminium de la poignée de porte, il devient une multitude de cristaux étincelants
géométriquement emboîtés les uns dans les autres.
Je ne m’étonne pas.
La vitre effleurée se transforme en sable brillant d’éclats de silex,
tout le compartiment est traversé par le désert, les yeux me piquent : le vent se lève,
il apporte le galop bizarre des chameaux, les cris des Bédouins.
Je m’accroche à la banquette, un instant elle est poisseuse de pétrole
qui se métamorphose en une forêt vieille de millénaires, qui ressuscite,
sent le feuillage sous le soleil,
grandit, grandit, remplit le désert où les Bédouins se sont évanouis.
– Nous sommes arrivés me dit mon compagnon de voyage.
Il ne sait pas que j’ai vu la réalité.

(Frédéric Kiesel)

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TOURMALINE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018



TOURMALINE

Bleue, verte, or, rose et noire,
arc-en-ciel des nuits d’antan prises en tes prismes.
Saisons saisies. Un jour d’éternité en tes cristaux.
Un instant d’ère en tes iris.

(Jacques Lacarrière)

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PYRITE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



PYRITE

Foudre morte. Or du feu dans le soufre du fer.
Jeu des cubes initiés aux patiences du temps.
Arêtes vives où le désir s’ébrèche. Où la mémoire
brûle encore dans l’étincelle des cristaux.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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