Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘cuirasse’

PONTS (Ilse Tielsch)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



Illustration: Oskar Kokoschka    
    
PONTS

Construisons des ponts
dit-il
de pierres et de métal
indestructibles grâce au poids
des hommes en cuirasse
qui nous sauveront.

Tressons des objets flexibles
dit-elle
lianes et rameaux verts
passerelles perpétuelles de rivage en rivage
pour les pas pressés de ceux
qui fuient les hommes en cuirasse.

Je construis avec ce que j’ai
dis-je
et lance mon cœur par-dessus l’abîme
il trace une voie dans l’obscurité
celle que je vous offre tel un pont de fortune
il est étroit
mais il porte.

***

BRIDGES

Let us build bridges,
he says,
of stone and steel
indestructible by the weight
of the armored who will save us.

Let’s braid flexible things,
she says,
lianas and green twigs
solid footbridges from shore-to-shore
for the hasty steps
of those who flee from the armored.

I build with what I have,
but it holds.

***

BRÜCKEN

Laß uns Brücken baun
sagt er
aus Steinen und Stahl
unzerstörbar vom Gewicht
der Gepanzerten
die uns retten werden
Laß uns Biegsames flechten
sagt sie
Lianen und grünes Gezweig
haltbare Stege von Ufer zu Ufer
für die eiligen Tritte derer
die vor den Gepanzerten fliehn
Ich baue mit dem was ich habe
sag ich
und werfe mein Herze über den Abgrund
es zieht eine Spur durch das Dunkel
die biete ich euch als Notbrücke an
sie ist schmal
doch sie trägt.

***

BRUGGEN

Laat ons bruggen bouwen
zegt hij
van stenen en staal
onverwoestbaar door het gewicht
van de gewapenden die ons zullen redden

Laat ons buigzame dingen vlechten
zegt ze
lianen en groen takwerk
duurzame loopbruggen van oever naar oever
voor de haastige schreden van hen
die voor de gewapenden vluchten

Ik bouw met wat ik heb
zeg ik
en werp mijn hart over de afgrond
het trekt een spoor door het duister
dat bied ik jullie als noodbrug aan
ze is smal
maar ze draagt.

***

***

PONTI

Lasciateci costruire ponti,
egli dice,
di pietra e acciaio
indistruttibili per il peso
del blindato che ci salverà.

Lasciateci intrecciare qualcosa di flessibile,
lei dice,
liane e ramoscelli verdi
solidi camminamenti da sponda a sponda
per i passi frettolosi
di quelli che fuggono dal blindato.

Costruisco con ciò che ho,
ma duraturo.

***

PUENTES

Construyamos puentes
dice él
con piedras y acero
indestructibles para el peso
de los acorazados
que nos salvarán

Trencemos cosas flexibles
dice ella
lianas y ramas verdes
puentes peatonales duraderos de orilla a orilla
para los pasos rápidos de aquellos
que huyen de los acorazados

Yo construyo con lo que tengo
y arrojo mi corazón por encima del abismo
para que trace una huella en la oscuridad
eso les ofrezco como un puente de emergencia
es estrecho
pero sostiene.

***

ΓΕΦΥΡΕΣ

Ας φτιάξουμε γέφυρες, είπε εκείνος,
με σίδερο και πέτρα
άφθαρτες κι αιώνιες
μες στην αρματωσιά τους και στο βάρος τους
που θα μας σώσει
Ας πλέξουμε ευλύγιστα πράγματα,
είπε εκείνη,

από κισσό και πράσινα κλαδάκια
μονοπάτια σταθερά από ακτή σ’ ακτή
για τα γρήγορα βήματα αυτών
που τρέχουν να ξεφύγουν
απ’ την αρματωσιά

Φτιάχνω με υλικά που έχω
κι αντέχει στο πέρασμα του χρόνου.

***

***

桥 梁

让我们架起桥梁,
他说,
用石头和钢建造
将拯救我们的装甲部队
的重量压不垮的桥梁。
让我们编织柔软的东西,
她说,
用藤蔓和嫩枝
编织岸对岸的坚实人行桥
为那些逃离装甲部队
的人的匆忙脚步而设。
我用我拥有的来建造
但它是靠得住的

***

橋を築こう
彼は言う 。
石と鉄でできた橋を。
装甲車が渡っても壊れない橋を。
きっと私たちを救ってくれるから。
柔らかいものを編みましょう
彼女は言う 。
つるや緑の小枝でつくるのです。
両岸をつなぐ丈夫な人道橋を。
軍隊から急いで逃げる人たちのために。
わたしは 私自身の力で築く
それこそが 芯となりうる

Recueil: ITHACA 612
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Anglais Stanley Barkan / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Indi Jyotirmaya Thakur / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Grec Manolis Aligizakis / Arabe / Chinois William Zhou / Japonais /
Editions: POINT

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ENERGIE REVEUSE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018




ENERGIE REVEUSE

Une énergie rêveuse
s’en prend à la promenade
aux montées d’escaliers blonds
à ce présent qui les redécouvre
le monde s’évertue
une tenace illusion
fait mouvoir les marteaux
et conserver
la cuirasse d’acier aux lueurs familières
le lit d’où montèrent
des soupirs

et que dore un rayon ancien.
Les machines usinières
gémissent aux aurores
jusqu’à l’éclatement possible des atomes,

(Jean Follain)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Casqués du heaume (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

AFC215860

Casqués du heaume

Casqués du heaume et cuirassés,
S’en sont partis les gens de guerre.
Les chemins creux sont défoncés
Où nous cachions nos amours printanières.

Car l’homme doit aimer son frère
Comme l’oisel aime l’oisel
Et partir avec lui la terre
Comme ils se partissent le ciel.

Casqués du heaume et cuirassés
S’en sont partis les gens de guerre.
Les chemins creux sont défoncés
Où nous cachions nos amours printanières.

Mais peu s’en soucie la nature,
Les fleurettes poussent aux prés,
L’oisel jargonne en la ramure,
Le cerf en rut court les forêts.

Et nous aussi devons aimer,
Viens-t-en ès champs et feuillage
Nous livrant aux jeux printaniers,
Oublier la guerre sauvage.

Casqués du heaume et cuirassés,
S’en sont partis les gens de guerre.
Les chemins creux sont défoncés
Où nous cachions nos amours printanières.

(Robert Desnos)

Illustration: Hans Thoma

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Energie rêveuse (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018


Une énergie rêveuse
s’en prend à la promenade
aux montées d’escaliers blonds
à ce présent qui les redécouvre
le monde s’évertue
une tenace illusion
fait mouvoir les marteaux
et conserver
la cuirasse d’acier aux lueurs familières
le lit d’où montèrent
des soupirs
et que dore un rayon ancien.
Les machines usinières
gémissent aux aurores
jusqu’à l’éclatement possible des atomes.

(Jean Follain)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

L’ARBRE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018



Illustration:Laura Zollar
    
L’ARBRE

Enseigne-lui l’étude des arbres. (Georges Séféris)

L’arbre est un fleuve d’étoiles qui s’écoule,
L’arbre tord ses mains, s’apaise, l’arbre est inflexible, l’arbre
N’est rien que la matière qui respire, et la matière est bonne.

L’arbre est la sentinelle du temps.
Il vibre au passage amoureux du soleil, déploie
Ses feuilles, nous invite à veiller aux quatre nuits de l’an qui passe,
Et quand la terre accablée renouvelle
L’inépuisable fécondité de son ventre, il annonce
Le jour qui vient, la montée de la sève jusqu’à la gloire.

[…]

L’arbre semble dormir,
Ne dort jamais, offre aux abeilles
Un refuge au repli de ses branches,
Un trou dans sa cuirasse aux colombes.
Sans jamais divertir, ayant reçu
Nativement sagesse et jugement.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je suis si nu (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Caroline Duvivier
    
Je suis si nu

Je suis si nu quand vous êtes absente
que je me cache en mon obscurité.

Ne croyez pas que ce soit par décence.
J’aime être nu. Je parle d’autre chose,
de cette peur de voir les éléments
se réunir pour décider ma fin.

Car même nu, lorsque vous paraissez,
je suis vêtu, je m’habille de vous
et je suis vous qui êtes ma parure
et ma cuirasse — ô beauté, mon salut.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je subis tout ceci, de l’Autre je pâtis (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Je subis tout ceci, de l’Autre je pâtis,
moi dont ne NON évoqua tout ceci,
qui me reniant fit apparaître l’Autre;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de la liberté,
communément les actions désintéressées,
petit jeu articulaire.

L’ignorance me recouvre,
moi dont le NON contempla toute existence,
connut l’Autre, vit la sagesse;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de l’intuition,
communément cinq sens, fissures limitées.

Et je dis: Je!
et la haine m’isole,
torturant le NON dans la complexité de ma forme,
moi dont le NON évoqua tout ceci,
vit toutes choses une seule,
la Niée devant le NON s’affirmant,
et qui fit d’elle et de lui l’union;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de l’amour,
communément des gestes d’épouvante, de joie et de désespoir,
échangés avec l’Autre
par les joints d’une autre armure.

(René Daumal)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Brûlent les fleurs (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



 

Brûlent les fleurs
trône le pain
résonne le vin
le crabe est devenu fantôme
les dernières écrevisses
abandonnent leur cuirasse
pour échapper à tes dents
je ferme les yeux pour te surprendre
cachée derrière un autre instant
es-tu rivière
murmure
constellation
dauphin ?

la chambre où tiennent à peine
le lit et la table
abrite bien le ciel
la mer et l’arc en ciel
la guerre de Troie
et les mille et une nuits

(Luis Mizón)

Illustration: Colette Calascione

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Malbrough s’en va t’en guerre (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2017




Malbrough s’en va t’en guerre, Mironton, mironton, mirontaine,

Malbrough s’en va t’en guerre, Ne sait qu’en reviendra.

Ne sait qu’en reviendra, Ne sait qu’en reviendra

Il reviendra z’à Pâques,
Ou à la trinité (Ter)

La trinité se passe,
Malbrough ne revient pas. (Ter)

Madame à sa tour monte,
Si haut qu’elle peut monter (Ter)

Ell’voit venir son page.
Tout de noir habillé. (Ter)

Beau page, ah! Mon beau page,
Quelle nouvelle apportez.(Ter)

Aux nouvell’s que j’apporte,
Vos beaux yeux vont pleurer.(Ter)

Quittez vos habits roses,
Et vos satins brochés.(Ter)

Monsieur Malbrough est mort,
Est mort et enterré.(Ter)

J’lai vu porter en terre,
Par quatre z’officiers.(Ter)

L’un portait sa cuirasse,
L’autre son bouclier.(Ter)

L’un portait son grand sabre,
L’autre ne portait rien.(Ter)

A l’entour de sa tombe,
Romarins l’on planta.(Ter)

Sur la plus haute branche
Un rossignol chanta (Ter)

On vit voler son âme,
Au travers des lauriers.(Ter)

Chacun mit ventre à terre,
Et puis se releva.(Ter)

Pour chanter les victoires,
Que Malbrough remporta.(Ter)

La cérémonie faite,
Chacun s’en fut coucher.(Ter)

Les uns avec leurs femmes,
Et les autres tout seuls.(Ter)

Ce n’est pas qu’il en manque,
Car j’en connais beaucoup. (Ter)

Des blondes et des brunes,
Et des châtaign’s aussi.(Ter)

J’n’en dit pas d’avantage,
Car en voilà assez.(Ter)

(Anonyme)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Elle avait des seins (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Ora Tamir  
    
Elle avait des seins durs comme une cuirasse
dans le plein été d’une étreinte d’homme.

Lisse autour de son sexe
elle fermait les bras sur celui
qui l’emportait un instant au-delà de sa chair,
au-delà de toutes les forêts qui montaient d’elle
d’une seule poussée de reins.

La buée qui recouvrait son corps
comme celle qui est sur les fruits qu’on n’a pas touchés
l’empêchait de luire comme une vitre bien faite.

On cherchait l’amande de sa chair
comme on cherche une source dans les bois
quand la chaleur fait tanguer le monde.

A longues gorgées, sans se reprendre,
l’homme buvait les seins de la femme.
C’était un enchantement de rosée
et les mains, les bras, les jambes
faisaient un doux et lent travail de bielle.

Quand elle fermait les yeux
elle avait tout le ciel derrière les paupières
quand elle fermait les cuisses
un arbre s’enracinait entre elles.
Ses cheveux se liaient à la terre
rendue soudain à la liberté de ses herbes.

Elle était longue comme la lumière
qui se jette du haut d’un nuage.
Elle était belle parce qu’elle avait des yeux,
elle était vivante parce qu’elle avait une bouche,
elle était femme parce qu’un homme poussait en elle comme une plante.

Avec une tête qui ne tenait plus que par la carotide,
avec une tête qui se penchait sur un gouffre,
elle déroulait sa peau et celle de l’homme
pour en faire une seule épaisseur qui se tordait
comme un drap tout frais de lessive.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :