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LE PÉRIPLE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
LE PÉRIPLE
pour Winifred Nicholson

En gravissant la colline de fossiles
J’ai recueilli des petites pierres soudées:
Je me suis souvenue de la mer archaïque
Où jadis ces cailloux furent mes os.

Je marchais le long du mur d’Hadrien;
Le vent du nord soufflait, venant du pôle.
Oh, je fus cet assaut de violence
Contre les remparts du monde!

Au crépuscule, dans une crypte déserte,
J’ai éprouvé la peur de toutes mes morts :
Des formes que j’avais vues avec des yeux de bête
Peuplaient l’obscurité de mystères.

Je suis restée près d’un torrent
Et d’un tertre où poussaient des chardons;
Ce lieu qui si longtemps avait été mon lieu,
Maintenant mon coeur y pourrit sous terre.

J’ai été la truite qui hante le lac,
L’ombre, la présence qui traverse l’eau.
Tant et tant de vies dont je laisse
Les os épars, les ailes brisées !

J’ai été l’animal qui meurt,
Œil qui se ferme sur l’aubépine dentelée,
Carcasse étouffée bientôt par la mousse,
Crâne englouti sous les fougères.

Les traces de mes pas s’enfoncent dans les sables mouvants
Et les champs d’orge ont bu mon sang, .
Ma sagesse a tracé la spirale d’un coquillage,
Mon labeur a dressé un tumulus de pierres sur une colline.

De loin je suis venue et je dois aller loin,
Il y a tant de tombes qu’habite ma douleur,
Mais toujours les doigts morts font naître
Les fleurs que je bénis de mes yeux vivants.

***

THE JOURNEY
For Winifred Nicholson

As I vent over fossil hill
I gathered up small jointed stones,
And I remembered the archaic sea
Where once these pebbles moere my bons.

As I walked on the Roman wall
The wind blew southward from the pole.
Oh I have been that violence hurled
Against the ramparts of the world.

At nightfall in an empty kirk
I felt the fear of all my deaths:
Shapes I had seen with animal eyes
Crowded the dark with mysteries.

I stood beside a tumbling beck
Where thistles grew upon a mound
That man, a day had been my home,
Where now my heart rots in the ground.

I was the trout that bannis the pool,
The shadowy presence of the stream.
Of many many lives I leave
The scattered bone and broken wing.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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DÉFONCEMENT (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




DÉFONCEMENT

Quelqu’un a voulu ouvrir une porte.
Ses mains font mal,
agrippées à leur prison d’os de mauvais augure.
La nuit entière s’est débattue contre sa nouvelle ombre.
Il a plu dans le petit matin et on martelait avec des éperons.
L’enfance implore depuis mes nuits de crypte.
La musique émet des couleurs ingénues.
Des oiseaux gris au jour naissant sont à la fenêtre
Close ce que mon poème est à mes maux.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Jan Nieuwenhuys

 

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Et c’était le démon de mon rêve (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Et c’était le démon de mon rêve,
le plus bel ange.
Ses yeux victorieux brillaient comme l’acier,
et les flammes sanglantes
de sa torche éclairèrent
la crypte profonde de mon âme.

— Viendras-tu avec moi? — Non, jamais;
les tombes et les morts me font peur.
Mais la main de fer
emprisonnait la mienne.

— Tu viendras avec moi… Et dans mon rêve j’avançai
aveuglé par le rouge luminaire.
Et dans la crypte j’entendis des chaînes résonner
et un grondement de fauves enfermés.

(Antonio Machado)

Illustration: John Henry Fuseli

 

 

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Il tourne, le vent du vide (Maurice Benhamou)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



Illustration: Ewa Hauton  
    
Il tourne,
le vent du vide,
dans la crypte
de ton nom.

Ton absence
m’assombrit
comme une ombre de toi.

De quoi témoigne-t-elle ?

De ce qui existe
ou de ce qui n’existe pas ?

Tu miroites
dans ce mystère.

Est-ce l’essor
de mourir ?

Où te consumes-tu ?

Où t’envoles-tu ?

Tu cours, oh ! comme tu cours
sur la mer,

mon aile
dans tes cheveux !

(Maurice Benhamou)

 

Recueil: Tréfonds du Temps
Editions: Unes

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Flux et Reflux (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



Ivan Aïvazovsky -moon-sea2005-2 [800x600]

Flux et Reflux

Toujours, dans son grand lit d’algues et de corail,
L’océan, sous les cieux, fait osciller ses ondes,
Tantôt poussant au bord les vagues en travail,
Tantôt les refoulant dans ses cryptes profondes.

La lune sourit d’aise à son balcon nacré,
Elle guide, d’en haut, ces ardeurs inquiètes,
Et caressant le monstre au poitrail azuré,
Lui jette, pour licou, son écharpe à paillettes.

— Ô lune, la beauté qui connaît ma douleur,
Comme toi, sur les flots, se penche sur ma vie ;
Elle est douce et terrible, et, selon son envie,
Fait descendre ou monter les vagues de mon cœur !

(Louis Bouilhet)

Illustration:  Ivan Aïvazovsky

 

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LA DAME BLANCHE DU CHÂTEAU (Endre Ady)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2015



 

 

LA DAME BLANCHE DU CHÂTEAU

Mon âme est un château très vieux, frappé d’un sort,
A l’écart sous l’orgueil, la mousse et l’abandon.
Mes yeux, comme ils sont grands, n’est-ce pas qu’ils sont grands
Et qu’ils ne brillent pas, qu’ils ne brillent jamais !

L’écho est seul dans les salles abandonnées;
Du haut des sombres murs, deux immenses fenêtres
Regardent fixement, sombrement la vallée.
Comme ils sont fatigués, n’est-ce pas, ces deux yeux?

Des fantômes toujours reviennent en ces lieux
Comme toujours l’odeur de crypte et le brouillard;
Des ombres dans le noir passent furtivement
Et toujours des armées maudites y gémissent.

Ce n’est qu’à l’heure du mystère et de la nuit
Que parfois s’incendient ces yeux mélancoliques.
C’est que la dame blanche erre dans le château
Et c’est alors son rire à travers les fenêtres.

(Endre Ady)

 

 

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Oubli (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2015



 

Alex Alemany-38

Oubli

I

Mon coeur, ô ma Chimère, est une cathédrale
Où mes chastes pensers, idolâtres du Beau,
S’en viennent à minuit sous la flamme lustrale
Râler leur requiem au pied de ton tombeau.

J’ai dressé sous le ciel du dôme un sarcophage
Dont la grave épitaphe en strophes de granit
Proclamera de l’aube à l’ombre et d’âge en âge
L’amen et l’hosanna de notre amour bénit.

II

Mon coeur est une crypte où parmi les pilastres
S’enroulent les remous de l’encens des oublis,
Et par l’heure qui luit de la lueur des astres
La paix des nuits se mire en les pavés polis.

Sur le carrare froid des marches sépulcrales
Déjà mes vieux pensers sont pâmés de sommeil :
Les lampadaires d’or s’endorment en spirales,
Et, ô la glauque aurore en le vitrail vermeil !

(Stuart Merrill)

Illustration: Alex Alemany

 

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