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Poésie

Posts Tagged ‘croissant’

Lettre à la nuit (Simone Schmitzberger)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2019



A cause de vous,
J’ai eu zéro en géographie.
J’ai dit que je vous avais vue,
Ce matin, au saut du lit.
C’est vrai, vous étiez en chemise de nuit,
Et vous aviez encore vos bigoudis.
Vous m’avez même demandé,
D’aller vous chercher un croissant.
Comme tout était fermé,
J’ai dû aller jusqu’à la lune.
Cela m’a pris du temps,
Hélas, quand je suis revenu,
Vous aviez disparu !
La maîtresse ne m’a pas crue,
Il paraît que dans les livres,
On ne vous a jamais vue en bigoudis.
Moi, si, et cela m’a valu
Un zéro en géographie,
Pour avoir fait l’école buissonnière
Alors que j’étais endormie.

(Simone Schmitzberger)

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A UNE JEUNE FILLE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



Illustration: Etienne Adolphe Piot
    
A UNE JEUNE FILLE

Tu es une goutte d’or tombée de la lumière de l’aurore
à l’extrême rivage de l’océan de ma vie.

Tu es la première fleur shiuli en mon automne,
fleur recouverte par la rosée.

Tu es l’arc-en-ciel, dans le ciel si loin,
se penchant pour baiser la terre.

Tu es la divination du premier croissant de lune
touchée par les blanches transparences d’un nuage.

Tu es le secret du ciel révélé à la terre
par quelque divine inadvertance.

Tu es la vision du poète,
vision d’un souvenir qui relève de sa naissance oubliée.

Tu es son petit chant perdu,
retrouvé par hasard.

Tu es le murmure de mots
qui vont au-delà de la parole.

Tu es l’esclavage
qui conduit à une liberté illimitée.

Tu ouvres la fenêtre, et tu m’appelles
à la fleur de lotus de la blanche et pure lumière.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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La Dame (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Mariejpg

Hommage aux anges
[28]

J’avais pensé à Gabriel,
au cycle de lune, à la coquille de lune,

au croissant de lune
et à la lune pleine :

j’avais pensé à Gabriel,
le régent de la lune, l’Ange,

et j’avais eu l’intention de le rappeler
dans la séquence de bougie et de feu

et dans la loi des sept :
je n’avais pas oublié

son attribut spécial
d’annonciateur ; j’avais pensé

à m’adresser à lui comme aux autres,
Uriel, Annaél ;

comment pouvais-je imaginer
que la Dame elle-même viendrait à sa place ?

[29]

Nous l’avons vue
dans le monde entier,

Notre Dame au Chardonneret,
Notre Dame au Candélabre,

Notre Dame à la Grenade,
Notre Dame à la Chaise ;

nous l’avons vue, une impératrice
magnifique dans sa pompe et sa grâce,

et nous l’avons vue
avec une seule fleur

ou un amas d’oeillets mignardise
dans un verre près d’elle ;

nous avons vu la résille
tirée sur ses cheveux,

ou son visage de profil
avec capuchon bleu et des étoiles ;

nous l’avons vue la tête courbée
sous le poids d’une couronne bombée,

ou nous l’avons vue, fillette menue
enchâssée dans un halo doré ;

nous l’avons vue avec une flèche, avec des colombes
et un coeur comme une valentine ;

nous l’avons vue dans la plus belle soie importée
des contrées du Levant,

et couvertes de perles venues
de la cité de Constantin ;

nous avons vu sa manche
dans toutes les couleurs imaginables

de damas et de brocart gaufré ;
c’est vrai,

les peintres se sont montrés généreux ;
c’est vrai, ils n’ont jamais raté une ligne

de la douce inclinaison de sa tête
ou de l’ombre subtile d’une paupière baissée

ou de paupières entrouvertes ; on la trouve
partout (enfin, on la trouvait),

cathédrale, musée, cloître,
ou palier de l’escalier du palais.

***

I had been thinking of Gabriel,
of the moon-cycle, of the moon-shell,

of the moon-crescent
and the moon at full :

I had been thinking of Gabriel,
the moon-regent, the Angel,

and I had intended to recall him
in the sequence of candle and fire

and the law of the seven;
I had not forgotten

his special attribute
of annunciator; I had thought

to address him as I had the others,
Uriel, Annael;

how could I imagine
the Lady herself would come instead?

We have seen her
the world over,

Our Lady of the Goldfinch,
Our Lady of the Candelabra,

Our Lady of the Pomegranate,
Our Lady of the Chair;

we have seen her, an empress,
magnificent in pomp and grace,

and we have seen her
with atingle flower

or a cluster of garden-pinks
in a glass beside her;

we have seen her snood
drawn over her hair,

or her face set in profile
with the blue hood and stars;

we have seen her head bowed down
with the weight of a domed crown,

or we have seen her, a wisp of a girl
trapped in a golden halo;

we have seen her with arrow, with doves
and a heart like a valentine ;

we have seen her in fine silks imported
from all over the Levant,

and hung with pearls brought
from the city of Constantine;

we have seen her sleeve
of every imaginable shade

of damask and figured brocade;
it is true,

the painters did very well by her;
it is true, they missed never a line

of the suave turn of the head
or subtle shade of lowered eye-lid

or eye-lids half-raised; you find
her everywhere (or did find),

in cathedral, museum, cloister,
at the turn of the palace stair.

(Hilda Doolittle)

 

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Ballade à la lune (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



jean-baptiste-feldmann-lune-clocher

Ballade à la lune

C’était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d’un fil,
Dans l’ombre,
Ta face et ton profil ?

Es-tu l’oeil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?

N’es-tu rien qu’une boule,
Qu’un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?

Es-tu, je t’en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L’heure aux damnés d’enfer ?

Sur ton front qui voyage.
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité ?

Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S’allonge
En croissant rétréci ?

Qui t’avait éborgnée,
L’autre nuit ? T’étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu ?

Car tu vins, pâle et morne
Coller sur mes carreaux
Ta corne
À travers les barreaux.

Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phébé
La blonde
Dans la mer est tombé.

Tu n’en es que la face
Et déjà, tout ridé,
S’efface
Ton front dépossédé.

Rends-nous la chasseresse,
Blanche, au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal !

Oh ! sous le vert platane
Sous les frais coudriers,
Diane,
Et ses grands lévriers !

Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher,
L’écoute,
L’écoute s’approcher.

Et, suivant leurs curées,
Par les vaux, par les blés,
Les prées,
Ses chiens s’en sont allés.

Oh ! le soir, dans la brise,
Phoebé, soeur d’Apollo,
Surprise
A l’ombre, un pied dans l’eau !

Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d’un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.

Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L’histoire
T’embellira toujours.

Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.

T’aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu’à ton front
D’albâtre
Ses dogues aboieront.

T’aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte,
Sous le clair firmament !

Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant sa chanson.

Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L’océan montueux.

Et qu’il vente ou qu’il neige
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m’asseoir ?

Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.

Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid,

Le pied dans sa pantoufle,
Voilà l’époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.

Au pudique hyménée
La vierge qui se croit
Menée,
Grelotte en son lit froid,

Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer
Madame,
Qui commence à crier.

 » Ouf ! dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille;
Tu ne te tiens pas bien.  »

Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché
L’empêche
De commettre un péché ?

 » Ah ! dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde
Avec ces deux grands yeux ?  »

Et c’est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

(Alfred de Musset)

Illustration

.. et sans clocher.. vue de l’Espace (Thomas Pesquet)
Super moon

et toute la splendeur de la Terre
https://www.flickr.com/photos/thom_astro/

https://arbrealettres.wordpress.com/2016/12/08/magnifique-notre-vaisseau/

 

 

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DEBOUT DANS LE FROID (Su Shi)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



DEBOUT DANS LE FROID

Le croissant lunaire est accroché
aux branches clairsemées du platane
La clepsydre s’arrête
Les voix s’éteignent
Qui voit l’ermite faire là-bas les cent pas tout seul ?
Ce n’est qu’une cigogne solitaire qui bouge dans l’ombre

En sursaut, elle tourne la tête
Son coeur brisé n’est compris de personne
Les branches examinées l’une après l’autre
Aucune d’elles ne la retient
Elle a trop froid pour rester seule sur cette plage

(Su Shi)

 

 

 

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La larve est montée au ciel (Kobayashi Issa)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

La larve
est montée au ciel
croissant de lune

(Kobayashi Issa)

Illustration: Tsukioka Yoshitoshi

 

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La lune (Henri Pichette)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



la lune
comme un hublot
comme un oeil de bateau
comme une perle dans les flots

la lune
comme un bol de lait
comme une bulle d’or
comme une balle de cristal

la lune
comme une croissant d’ivoire
comme une galette de givre
comme un fromage blanc

la lune
comme une tailladin de citron
comme un quartier d’orange
comme une barque de melon

la lune
comme un plateau de nacre
comme un cerceau de papier de riz
comme un lampion chinois

la lune
comme un zéro plein
comme un masque lisse
comme un miroir hanté d’un lis

la lune
comme une peau de banjo
comme une cymbale silencieuse
comme un tambour de brodeuse

la lune
comme une épouse seule
comme un bouclier d’archange
comme une arme blanche
une alfange

la lune
comme une soie découpée
comme un sabot enneigé
comme les cornes d’un boeuf dans les nuages

la lune
comme une pièce d’eau glacée
comme un feu de phare fantôme
comme une médaille dans un encens de brume

la lune
comme une céramique séraphique
comme une cible pacifique
comme une hostie dans le ciel

la lune
comme un cadran d’horloge effacé par le temps
comme une obole dans la sébile de la nuit
comme un soleil en sommeil

la lune.

(Henri Pichette)

Illustration

 

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Qui était-il que pensait-il (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018



Illustration
    
qui était-il que pensait-il

à quoi occupait-il son temps
alors qu’il le passait à ne rien faire

enfermé dans sa cellule
il ne parlait pas

son temps
il le passait à attendre

attendre que les années
d’hiver le labourent

qu’elles le dépouillent le ravinent
le réduisent à son noyau

comment le rejoindre
là-bas
en ce lointain obscur

comment le délivrer
et me délivrer

sans fin il retire
ce bâillon qui lui est
aussitôt réappliqué

de lui ne me parviennent
que des plaintes
à peine audibles

parce qu’il est muselé
sa rage va croissant

j’appelle l’instant
où il pourra
se libérer
et me libérer

je redoute l’instant
où son cri
trop longtemps retenu
va me traverser
me faire voler en éclats

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Si l’âge te fait neuve (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




    
Si l’âge te fait neuve comme un croissant de lune,
l’astre épanoui te le cède en beauté.
Ah ! Par Celui qui me refuse le bonheur
d’être avec toi, après que tu m’as tant donné,
Chaque raison d’aimer me porte à une extase
qu’au grand jamais je n’aurais pu imaginer.
Dites à l’amour : « Va, cours à bride abattue » :
l’espace de mon coeur s’ouvre à perte de vue.

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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Deux mendiants (Ko Un)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



Deux mendiants
qui partagent le riz de l’aumône

un croissant de lune éclatant

(Ko Un)

 

 

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