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Posts Tagged ‘cruellement’

Je dis: « Lisbonne » (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



 

Je dis:
« Lisbonne »
Quand je traverse – venant du Sud – le fleuve
Et la ville où j’arrive s’ouvre comme si elle naissait de son propre nom
Long scintillement de bleu et de fleuve
Corps amoncelé de collines –
Je la vois mieux parce que je la dis
Tout se montre mieux parce que je dis
Tout montre mieux son être et sa carence
Parce que je dis
Lisbonne avec son nom d’être et de non-être
Ses méandres d’insomnie de surprise et de ferraille
Son éclat secret de chose de théâtre
Son sourire complice de masque et d’intrigue
Pendant qu’à l’Occident la vaste mer se dilate
Lisbonne oscillante comme une grande barque
Lisbonne cruellement construite le long de sa propre absence
Je dis le nom de la ville
– je dis pour voir

***

Digo:
«Lisboa»
Quando atravesso — vinda do sul — o rio
E a cidade a que chego abre-se como se do seu nome nascesse
Abre-se e ergue-se em sua extensão nocturna
Em seu longo luzir de azul e rio
Em seu corpo amontoado de colinas —
Vejo-a melhor porque a digo
Tudo se mostra melhor porque digo
Tudo mostra melhor o seu estar e a sua carência
Porque digo
Lisboa com seu nome de ser e de não-ser
Com seus meandros de espanto insónia e lata
E seu secreto rebrilhar de coisa de teatro
Seu conivente sorrir de intriga e máscara
Enquanto o largo mar a Ocidente se dilata
Lisboa oscilando como uma grande barca
Lisboa cruelmente construída ao longo da sua própria ausência
Digo o nome da cidade
— Digo para ver

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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LA TRISTESSE EST UNE AISANCE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



 

the rest

LA TRISTESSE EST UNE AISANCE

La tristesse est une aisance, ne t’abandonne point
A une solution provisoire, volupté médiocre.

Quand il s’agit de pleurer, chante
Secoue la poussière de tes souliers.
(Quand nous nous donnons c’est comme si nous nous lamentions,
Quand nous nous sommes donnés, nous sommes
accaparés par le silence)
J’ai eu bien soif de lumière dans l’obscurité.

Adieu, ma pale tristesse, adieu, chérie,
Je te renvoie l’anneau afin que tu te rappelles de moi
Dans ton rêve, dans ton deuil.

Debout, mon Ange, plein d’amertume, lève toi.
Je respire un parfum de jasmins fleuris
Comme si le temps tournait au beau vers l’aurore.
Il se fait en moi-même une quiétude lumineuse
comme celle qui suit la pluie.

As-tu vu mon âme ?

Peut-être a-t-elle eu soif des sources, peut-être
A-t-elle allumé sa lampe éclairant les couloirs
Pour que passent les âmes solitaires allant à leur rendez-vous
Toutes celles qui ont été trahies cruellement
attendent l’Amour,
L’Amour céleste, le Tout-puissant.

Salut, Echelle !… Salut, Cruche… Salut Fleuve !

Laissez-moi, je ne veux pas aller me coucher :
C’est ainsi que je pense m’exprimer, en croisant les mains,
Quand on viendra me demander mon âme.

(Georges Themelis)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

 

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DÉSESPOIR (Ly-y-Hane)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



DÉSESPOIR

Appelle ! appelle ! Implore ! implore ! Stagne ! stagne ! Rêve ! rêve !
Pleure ! pleure ! Souffre ! souffre !… Toujours ! toujours !
A peine fait-il chaud que la saison du froid revient !
Ah ! qu’il est accablant d’exister !
Deux ou trois tasses de faible vin,
Ne suffisent pas, pour faire supporter l’âpre vent de l’aurore.

*

Les cygnes sauvages repassent déjà.
Ah ! que mon coeur est cruellement blessé !
Il y a longtemps que je les connais, pour les voir ainsi passer et repasser…
Les chrysanthèmes foisonnent, partout sur la terre, en une exubérance somptueuse.
Mais la fleur qui s’étiole ici,
Qui donc voudrait la cueillir ?

*

Ne suis-je pas la sempiternelle gardienne de cette fenêtre ?
Quand donc cette journée s’éteindra-t-elle dans l’obscurité ?…
Une pluie fine mouille les larges feuilles des paulownias.
Le crépuscule vient lentement ; l’obscurité tombe, tombe, goutte à goutte.
La voici complète, maintenant, la nuit, et rien n’est changé pour moi…
Oh ! comment pourrait-on détruire, à jamais, le mot : désespoir ?…

(Ly-y-Hane)

 

 

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Cruellement,amour (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018




    
cruellement,amour
marche le long de l’automne
la dernière fleur dans ses cheveux,
tes lèvres sont toutes froides de chansons

qui doit en
premier se flétrir,passer?
la frivolité du grand soleil
tombe et,cruellement,
dans l’herbe
Arrive la
lune

amour,marche en
automne
amour,car l’ultime
fleur dans les cheveux se fane;
tes cheveux sont tout froids
de rêves,
amour tu es frêle

—marche tout du long de l’automne
souris poudreusement aux gens,
pour l’hiver
qui veille tortueusement.

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: XLI Poèmes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: La Nerthe

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Destruction (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Destruction

Ils s’aiment cruellement les amants
et, de tant s’aimer, ils ne se voient pas.
L’un s’embrasse sur l’autre, réfléchi.
Deux amants, que sont-ils? Deux ennemis.

Les amants, enfants par les gâteries
de l’amour abîmés, ne réalisent
comme à s’enlacer ils se pulvérisent,
et ce qui était monde au rien retourne.

Rien, personne. Amour, pur fantôme qui
les promène léger, comme serpent
s’empreint dans le souvenir de sa trace.

Et ils succombent mordus pour toujours.
Ils cessent d’exister, mais l’existé
continue à faire un mal éternel.

(Carlos Drummond de Andrade)

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Je sais bien que je les immortaliserai (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2016


 

Je sais bien que je les immortaliserai,
ces moments cruellement mortels.

(Robert Mallet)

Illustration: Edvard Munch

 

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Ô seins (Albert Cohen)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2016



ô seins de terrible présence,
féminines deux gloires,
hautes abondances,

bouleversants étrangers
devant toi intouchés,
présents et défendus,

cruellement montrés,
trop montrés
et pas assez montrés,

angéliques bombes,
doux reposoirs
dressés en leur étrange pouvoir,

désirable récolte,
tourmentantes merveilles
et jeunes fiertés,

l’une à droite
et l’autre à gauche,
ô tes deux souffrances,

ô les fruits tendus
de complaisante sœur,
ô les deux lourds

de ta main si proches.

(Albert Cohen)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Quel que soit son domaine de création (Pearl Buck)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2016



 

Quel que soit son domaine de création,
le véritable esprit créatif n’est rien d’autre que ça :
une créature humaine née anormalement, inhumainement sensible.
Pour lui, un effleurement est un choc, un son est un bruit, une infortune est une tragédie,
une joie devient extase, l’ami un amoureux, l’amoureux est un dieu,
et l’erreur est la fin de tout.

Ajoutez à cet organisme si cruellement délicat l’impérieuse nécessité de créer, créer, et encore créer
– au point que sans la possibilité de créer de la musique, de la poésie, des livres, des édifices,
ou n’importe quoi d’autre qui ait du sens, il n’a plus de raison d’être.

Il doit créer, il doit se vider de sa créativité.
Par on ne sait quelle étrange urgence intérieure, inconnue,
il n’est pas vraiment vivant à moins qu’il ne soit en train de créer.

***

The truly creative mind in any field is no more than this :
A human creature born abnormally, inhumanly sensitive.
To him… a touch is a blow, a sound is a noise, a misfortune is a tragedy,
a joy is an ecstasy, a friend is a lover, a lover is a god,
and failure is death.

Add to this cruelly delicate organism the overpowering necessity to create, create, create
— so that without the creating of music or poetry or books or buildings
or something of meaning, his very breath is cut off from him.

He must create, must pour out creation.
By some strange, unknown, inward urgency
he is not really alive unless he is creating.

(Pearl Buck)

 

 

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SOLITUDE (Lionello Fiumi)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2015



 

Nicholas Roerich   kiss-the-earth-1912-2

SOLITUDE

LORSQUE la peine au coeur mord trop cruellement,
S’en aller et mendier un peu de solitude
A l’ombre qui prend en pitié,
Même s’il est faible, est un soulagement.
Mais l’être le plus doux sera prompt à la haine
Pour peu qu’une présence intruse
Vienne fêler sa quête solitaire :
Celui qui est la bête en sang qui se tapit
Ne supporte pas son semblable.

Mais alors, ô mirage unique de salut,
Nirvana entrevu!
Autour des lents siècles des troncs,
Comme sur un fond de bonheur
Ignorant les bornes des dates,
Les heures oscillaient, légères, dans les lianes,
En dansant leurs jeux élastiques
De jouvencelles excitées par les épices.
Des calices étranges proposaient des philtres,
Promesses de béatitudes.

Et déjà l’humain se dissolvait, et l’angoisse
Cédait à cette nature clémente
Où nulle empreinte
Ne venait déflorer l’humus intact et vierge.
Le silence m’était la flûte qui subjugue
Les serpents de la peine, ils ne mordaient plus.

Là, enfin, vaste et absolue
Comme la nuit qui cache et qui console,
Enfin pure ainsi que le vide
Qui attire et donne l’oubli,
Je découvrais la face de la solitude.

(Lionello Fiumi)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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