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Poésie

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NUITS (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2018



Illustration
    
NUITS

Des nuits parfois sont mornes.

Les jardins n’ont plus d’odeur
Il n’est plus de frisson aux feuilles
Le ciel bas est plus rouge entre tant de portiques
Les places sont hantées de spectrales statues
Qui passe en vain s’y hâte.

Des nuits s’appesantissent à l’égal de nos jours.

Nuits d’une vieille ville
Trop vieille
Sans oiseaux sans licornes
Sans cavaliers ni dames folles
Ni faons blessés ni biches ni loups-cerviers
Ni sang frais sur les murs des palais ancestraux.

Les jeux de mains les jeux de mots sont feux
Jeux de mots jeux de mains où l’amour s’égarait
Parmi les cascades les lucioles les pierreries
La mousse des dentelles rompues
Les écharpes de soie jetées sur des yeux fiers
Les rires sous les pluies de pétales.

Nuits comme un théâtre de velours défunt
Où s’exaltent nos souvenirs diminués.

Matins étayés de béquilles.

Il reste un goût de cendre et de pourri
Un goût de fleurs croupies d’eaux fanées
Ce goût d’être déçu qui nous plaît plus que tout.

(André Pieyre de Mandiargues)

 

Recueil: L’âge de craie suivi de Dans les années sordides Astyanax et Le Point où j’en suis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tant d’ouate… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Martine Ivaldi
    
Tant d’ouate…

Tant d’ouate sanguinolente,
Parmi les marais s’entassant,
Toutes ces odeurs si ferventes
Qu’exhale l’étang croupissant…

Il monte des mauves bourbiers
Où pourrit l’herbe par torchées,
Des parfums comme extasiés
Vers quelles déités cachées?

Des parfums d’un tel idéal
Evocateurs et d’une ivresse
Si pénétrante qu’ils font mal:
Poignard aigu qui vous transperce,

Ou langoureux baiser qui mord.
Quel secret profond balbutie
Par delà l’amour et la mort
La vase où baignent les orties?

(Marie Dauguet)

 

 

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Cantiques à la lune (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Adolf von Stademann
    
Cantiques à la lune

Lune qui t’endors à côté des charrues,
Attirant jusqu’à toi, comme d’un sein ouvert,
Les parfums du sillon et des sauges bourrues
Que le soc a fendus aux premiers jours d’hiver.

Tu veilles les troupeaux, broutant près des tourbières
Le thym et les orchis aux grappes de rubis,
Et tu tais tressaillir vers ta molle lumière
Les agneaux enfermés au ventre des brebis.

Lune printanière et maîtresse des germes.
Tu exaltes l’odeur des mares croupissant
Au long des murs d’étable et des portes des fermes
Qu’estompe à ta lueur un ténébreux encens.

Tu fais goûter l’odeur, douce comme une amie,
Qui traverse les toits abritant le bétail.
Celle des bœufs repus, des vaches endormies.
De la paille froissée où plonge leur poitrail.

Tu provoques la forte et sereine ambiance
Qui suinte des blés roux tassés sur les greniers
Et cette odeur de paix, qui donne confiance,
Des meules de fourrage et des tas de fumiers.

Lune printanière et telle une déesse
Qui pose sur les joncs l’éclat de tes pieds blancs
Et sème la moelleuse et flottante caresse
De tes cheveux au ras des moires de l’étang.

Lune, tu fais chanter sous l’oseille sauvage
Que frôle ton orteil d’ivoire, les crapauds.
Et pleuvoir la rosée au bleuissant treillage
Des saules prosternés et des tièdes sureaux.

Zébrant de tes lueurs l’ombre chèvrefeuillée.
En ton mauve péplos tu t’assieds sous les troncs
Et parmi l’herbe humide et les sauges mouillés.
Tu penches ton visage et tu baignes ton front.

Lune, voici mon cœur, brin séché de fougère,
Perdu dans l’épaisseur des bois enténébrés,
Lune, voici mon cœur, sombre rameau de lierre
Au pan de ce mur noir durement enserré.

Eclaire-le, ce cœur, mendiant misérable
Et qu’à l’immense fête on n’a point convié.
Triste quand sont joyeux l’églantier et l’érable,
Mon cœur humain qui pense au lieu de verdoyer.

Que ton rayonnement l’apaise et le pénètre.
Ce cœur comblé de nuit, d’un dieu déshérité.
Lune, verse sur lui comme aux branches des hêtres.
Ton calme enchantement et ta sérénité.

(Marie Dauguet)

 

 

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MARCHE SANS DIRECTION (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
MARCHE SANS DIRECTION

Sur le train des ailes
la voix qui s’éteint
L’énorme prunelle
sur le ciel déteint
Il y a des bruits dans l’air
Si la terre s’étale
l’horizon se cache
Tout est à refaire
On fuit au gré du vent qui couche dans les lignes
Tous les arbres rompus au pas du voyageur
Toutes les bornes mortes qui gardent le ruisseau
Et toutes les étoiles qui croupissent dans l’eau
L’oiseau qui chante sur une branche de la nuit
Un fruit noir à cet arbre
que le vent a cueilli
Un mot de plus qui tombe
La fin d’une chanson
Le nom de ce visage
Le feu de la maison

(Pierre Reverdy)

 

Recueil: Main d’oeuvre
Editions: Mercure de France

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Les spleens exceptionnels (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Les spleens exceptionnels

Heureux celui qui l’âme et la chair bien d’accord,
À son gré, n’importe où, soûle, amuse sa bête!
Pourquoi ne puis-je, moi, traverser une fête,
Aimer, avoir bon cœur, vivre enfin sans remords ?

Je sais que nul ne voit la chute ni l’essor,
Et qu’on est seul, et qu’on peut tout! Qui donc m’arrête
Devant ces noirs opiums dont la rancoeur hébète,
Et qui stupéfieraient mes terreurs de la Mort [?]

Ah bien des jours de spleen, de ces jours roux d’automne,
Où tout pleure d’ennui dans le vent monotone,
M’ont chassé de ma chambre! — à la fin, décidé

A m’en aller croupir sur les seins et les cuisses
D’une catin géante, aux chairs ointes d’épices
Qui me bercerait comme un pauvre enfant vidé.

(Jules Laforgue)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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L’eau qui stagne (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016



L’eau qui stagne, recluse, au ventre obscur des mares,
L’eau qui croupit au coeur souillé d’anciens bassins,
Elle cache une vie intense dans son sein,
Elle tressaille d’être peuplée par les bêtes

Et par le rêve long et languide des herbes ;
Elle sent fermenter et s’animer la vase
Dont elle exhale en bulles lentes les relents ;

Mais elle est aveugle et ne connaît pas le ciel,
Car la mort lui a mis une taie de feuilles mortes :
Elle peut seulement voir ce qu’il y a en elle.

Mais cette eau est muette et ne peut pas chanter
Ni murmurer, ni rire comme la mer et les rivières :
Elle ne peut qu’éteindre en elle un long écho ;

Mais elle est comme morte et ne peut s’en aller
Elle ne peut courir et sauter et briller
Et non plus caresser les quais et les bateaux
Et non plus aller à l’étreinte des moulins ;
Elle ne peut que contempler la vie en elle.
Elle est peuplée de vie et ne vit pas,
Comme est peuplée de vie et ne vit plus
La chair inerte des cadavres.

Et je voudrais bien sortir de chez moi
Pour faire un poème avec mes pas,
En prenant ou non ma plume à témoin,
En prenant ou non les gens à témoin.
Et je voudrais bien…

Mais l’eau croupissante aussi, voudrait bien…

(Charles Vildrac)

Illustration: Yuko Shimizu

 

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Sans toi (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



 

Alexandre Pavlenko  1974 - Ukrainian Pointillist painter (46) [1280x768]

Sans toi

Le soleil des champs croupit
Le soleil des bois s’endort
Le ciel vivant disparait
Et le soir pèse partout

Les oiseaux n’ont qu’une route
Toute d’immobilité
Entre quelques branches nues
Où vers la fin de la nuit
Viendra la nuit de la fin
L’inhumaine nuit des nuits

Le froid sera froid en terre
Dans la vigne d’en dessous
Une nuit sans insomnie
Sans un souvenir du jour
Une merveille ennemie
Prête à tout et prête à tous
La mort ni simple ni double

Vers la fin de cette nuit
Car nul espoir n’est permis
Car je ne risque plus rien

(Paul Eluard)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

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Tant de choses (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2015



Tant de choses
sous le joug d’anciens pouvoirs,
les seuils interdits de l’ombre,
le silence, le hasard, l’errance,
qui tournent autour de nous,
et cherchent le coeur d’un monde
fêté par nos yeux.
Au ras de l’allée, les lilas s’exilent,
le thym contre les rosiers
écoute un langage
qui n’est pas le sien.
L’eau croupit sous les gouttières.
Pourquoi donc les morts
ne cessent-ils de bouger ?

(Georges Bonnet)

 

 

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En forêt (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2015



En forêt

La mousse pousse autour du tronc
Qui retrouve sa légèreté
Au retour de la pluie
Qui psalmodie à ras du sol
Où tombent des lambeaux d’écorce
Il flotte des oripeaux de brume
Au-dessus de la mare
Où croupissent des astres

Dans la forêt où s’agenouillent des chemins de paix
Et se chevauchent des sentiers d’automne
Je déserte au plus clair du matin
Je m’expatrie vers des limites jamais atteintes
Jusqu’aux confins de la vie.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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