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T’en souviens-tu, Sarah ? (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



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T’en souviens-tu, Sarah ?
La mort s’est abattue sur toi et sur les hommes.
Plus pressée que d’habitude. Cette mort-là n’est pas celle que nos sages
nous ont appris à respecter et à aimer.
Mort engendrée par la haine.

T’en souviens-tu, Sarah ?
En ce temps-là – temps de misère et de guerre – des millions d’hommes étaient partis
en croisade contre le nez, la bouche ; contre le front et l’âme d’une fraction de leurs
semblables dont les poitrines se rétrécissaient, dont les paumes avaient glissé le long des hanches.

Sarah, t’en souviens-tu ?
En ce temps-là – ceci se passait à l’intérieur de la parole donnée, glorifiée, répandue –
l’adolescent avait vu père et mère pris au piège, devenir le centre foisonnant d’une rafle,
le fardeau d’une rose humiliée et disparaître avec son parfum…

En ce temps-là, en ce temps-là – Sarah, t’en souviens-tu ? –
le crachat du conquérant, dans la nuit, rivalisait d’éclat avec l’étoile étirée
et le monde voguait sans mât (…)

(Edmond Jabès)

 

 

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LES CROISADES (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2018



Illustration
    
LES CROISADES

Amour
Plus fort que notre amour
Plus fort que la chaleur
Qui remue sous la table
Je pars
Et rien n’est bleu comme cette ombre nue

Femme
Tu m’attendras
Chaque moment chaque heure
Me rapproche de toi
Et tu ne comprends pas

Dieu parie sans les oliviers
Le sang
Les ronces sur le coeur m’appellent
Et ce corps douloureux que baigne l’horizon

Femme plus douce que raison
Plus fidèle que la pluie
Je pars
Et c’est ainsi que tu m’attends
Bras, rose attentive à l’orée des saisons

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Démâté de tous mâts (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Démâté de tous mâts, le navire écoute le vent désormais inutile.
La
Tape de la balle est rapide qui frappe le guerrier, rapide et décisive.
Après, tout change.

Attente.
Attente démesurément longue.
Non, la soif ne fait pas lever la brise, il n’y faut pas compter.

En cette époque la disette gagna partout.
Les figures étaient contractées.
Le pain devint terreux.
Une pomme trouvée dans la terre était plus entourée qu’un proche parent.

En cette époque, la faim entra, la nourriture partit : partit pour servir sous le drapeau.
Le blé faisait du charbon, le lait nourrissait le canon.

Dans cette énormité mécanique, l’homme subalterne passait, essayant de ne pas se faire remarquer.

La quatrième croisade rapporta la lèpre, et toi, croisade pétaradante, que nous rapporteras-tu?

(Henri Michaux)

Illustration: Henri Bureau

 

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Où êtes-vous? (Monique Mesplé-Lassalle)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



Où êtes-vous?

J’écris d’un lieu gravé au mitan de mon ventre.
Une croisée de vies en croisade de vide.
C’est un lieu de silence et de foisonnements.
Ceux des voix entendues, des regards, des absences, des désirs,
des blessures, des attentes et des fulgurances.
De la vie en bataille, du sang qui pulse et danse,
de mes yeux assoiffés qui mangent la lumière.
Et des questions. Et des ébauches de réponses.

Où que j’aille, où que j’erre,
de Pointe-à-Pitre à Port-au-Prince, de l’île Maurice au désert bleu,
des flamboyants à la poussière, de mon image à moi, de moi à mon image,
il n’y a de vrai que ce lieu.
Un poème imparfait aux vers crépusculaires.

On n’écrit jamais que de soi.
Le reste n’est qu’apparence, enrobage de la peur, épiderme du vide.
Comme la lame de mon assertion.

Je n’ai plus de pays couleur de certitude.
J’emporte mes frontières dans le creux de mes hanches et la voix des aimés.
Ai-je jamais su dire à quel point je les aime
ceux qui sont mes villages, mes rues et mes châteaux?
Le mot n’est pas crédible, il ne sait qu’effleurer.
Un miracle parfois a goût de faribole.
Et je ne sais pas jouer.

Je n’écris jamais que de moi,
de l’envers du décor,
en attente de la chute.

Je vous écrirai du fond de mon désert.
Ce sera aussi faux, ce sera aussi vrai.
De la blondeur en plus, du sable dans la bouche.
Et je vous dirai pour le puits…

(Monique Mesplé-Lassalle)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Caroline Duvivier

 

 

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Eldorado (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2015



 

Alena Plihal -  (14) [1280x768]

Eldorado

Gens de partout,
Sages et fous,
écoutez bien la ballade
De celui-là
Qui s´en alla
Pour trouver l´Eldorado.

Comme autrefois
Princes et rois
S´en allaient pour les croisades,
Il a laissé
Tout son passé
Pour trouver l´Eldorado.

Crinière au vent,
Le mors aux dents
En folle cavalcade,
Que cherchait-il
Vers cet exil,
Là-bas en Eldorado?

Sur mon cheval,
Sous les étoiles
Et le soleil en cascade
Pour que demain
Brille en nos mains
Tout l´or de l´Eldorado.

Il a traîné
Comme un damné
De mirage en mirage.
Il a vieilli
Jour après nuit
Sans trouver l´Eldorado.

Mais la mort
Qui l´avait suivi
En fidèle camarade
Lui a dit : « Viens,
Je connais bien
La terre d´Eldorado. »

On l´a trouvé,
Le front brûlé
Par le soleil et le sable
Sur le chemin
Qui va sans fin,
Là-bas, en Eldorado.

La nuit, parfois,
Chante une voix :
C´est son âme en ballade
Qui cherche encore
La poudre d´or
Quelque part en Eldorado. {x4}

(Georges Moustaki)

Illustration: Alena Plihal

 

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