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Posts Tagged ‘cruelle’

Trop tard (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Kathryn Jacobi    04

Trop tard

Il a parlé. Prévoyante ou légère,
Sa voix cruelle et qui m’était si chère
A dit ces mots qui m’atteignaient tout bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !

« Ne m’aimez pas si vous êtes sensible,
« Jamais sur moi n’a plané le bonheur.
« Je suis bizarre et peut-être inflexible ;
« L’amour veut trop : l’amour veut tout un coeur
« Je hais ses pleurs, sa grâce ou sa colère ;
« Ses fers jamais n’entraveront mes pas.  »

Il parle ainsi, celui qui m’a su plaire…
Qu’un peu plus tôt cette voix qui m’éclaire
N’a-t-elle dit, moins flatteuse et moins bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !

« Ne m’aimez pas ! l’âme demande l’âme.
« L’insecte ardent brille aussi près des fleurs :
« Il éblouit, mais il n’a point de flamme ;
« La rose a froid sous ses froides lueurs.
« Vaine étincelle échappée à la cendre,
« Mon sort qui brille égarerait vos pas. »

Il parle ainsi, lui que j’ai cru si tendre.
Ah ! pour forcer ma raison à l’entendre,
Il dit trop tard, ou bien il dit trop bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas.  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Kathryn Jacobi

 

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DON JUAN – SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Alexander Maranov (6)

DON JUAN – SONNET

Au bord d’un étang bleu dont l’eau se ride
Sous le vent discret d’une nuit d’été,
Parmi les jasmins, foulant l’herbe humide
Avez-vous jamais, rêveur, écouté

La voix de la vierge émue et timide
Qui furtive, un soir, pour vous a quitté
Le foyer ami — depuis froid et vide —
Où, les parents morts, plus rien n’est resté?

Parfum de poison, volupté cruelle
D’avoir arraché du sol ce lys frêle
Et d’avoir hâté l’œuvre des tombeaux…

O destruction de quels âpres charmes
Es-tu donc parée?
Et, voilés de larmes,
Pourquoi les yeux clairs en sont-ils plus beaux?

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Maranov

 

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Féminin singulier (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018


 


 

Christiane Vleugels  (2) [1280x768]

Féminin singulier

Eternel Féminin de l’éternel jocrisse !
Fais-nous sauter, pantins nous pavons les décors !
Nous éclairons la rampe… Et toi, dans la coulisse,
Tu peux faire au pompier le pur don de ton corps.

Fais claquer sur nos dos le fouet de ton caprice,
Couronne tes genoux ! … et nos têtes dix-corps ;
Ris ! montre tes dents ! … mais … nous avons la police,
Et quelque chose en nous d’eunuque et de recors.

… Ah tu ne comprends pas ? … – Moi non plus – Fais la belle,
Tourne : nous sommes soûls ! Et plats ; Fais la cruelle !
Cravache ton pacha, ton humble serviteur!…

Après, sache tomber ! – mais tomber avec grâce –
Sur notre sable fin ne laisse pas de trace ! …
– C’est le métier de femme et de gladiateur.

(Tristan Corbière)

Illustration: Christiane Vleugels

 

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A un Rossignol (François Maynard)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2018




A un Rossignol

Charmant rossignol dont la voix
Interrompt le profond silence
De ces rochers et de ces bois,
Où l’été perd sa violence :
Si la bergère que je sers
Revient jamais dans ces déserts,
Apprends à cette âme cruelle
Que l’eau qui coule entre ces fleurs
Est un petit reste de pleurs
Que j’ai versés pour l’amour d’elle.

(François Maynard)

 

 

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Si je te disais tout (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018


 


 

Aron Wiesenfeld_home

Si je te disais tout

Si je te disais tout
tu ne croirais pas
à quel point
les nuits sont cruelles
quand on cherche
son propre visage
à défaut
d’un ami.
Quand on croit se voir
six pas devant ceux
que l’on traîne
avec nous.

(Balbino)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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Plaintes d’un Chrétien (Jean Racine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018




Plaintes d’un Chrétien

Mon Dieu ! quelle guerre cruelle !
Je trouve deux hommes en moi :
L’un veut que, plein d’amour pour toi,
Mon coeur te soit toujours fidèle ;
L’autre, à tes volontés rebelle,
Me révolte contre ta loi.

L’un, tout esprit et tout céleste,
Veut qu’au Ciel sans cesse attaché,
Et des biens éternels touché,
Je compte pour rien tout le reste ;
Et l’autre, par son poids funeste,
Me tient vers la terre penché.

Hélas ! en guerre avec moi-même,
Où pourrai-je trouver la paix ?
Je veux, et n’accomplis jamais,
Je veux, mais (ô misère extrême !)
Je ne fais pas le bien que j’aime
Et je fais le mal que je hais !

O Grâce, rayon salutaire !
Viens me mettre avec moi d’accord ;
Et, domptant par un doux effort
Cet homme, qui t’es si contraire,
Fais ton esclave volontaire
De cet esclave de la Mort.

(Jean Racine)

Illustration: William Blake

 

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Dans les ténèbres qui m’enserrent (William Henley)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Nelson Mandela [1280x768] 

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

***

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

(William Henley)

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TERRE OU CIEL (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



 

Hartig Kopp Delaney

TERRE OU CIEL

A la nuit des folles lunes,
Sur le fleuve sans bords je m’étais égaré,
Oubliant d’emporter jusqu’au nom de ma mère.
Serait-ce enfin l’approche d’un monde sans miroirs ?

Jamais mes doigts n’oseront toucher tant de beauté ensemble !

Le ciel est trop haut, trop cruelle la marée ;
C’est ici, c’est ici qu’il nous faut tout reprendre.
Mais aux mots de chaque jour nos langues se sont usées,
A trop vivre s’est perdue l’eau douce de notre regard.

Pourtant, qu’avons-nous de plus proche que l’oiseau ;
Nous, que l’on dit voués à la sourde poussière ?

(Andrée Chedid)

Illustration: Hartig Kopp Delaney

 

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Invictus (William Ernest Henley)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



 

invictus

Invictus

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière.
Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré.
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé.

En ce lieu de colère et de pleurs
Se profile l’ombre de la mort,
Je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin :
Je suis le capitaine de mon âme.

***

Invictus

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

(William Ernest Henley)

 

 

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Depuis que je t’ai vue… (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Depuis que je t’ai vue,
Le chant du rossignol, le doux chant de l’oiseau
Se fait encor plus beau.
Et, dissipant la nue,
L’éclat du grand soleil
Est soudain sans pareil.
Mais nul mot ne me vient de ta bouche menue,
Nul sourire pour l’éclairer…
Doucement. Et celui qui t’aime
N’est plus que l’ombre de lui-même.
Il voudrait t’embrasser. Il voudrait te serrer.

Depuis que je t’ai vue, ô toi, femme cruelle,
Dans les champs, je perçois
Une senteur nouvelle.
Plus fines qu’autrefois
Sont les fragrances, plus câlines,
Et l’orgueilleux rosier ne porte plus d’épines.
Mais ton âme est de glace et trop fier est ton cœur.
Ce qui fut la brise du désespoir, ô Femme,
A présent brûle avec ardeur
Et devient amoureuse flamme!

Depuis que je t’ai vue – et pourquoi le nier! –
Le ciel, pour moi, est toujours printanier.
Aucun oiseau n’est prisonnier d’aucune fille.
Et moi seul, ton captif, suis derrière une grille.
Il me sera doux de mourir.
Car mon cœur douloureux à toi n’a pu s’offrir.
En quittant cette terre,
En me sentant partir,
J’exhalerai le nom de celle qui m’est chère.

(Attila Jozsef)


Illustration: William Bouguereau

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