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Poésie

Posts Tagged ‘croc’

Silencieux, invisible immense (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Illustration: Francisco Goya
    
Silencieux, invisible
immense, un mufle
avant de le happer
flaire l’homme
que l’on voit renifler
bruyamment
l’odeur de ses proies
qui reniflent l’odeur
des leurs
qui…

Ainsi de suite
jusqu’au souffle
où toutes proies
vivant de proies
meurent
sous les crocs
d’on ne sait qui

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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Est-il étoile plus ouverte que le terme coquelicot ? (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Crachent-ils fumée, feu, vapeur
les trois o des locomotives ?

Dans quel parler tombe la pluie
sur les villes de la douleur ?

Quelles syllabes harmonieuses
le vent marin répète à l’aube ?

Est-il étoile plus ouverte
que le terme coquelicot ?

Est-il deux crocs plus affilés
que les syllabes de chacal ?

(Pablo Neruda)


Illustration: ArbreaPhotos

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Masqué (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




    
Masqué

La forêt grogne
assiège la maison.

Pour t’affoler, enfant,
ton chien s’est déguisé en loup,
il porte un masque
des gants de fer
mais sous ses gants
les griffes crissent
et sous le masque
les crocs luisent de vraie fureur.

Et le voici dehors, qui laboure le seuil,
mord le vent,
hurle à la lune.

Sois vigilant,
ferme la porte,
pousse bien le verrou,
garde ta main du père.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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D’AUTRES TIGRES (Eduardo Lizalde)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



tigre- -sommeil-bengale

 

D’AUTRES TIGRES

Le tigre dort avec un œil sur le chat
un autre sur les crocs, avec les écluses
de l’ouïe ouvertes, dans la forêt ou à la maison,
au Jardin des Plantes parisien,
ou dans le Bestiaire de Chapultepec.
Et dans tous ces territoires ennemis,
chambres rondes ou campagnes, prisons
sombres, il y a un silence mortel à l’occasion.
Nous entendons, nous écoutons, que percevons-nous ?
Il n’y a pas de vent, personne ne nous dit mot,
silencieux est l’appareil de son,
la pluie ne tambourine pas, les insectes n’étourdissent pas,
la nuit, ne craquent pas
les meubles plaintifs d’habitude,
qui retrouvent endormis leurs meurtrissures oubliées.
Mais nous essayons toujours d’entendre quelque chose,
car il n’y a pas de zéro absolu dans notre acoustique
et quelque vieux râle, tout au fond,
se perçoit dans ce puits de surdité.

C’est la rumeur du monde, l’inaudible fracas chaud
de ce qui est vivant,
le bruit vague que nous faisons en vivant,
d’ici à la pause aveugle,
sèche et finale de ce si bref
concert d’existence que nous donnons

(Eduardo Lizalde)

 

 

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Les ronces m’ont déchiré (Clause Esteban)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018




Les ronces m’ont déchiré, le gel
a crevassé mon âme

et j’ai dit que cette lande était maudite,
mauvaise et sans espoir

maintenant je sais
qu’il est un lieu où les contraires
se répondent

que le feu peut dormir dans une pierre ou
traverser le croc d’un serpent

mes amis, je vous avais
perdus comme tant d’autres choses
dans mon rêve

voilà que nous nous retrouvons, souriants
sur le seuil du monde, presque guéris.

(Clause Esteban)

Illustration: Filippo Vitale

Poème découvert chez Lara ici

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Bien au chaud (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



Bien au chaud, le chat derrière la vitre
guette un pigeon qui dehors fait le beau
Le danger viendra de l’espace libre
où ne brillera ni regard ni croc

Que dans nos dos soient fermées les fenêtres
si nous risquons l’amour sur les façades
oiseaux roucouleurs et poètes
gibier de ciel et d’embuscade…

(Robert Mallet)

Illustration

 

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Nature morte (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2016



Nature morte

Bougies avec les bougies, scintillances avec les scintillances,
lueurs avec les lueurs.

Et ici en dessous, ceci : un œil,
dépareillé et clos,
frangeant de cils le Tard qu’on voyait poindre
sans être le soir.

Devant, le Non-connu, dont tu es l’hôte ici :
le chardon sans lumière
dont l’Obscur fait cadeau aux siens,
depuis le Lointain,
pour demeurer inoublié.

Et puis encore, ceci, porté disparu dans le Sourd :
la bouche,
pétrifiée et les crocs refermés sur des pierres,
hélée par la mer
qui toutes les années roule vers le haut ses glaces.

(Paul Celan)

Illustration: Salvador Dali

 

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Chatterie (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



Marcel Nino Pajot _500

Chatterie

Je la vis seule, aux derniers rangs assise ;
Des feux du lustre éclairée à demi,
Elle courbait, comme un chat endormi,
Son dos frileux, sous sa fourrure grise.

Sa main mignarde, aux gestes ambigus,
Dans un gant paille avait rentré ses griffes ;
Ses longs yeux verts, comme deux escogriffes,
Dévotement fermaient leurs cils aigus.

À peine, au bord de ses lèvres félines,
Passait le bout des petits crocs d’émail,
Et son nez mince, au rose soupirail,
D’un souffle frais baignait ses barbes fines.

Soudain la belle (un homme était entré)
Sembla frémir sous ses noires dentelles,
Et j’entendis comme un bruit d’étincelles
Qui s’échappait de son jupon moiré !…

(Louis Bouilhet)

Illustration: Marcel Nino Pajot

 

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En chemin (Léon Dierx)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2016



 

Euan MacLeod

En chemin

Les dieux sont muets, et la vie est triste.
Pour nous mordre au cœur, les crocs hérissés,
Un noir lévrier nous suit à la piste.
Sur les fronts pâlis, sous les yeux baissés,
Dans les carrefours que la foule obstrue,
Parmi les chansons, les bruits de la rue,
Dans les yeux éteints, sur les fronts penchés,
Je cherche et je trouve une angoisse affreuse,
Un doute, un souci vainement cachés,
Un vieux souvenir qui monte et qui creuse ;
Et je vais ainsi, trésorier des pleurs,
En chemin quêtant soupirs et douleurs.
Ô passants ! vous tous qu’un regret harcèle,
Que ronge un tourment, remords ou désir,
Vous que brûle encor la chaude étincelle
Du songe enflammé qu’on n’a pu saisir ;
Le destin commun avec vous m’emmène :
Inconnus, salut dans la vie humaine !
Vous tous qui passez près de moi sans fin,
Inquiets, furtifs, le long des murailles,
Ames, cœurs, esprits, corps, emplis de faim,
Quel que soit le mal qui tord vos entrailles,
Vous versez en moi, trésorier du fiel,
Un regard profond, dédaigné du ciel.
Au nom du poète ivre d’amertumes,
Confident discret qui de 1′oei1 vous suit ;
Au nom du passé perdu dans les brumes ;
Au nom du silence ! au nom de la nuit !
Dans la vie humaine où je vous salue,
Au nom de tout rêve en qui l’ombre afflue,
Au nom de demain, au nom de toujours,
Je dis à chacun d’entre vous qui passe :
« Au revoir, ailleurs, plus loin, dans l’espace,
Sous un ciel muet peuplé de dieux sourds ! »

(Léon Dierx)

Illustration: Euan MacLeod

 

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L’ ABC de la récitante (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2015



 

Audrey Kawasaki nni1 [1280x768]

L’ ABC de la récitante

Je compte sur mes yeux un et deux dira-t-elle
Pour voir ce que doit voir l’affalée que je suis
Couchée et nue et chaude au pied du haut miroir
Et mouillée comme un nouveau-né je me pourlèche

Je compte sur mes doigts un deux trois dira-t-elle
La multiplication de mes soupirs profonds
Le sac de mes désirs s’entrouvre sur le lit
Et j’ai le plein soleil dedans avec mon rouge

Je compte sur mon sexe et mes fesses pour tendre
Un piège au plus prudent et à la plus prudente
J’ai du goût pour chacun mais je me tiens en moi
Tapie comme l’alcool dans la main d’un ivrogne

Mes aspects sont variés j’ai des poils j’ai des plumes
Et l’écorce d’un arbre augmente ma peau brune
J’ai de la terre au creux de ma faim je me love
Comme un fleuve sans eau où les baigneurs se noient

Mes talents sont nombreux je sais signer la bête
Et m’alléger d’aurore tout comme une alouette
Je sais faire pleurer les plus indifférents
Et rire bêtement ceux qui se croient malins

J’ai des griffes des crocs j’ai des lèvres d’écaille
Et des lèvres de soie et de miel et de glu
Pour enrober l’azur et sa salive fade
Ma langue sur les bords de la chair se dévoue

Je caresse mes fruits débordants de science
Qui donc pourrai régner hors de mon cœur total
Je sais tout et j’apprends à oublier je tresse
Une énorme couronne à mon ventre à mon sang.

(Paul Eluard)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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