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Poésie

Posts Tagged ‘cru’

Le coeur se mange cru (Hubert Nyssen)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2021



Videz l’amour
réservez le coeur
salez poivrez l’intérieur
puis ajoutez le songe
une coquille d’amertume
cousez les déchirures
bridez les ailes
disposez sur le feu
retournez quatre fois
à l’heure des marées
faites dorer la plage
canapé sur le quel
vous servirez l’amour.

Le coeur se mange cru.

(Hubert Nyssen)

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Je suis gourmand de toi (anonyme eskimo)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021


femmechocolat_m

Je suis gourmand de toi
Ma baie sauvage
Acide et sucre
Ma truite vive
Qu’on croque crue
Ma chair chaude
Pulpe et sang

Je suis gourmand de toi
Hanche de colline mûre
Bouche de ruisseau gorgé
Ventre de fauve repus

Je suis gourmand de toi
Printemps fondant
Eté croquant
Automne pulpeux
Hiver savoureux

Je suis gourmand de toi
Ma baie sauvage
Ma truite vive
Ma chair chaude

Par delà toute aurore
Par delà toute vie
Je suis gourmand de toi
De toi

(anonyme eskimo)

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UN NOM FAUFILÉ DE SILENCES (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



    
UN NOM FAUFILÉ DE SILENCES

avec le bout de ma langue j’allaitais les fautes.
ZEYNEP KOYLU

I
Le hennissement d’un cheval
déchire la housse du sommeil,
réajuste les images
et le tilleul bréhaigne frémit.
Le maçon, un homme sans visage,
décharge des briques crues et des pierres
devant la porte branlante.
Le muret et le four ancien
reviennent à leurs places
et moi, fillette de cinq ans,
je cours autour de la claie et je pleure
pendant que le cochon mord à belles dents
ma poupée de chiffon,
l’unique,

comme toutes les amours uniques
que le temps disjoint,
comme s’il voulait vérifier
l’endurance du cœur.
Personne ne m’entend.
Les araignées tissent des voiles de mariée
sur le poirier en fleur,
le maçon, impassible, taille
des pierres pour une nouvelle maison
dans laquelle il n’entrera pas.
Si je l’avais appelé,
si j’avais dit grand-père,
aurait-il entendu le sang ?

II
Je n’ai jamais prononcé à haute voix
son nom
que j’apprenais d’une photo,
clouée sur une poutre au grenier.
Les silences de mon père,
les oiseaux de l’accusation
dans les yeux de maman
à cause d’un péché d’autrui
rongeant le sang de la descendance.
Le sommeil rend des mots oubliés
et m’apprend les mantras de la nuit
que la vie passe sous silence.
Son nom est un chaton apeuré
enfoui sous le lit de ma langue.
Je l’épelle en sourdine
avec la persistance de quelqu’un
qui ne veut pas se réveiller
avant de réécrire le songe
de sa vie.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je t’aime passionnément (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019




    
Je t’aime
passionnément
gourmandement

Je t’aime
à la framboise
à la banane
à l’abricot

Je t’aime
à la vanille
à la cannelle
au gingembre confit

Je t’aime
à la moutarde
au vinaigre
et aux petits oignons

Je t’aime
en sauce ou sur du pain grillé
en papillote
ou à la croque-au-sel
oh oui jolie demoiselle

Je t’aime aussi nature
toute crue
toute nue !

(Bernard Friot)

 

Recueil: Je t’aime, je t’aime, je t’aime… Poèmes pressés
Traduction:
Editions: Folio Junior

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JOUISSANCE (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019




    
JOUISSANCE

Je me sens la fièvre
de cette
crue de clarté

J’accueille cette
journée comme
le fruit qui s’adoucit

J’aurai
cette nuit
un remords comme un
aboiement
perdu dans
le désert

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ambiance diabolo menthe (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2019




    
Ambiance diabolo menthe
Sur le boulevard

Vert des arbres
Encore verts
Glaçons crus
D’un vent sans indulgence

Le soir tombe
D’un coup
Porte de Montreuil

La petite foule du vendredi
S’irrite

Entre les palissades des chantiers
Gisant noir
Dodu
Un sac poubelle
Embarrasse le trottoir

Le temps presse

Il est bientôt l’heure
De se repaître
Des malheurs du monde
Au journal télévisé

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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ÉLÉGIE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2018




    

ÉLÉGIE

La défunte gaieté d’années insensées
pèse sur moi comme un vin mal cuvé.
Mais comme le vin, la tristesse de jours passés
croît en mon âme à mesure des années.
Triste vie ! De la mer houleuse du futur
ne m’attend plus guère que peines et labeurs.

Pourtant non, je ne veux pas mourir !
Mais je veux vivre et penser et souffrir
et même trouver certaine jouissance
aux soucis, aux peines et adversités
— il m’arrive d’en tirer des larmes —
et une certaine harmonie de mon cru.
Et qui sait si l’heure crépusculaire
ne m’enverra, de l’amour, un dernier sourire ?

***

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: L’heure de la nuit Poèmes
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Le poète sait que tout doit lui servir (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Illustration: Elisée Maclet  
    
Le poète sait que tout doit lui servir

L’hallucination, la candeur,
la fureur, la mémoire,

les vieilles histoires, l’actualité,
la table et l’encrier,

les paysages inconnus,
la nuit tournée, les souvenirs inopinés,

les prophéties de la passion,
les conflagrations d’idées, d’objets,

la nudité aveugle, la réalité crue,
le dérèglement de de la logique jusqu’à l’absurde,

l’usage de l’absurde
jusqu’à l’indomptable raison…

(Max Jacob)

 

Recueil: Conseils à un jeune poète
Traduction:
Editions: Gallimard

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RETRAITE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



RETRAITE

Ah qu’il fait bon dans son village
Dormir le nez au ras des blés
En remontant sa montre à clé,
Montre venue du fond des âges.

Ah qu’il fait bon dans sa contrée
Boire le vin rusé du cru
Fraîche et septembrale purée
Âpre, redoutée des recrues.

Ah qu’il fait bon sur son terroir
Caresser les filles farouches
Qui ne s’ouvrent que dans le noir,
Dans l’ombre épaisse de leur bouche !

Ah qu’il fait bon dans la galerne
La bise aigre le vent crachin
— Le caban roussi des lanternes
Sa vieille pipe et son vieux chien —
Fouler du sabot les luzernes.

Tous les chagrins roulés en berne
Boquain, plainier ou maraîchin,
C’est tempérament sauvagin !
Dans la cage á pluies où j’hiberne
Seul, que j’aime mieux mon prochain !

Sur la suie de ma cheminée
Brillent les signes du destin.
J’écoute couler les années,
— Le monde est neuf chaque matin —

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

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La mémoire se fixe sur la douceur des peaux (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



 

Illustration: Adèle Verger
    
— Fourbe est l’oubli des morts
qu’on a aimés vivants,
cruelle, l’illusion qu’aimer
se passerait des corps,

Montre-toi dans la lumière crue,
laisse-toi toucher, caresser, lécher,
laisse-moi t’enlacer à te couper le souffle,
laisse-toi envahir, conquérir, détenir,
laisse-moi m’égarer, me perdre
en cette invasion lente,

La mémoire se fixe sur la douceur des peaux,
la force des silences, les seuls mots incarnés,
alimente l’image des moments finis,
de l’humide fusion de nos corps épuisés ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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