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Poésie

Posts Tagged ‘croire’

L’identité obscure (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020



L’identité obscure

C’est comme un feu mais sans feu, sans futur ni passé,
le corps est si léger qu’il semble flotter sur les
heures arrêtées, dans l’étincellement du matin,
je l’appelle le présent, ce feu, il est partout,
il est insaisissable, la main se tend, ne touche
qu’un vide qui lui ressemble, une sorte d’ombre claire,
l’envers des choses qui s’effacent et qui jaillissent,
dessinent sur les yeux le leurre de leur présence,
je sais qu’elles ne sont pas et pourtant je prononce
leur nom, ce souffle d’air qui les fait durer un peu
le temps de croire que plus que moi elles demeurent
peuplant l’espace que je traverse et que je laisse,
table, dis-je, voilier, pins, genoux, eucalyptus …

(Jacques Ancet)


Illustration

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THALIARQUE (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



Eugène Begarat JEUNE FILLE EN ROUGE [800x600]

THALIARQUE

Ne crains pas de puiser aux réduits du cellier
Le vin scellé quatre ans dans l’amphore rustique ;
Laisse aux Dieux d’apaiser la mer et l’orme antique,
Thaliarque ! Qu’un beau feu s’égaye en ton foyer !

Pour toi, mets à profit la vieillesse tardive :
Il est plus d’une rose aux buissons du chemin.
Cueille ton jour fleuri sans croire au lendemain ;
Prends en souci l’amour et l’heure fugitive.

Les entretiens sont doux sous le portique ami ;
Dans les bois où Phoebé glisse ses lueurs pures,
Il est doux d’effleurer les flottantes ceintures
Et de baiser des mains rebelles à demi.

(Leconte de Lisle)

Illustration: Eugène Begarat 

 

 

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Le temps n’est pas un lit (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020




    
Le temps n’est pas un lit, ni la terre un sommeil
l’arbre de l’amour est nu
le lieu qu’il a choisi est sans voile

Crois-tu que la nuit a réveillé ses rêves
et qu’ils courent maintenant sur le chemin
du soleil ?

Je crois
que ces soleils qui bâillent
dans le ciel de l’amour
ne sont que blessures sur le corps de la terre

Je chanterai pour ce lieu lumineux
avec les restes des amants qui m’ont précédé.
L’existence n’est qu’un espace voué au chant.

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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LA VIE ME RACONTE UNE HISTOIRE (Louis Miller)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Euan Macleod
    
LA VIE ME RACONTE UNE HISTOIRE

La vie me raconte une histoire
Genèse et Dieu, naissance et devenir,
La vie me raconte une histoire
J’écoute, je crois et j’admire.

La vie me raconte une histoire
De péché, d’amour et de châtiment,
Et parfois la vie me raconte
Une histoire sans dénouement.

Alors, triste, je vagabonde,
Sans trouver sommeil ni repos,
Inventant moi-même à l’histoire
Un dénouement heureux et beau.

(Louis Miller)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Prépare-toi (Guy Bellay)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020



Prépare-toi : tu ne seras pas couvert du bon côté.
Les monstres se reconnaissent le temps venu à l’absence d’ombre sur leurs visages.
Comment pouvait-on n’y pas croire ?
Ils sont surprenants de taille, de logique
comme des bâtons réfractés qui n’en finissent pas de sortir de l’eau.
Ce sont tes dissemblables. Ils inscrivent leurs lois sur des feuilles de réquisition.
Ils s’applaudissent par millions.
Ils simplifient la vie.

(Guy Bellay)

Illustration: John Henry Fuseli

 

 

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Lorsque reviendra le printemps (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019




    
Lorsque reviendra le printemps
peut-être ne me trouvera-t-il plus en ce monde.
J’aimerais maintenant pouvoir croire que le printemps est un être humain
afin de pouvoir supposer qu’il pleurerait
en voyant qu’il a perdu son unique ami.
Mais le printemps n’est même pas une chose : c’est une façon de parler.
Ni les fleurs ne reviennent, ni les feuilles vertes.
Il y a de nouvelles fleurs, de nouvelles feuilles vertes.
Il y a d’autres jours suaves.
Rien ne revient, rien ne se répète, parce que tout est réel.

***

Quando tornar a vir a Primavera
Talvez já não me encontre no mundo.
Gostava agora de poder julgar que a Primavera é gente
Para poder supor que ela choraria,
Vendo que perdera o seu único amigo.
Mas a Primavera nem sequer é uma coisa:
É uma maneira de dizer.
Nem mesmo as flores tornam, ou as folhas verdes.
Há novas flores, novas folhas verdes.
Há outros dias suaves.
Nada torna, nada se repete, porque tudo é real.

(Fernando Pessoa)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le Gardeur de troupeaux
Traduction: Armand Guibert
Editions: Gallimard

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Tremblant trouvère (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Tremblant trouvère

Je pense à tes yeux qui trouent les nuages
Je pense à ton visage
N’oublie pas petite
Que les nuits et les jours sont mariés à jamais

Je pense à la marraine du vent
Qui a jeté sa coiffe au fond des mares noires
Je pense à tes yeux
Je pense à ton corps à sa soif d’orage à sa soif d’eau pure
Crois-moi petite les jours et les nuits
Ont même visage aux cendres de l’amour

N’oublie pas
N’oublie pas petite que l’amour est un fruit
Pour tant de mains tremblant dans le feuillage du soir
Je pense à tes seins qu’un sanglot gonfle encore
Je pense à tes yeux qui se ferment lentement

Crois-moi petite
Et n’oublie pas que l’amour vient vite
Et n’oublie pas ces nuits qui ne sont pas venues
Et n’oublie pas ces joies passées on ne sait où
Et n’oublie pas que l’amour s’en va vite

(Robert Momeux)

Illustration: Francine Van Hove

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ANGOISSE (Kadia Molodowski)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2019



Illustration: Mako Moya
    
ANGOISSE

Ma plume tremblante
Et ma main de glace,
Un bout de papier,
Bougie clignotante,
Ombre qui nuage
Par-dessus ma main,
Et c’est un cercle et ce cercle prend fin.
Mais dans cet abîme
Où je suis assise
Passe en frémissant
Ainsi qu’un éclair
Ce visage en moi toujours qui me point.
Et l’angoisse
Flotte sur moi comme une écharpe,
Recouvre ma tête,
Le bout de papier,
Le vin de la vie
Et la lueur de la bougie
Et le malheur de la clarté.
Dans l’ombre ma table
Qui vient et qui va
Saoule se balance
Par-ci et par-là,
Chaque planche à part
Fendue et taillée,
Assurément c’est pour rire
Que je suis assise à présent
Croyant que j’écris
Et croyant que c’est un chant.

(Kadia Molodowski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES LIÈVRES ET LE VENT (Isaac de Benserade)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2019



Illustration: Nicole Clouin
    
LES LIÈVRES ET LE VENT

Le vent faisait du bruit dans une forêt noire,
Les lièvres eurent peur, nul ne les poursuivant.
« Je crois, dit l’un d’entre eux, que ce n’est que le vent,
Mais nous aurons toujours de la peine à le croire. »

(Isaac de Benserade)

 

Recueil: Le rire en poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le pays de verre (Marcel Béalu)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019



Illustration: Polina Ntalampira
    
Le pays de verre

J’habite un pays peuplé de vivants
Dans ses clairs vallons de lacs et de cygnes
Nul ne vint jamais semeur de blasphèmes
Et même la nuit ne descendra plus
Cerner de broussailles l’eau des fontaines
Où se rassemblaient mes filles d’enfance
Pour festonner d’argent un coeur de sable
Le jour traverse les murs de cristal
Des rues sans nom de ce pays sans nom
Et celles qui sont à présent mes filles
Portent dans leur paume un coeur qui palpite
Comme un pigeon rouge au retour des îles
Mais je ne vous dirai pas nos amours
Car vous n’en pourriez croire vos oreilles.

(Marcel Béalu)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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