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Je suis riche de soirs et d’aurores (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



 

Antonio Sgarbossa 1945 - Italian Figurative painter -  Tutt'Art@ (2)

Je suis riche de soirs et d’aurores,
De chants, de parfums, de clarté;
Quel fruit cueillerais-je encore
Au verger de ta beauté?

Je suis ivre d’étés et d’automnes,
De fleurs, de fruits et de vins;
Tu m’as fait de toi-même aumône :
Qu’aurais-je imploré demain?

Mon rêve est réalisé
(L’avais-je rêvé si beau?)
Et pourtant mon coeur est brisé,
Et je songe qu’on rêve au tombeau.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Antonio Sgarbossa

 

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AME DE NUIT (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



 

Albert Joseph Moore (9) [1280x768]

AME DE NUIT

Mon âme en est triste à la fin;
Elle est triste enfin d’être lasse,
Elle est lasse enfin d’être en vain,
Elle est triste et lasse à la fin,
Et j’attends vos mains sur ma face.

J’attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils à des anges de glace,
J’attends qu’ils m’apportent l’anneau;
J’attends leur fraîcheur sur ma face,
Comme un trésor au fond de l’eau.

Et j’attends enfin leurs remèdes,
Pour ne pas mourir au soleil,
Mourir sans espoir au soleil!
J’attends qu’ils lavent mes yeux tièdes
Où tant de pauvres ont sommeil!

Où tant de cygnes sur la mer,
De cygnes errants sur la mer,
Tendent en vain leur col morose,
Où le long des jardins d’hiver
Des malades cueillent des roses.

J’attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils à des anges de glace,
J’attends qu’ils mouillent mes regards,
L’herbe morte de mes regards,
Où tant d’agneaux las sont épars!

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Albert Joseph Moore

 

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Votre rire est éclatant comme un bel oiseau des Iles (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2019



I

Votre rire est éclatant
Comme un bel oiseau des Iles.
Mais à rire on perd son temps,
O ma soeur, ma soeur fragile !

Vous savez des jeux plus fous
Que celui de « pigeon-vole ».
C’est un mauvais point pour vous,
O ma soeur, ma soeur frivole !

Vous manquez de sérieux
Et de vertus ménagères.
Vous n’irez jamais aux cieux,
O ma soeur, ma soeur légère !

II

Pourquoi ces mains, dont vous ne faites
Qu’un usage absolument vain ?
Mais quelle fête,
Quand je saisis leurs doigts divins !

Pourquoi ces yeux où ne réside
Rien du tout, pas même l’ennui ?
Mais quel suicide
Que de les perdre dans la nuit !

Pourquoi ces lèvres d’où j’écoute
Tomber des mots sans intérêt ?
Mais quelle absoute
Leur seul baiser me donnerait !

III

Le rire clair, l’âme sans reproche,
Un regard pur comme du cristal,
Elle viendra, puisque c’est fatal !
Moi, je l’attends les mains dans les poches.

A tout hasard, je me suis pourvu
D’un stock d’amour et de prévenances,
N’oubliant point qu’en cette existence
Il faut compter avec l’imprévu.

Tu n’auras donc, petite vestale,
Qu’à t’installer un jour dans mon coeur,
Il est, je crois, plus riche en couleur
Que ton album de cartes postales.

IV

Depuis tant de jours il a plu!
Pourtant, voilà que recommence
Un printemps comme on n’en voit plus,
Chère, sinon dans tes romances.

Adieu rhumes et fluxions !
Adieu l’hiver, saison brutale !
C’est, ou jamais, l’occasion
D’avoir l’âme sentimentale.

Que ne puis-je, traînant les pieds,
Et mâchonnant ma cigarette,
Cueillir pour toi, sur les sentiers,
De gros bouquets de pâquerettes !

V

Amie aux gestes éphémères,
Cher petit être insoucieux,
Je ne veux plus d’autre chimère
Que l’azur calme de tes yeux.

Pas besoin d’y chercher une âme !
De tels objets sont superflus.
Le seul bonheur que je réclame,
C’est de m’y reposer, sans plus.

Que m’importe l’horreur du vide ?
Je vais plonger, à tout hasard,
Ainsi qu’un nageur intrépide,
Dans le néant de ton regard.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Jeff Scher

 

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À l’âge tendre (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2019



Illustration: Toyohara Yoshu Chikanobu  
    
À l’âge tendre,
Il te faut d’abord apprendre,
M’indiqua le dieu ;
Pour lui dire non je cueillis
Cette violette dans le soir

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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Le Seigneur a créé quelqu’un qui n’existe pas (Maurice Chappaz)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2019



Le Seigneur a créé quelqu’un qui n’existe pas

Que les mensonges qui me constituent
fusent hors de mon corps,
hors de mon esprit.
Je vais cueillir Ta réponse
dans ma chambre noire
comme une dure étoile,
comme une fleur de marécage.
Donne-moi de naître
une fois à moi-même, selon la vérité.
L’immense rien qui est en moi
soupire, attend.
Toute ma douceur est dans une miette d’ombre.

(Maurice Chappaz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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LE SOMMEIL (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



 

Ingrid Tusell  (29)

LE SOMMEIL

Penses-tu que ces fleurs, ces feuilles et ces fruits,
Et cet âpre laurier plus amer que la cendre,
Penses-tu que mes mains pour eux les aient cueillis?

Si j’ai mêlé tout bas à l’onde des fontaines
Les larmes que leur eau pleure encore aujourd’hui,
Crois-tu que j’ignorais combien elles sont vaines?

Si, debout, j’ai marché sur le sable changeant,
Était-ce pour marquer mon pas sur son arène,
Puisqu’il n’en reste rien quand a passé le vent?

Et pourtant j’ai voulu être un homme et me vivre
Et faire tour à tour ce que font les vivants;
J’ai noué la sandale à mon pied pour les suivre.

Amour, haine, colère, ivresse, j’ai voulu,
Par la flûte de buis comme au clairon de cuivre,
Entendre dans l’écho ce que je n’étais plus.

Si j’ai drapé mon corps de pourpres et de bures,
N’en savais-je pas moins que mon corps était nu
Et que ma chair n’était que sa cendre future?

Non, ce laurier sans joie et ces fruits sans désir,
Et la vaine rumeur dont toute vie est faite,
Non, tout cela, c’était pour pouvoir mieux dormir

L’ombre définitive et la nuit satisfaite!

(Henri De Régnier)

Illustration: Ingrid Tusell

 

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CHANSON (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019



 

CHANSON

J’ai fleuri l’ombre odorante
Et j’ai parfumé la nuit
De la senteur expirante
De ces roses d’aujourd’hui.

En elles se continue,
Pétale à pétale, un peu
Du charme de t’avoir vue
Les cueillir toutes en feu.

Est-ce moi, si ce sont elles?
Tout change et l’on cherche en vain
A faire une heure éternelle
D’un instant qui fut divin;

Mais tant qu’elles sont vivantes
De ce qui reste de lui
Respire l’ombre odorante
De ces roses d’aujourd’hui.

(Henri De Régnier)

Illustration: Marion Warren

 

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Ton rire (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Ton rire

Tu as un rire en cascade
Sur de joyeux cailloux
Un rire d’herbe humide
Dans la prairie de nos ébats
Un rire du bout des doigts
Qui cueillent celui des fleurs
Un rire d’ailes qui battent
Au moment de l’envol
Un rire de feuilles
Quand le vent s’amuse
Un rire de nuit
A se glisser sous les draps
Un rire de jour
A se livrer à l’amour
Et finalement un rire de femme
Sur des lèvres sensuelles.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Guillaume Seignac

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FRUCTIDOR (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



Illustration: Jean-Gabriel Domergue
    
FRUCTIDOR

Velouté de pêche… sur un teint d’abricot…
Un charme rayonnant jusque dans ses prunelles !
La cerise rougit comme un coquelicot
Devant cette nature à la fraîcheur d’airelles.

Ses cheveux flamboyants, aux tons de mirabelle
Possèdent un toucher pareil au lait d’amande
Ses bras prêts à l’envol, telle une tourterelle
Ont la fragilité des raisins qui se fendent.

Dans la douceur du soir d’un automne annoncé
Elle promène ainsi sa beauté printanière
Offrant au monde entier comme une panacée
Sa jeunesse éclatante… et pourtant éphémère.

Au jardin d’Hespérides , elle était une fée
Sylphide vaporeuse… éclat de volupté…
Par le chant d’un zéphyr, joliment décoiffée
Cueillant les pommes d’or de l’Immortalité ! …

(Jacqueline Commard)

 

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J’avais mal à vivre (Franck Venaille)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019



Illustration
    
J’avais
mal à vivre
ô
que j’eus peine
à trouver mon chemin
parmi
ronces et broussailles
tous ces fruits rouges que je
cueillais
avec élégance
avant
de leur confier
écrasé dans ma paume
mon
désespoir d’enfant.

(Franck Venaille)

 

Recueil: Ça
Traduction:
Editions: Mercure de France

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