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Poésie

Posts Tagged ‘cuire’

Comptine (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017




    

Comptine
(Voix d’enfant; zézaiement recommandé.)

J’avais une vache
elle est au salon

j’avais une rose
elle est en chemise
et en pantalon

j’avais un cheval
il cuit dans la soupe
dans le court-bouillon

j’avais une lampe
le ciel me l’a prise
pour les nuits sans lune

j’avais un soleil
il n’a plus de feu
je n’y vois plus goutte
je cherche ma route
comme un malheureux.

(Jean Tardieu)

 

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L’étang (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017



Illustration: Catherine Mignot Masi
    
L’étang

Auprès de l’étang solitaire
Dont l’eau se plombe et se corrompt,
J’aime effeuiller la douce-amère
Que font cuire dans leur chaudron
Les sorciers, et parmi les sphaignes,
Sous les rachitiques bouleaux,
Rêver dans l’ombre qui s’imprègne
Lividement à leurs rameaux.

J’aime la nuit insomnieuse
Où tant de mystère est tapi;
Au pied des saules accroupis
Cueillir, s’enténébrant, l’yeuse;
Ecouter la vase qui grouille
Amoureusement et, sinistre
Instrument que la brume rouille,
Le vent résonner comme un sistre.

J’aime la voltigeuse flamme,
Hantant les marais violets,
Mangés d’ulcères et se squames,
D’un maléfique feu-follet;
Et noire en des vols de macreuses,
Debout aux rives vénéneuses,
Contempler, promenant sa faux,
La Mort qui fauche les roseaux.

(Marie Dauguet)

 

 

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La poule (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



La poule

Poule poule poule poule,
Insupportable coquette
Qui tortilles de la queue
Et qui le blanc de l’œil roules,
Pourquoi dit-on tantôt que
Tu caquètes, tu caquètes ?
ET tantôt que tu jabotes ?
Poule, poule, ma cocotte,
Poule, vaniteuse et sotte !
Tantôt enfin que tu glousses,
Poule noire ou poule rousse ?
Poule, sauras-tu le dire ?

La poule m’a répondu :
« – Prends cet œuf que j’ai pondu
Et va te le faire cuire ! »

(Bernard Lorraine)

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Chaleur (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



 

Albert Lichten (28) [1280x768]

Chaleur

Tout luit, tout bleuit, tout bruit.
Le jour est brûlant comme un fruit
Que le soleil fendille et cuit.

Chaque petite feuille est chaude
Et miroite dans l’air où rôde
Comme un parfum de reine-claude.

Le soleil comme de l’eau pleut
Sur tout le pays jaune et bleu.

(Anna de Noailles)

Illustration: Albert Lichten

 

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DECLARATION (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



DECLARATION

L’amour que je sens, l’amour qui me cuit,
Ce n’est pas l’amour chaste et platonique,
Sorbet à la neige avec un biscuit ;
C’est l’amour de chair, c’est un plat tonique.

Ce n’est pas l’amour des blondins pâlots
Dont le rêve flotte au ciel des estampes.
C’est l’amour qui rit parmi des sanglots
Et frappe à coups drus l’enclume des tempes.

C’est l’amour brûlant comme un feu grégeois.
C’est l’amour féroce et l’amour solide.
Surtout ce n’est pas l’amour des bourgeois.
Amour de bourgeois, jardin d’invalide !

Ce n’est pas non plus l’amour de roman,
Faux, prétentieux, avec une glose
Désir de pourquoi, de mais, de comment.
C’est l’amour tout simple et pas autre chose.

C’est l’amour vivant. C’est l’amour humain.
Je serai sincère et tu seras folle,
Mon cœur sur ton cœur, ma main dans ta main.
Et cela vaut mieux que leur faribole !

C’est l’amour puissant. C’est l’amour vermeil.
Je serai le flot, tu seras la dune.
Tu seras la terre, et moi le soleil.
Et cela vaut mieux que leur clair de lune!

(Jean Richepin)

 

 

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Scènes possibles de joie (Stéphane Bouquet)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2016



Scènes possibles de joie :

Elle l’attendait depuis longtemps,
depuis que la lumière a cessé de battre
comme une sorte de cœur dans les vitres (sa pensée).
Et maintenant elle était sûre que c’était lui,
parce qu’elle reconnaissait son pas, son rythme.
Elle pouvait presque reconnaître son souffle aussi,
bien qu’évidemment elle ne l’entendît pas,
et, pour l’instant, il se contentait de grimper
– vite, très vite – les marches,
mais elle avait la chaleur précise de son souffle dans l’oreille,
elle gardait sa voix et son souffle dans quelque chose
comme un creux que j’ai dans le corps pensa-t-elle et où je vous cultive.
Une dernière fois, elle vérifia sa silhouette dans le miroir.
Sa robe allait, son visage allait, tout allait trouvait-elle.
Elle l’attendait et il frapperait
et elle s’ouvrirait comme une rose, comme une fleur,
comme n’importe quelle fleur,
à qui on redonne la lumière, la chaleur,
et qui veut prendre, qui veut croître et fleurir et s’épanouir,
qui veut être complètement dans la campagne.
Je veux être complètement dans la campagne
pensa-t-elle le long des allées de terre
le visage tourné vers le soleil et abrité du vent par les oseraies, par les saules,
par tout ce qui existe et peut me protéger.
Elle remit une mèche de cheveux,
elle effaça l’ombre d’une poussière sur sa joue
et alors il frappa.

***

– Vous voulez venir avec moi ?
– Oui je veux bien.
Elle l’avait dit trop vite
comme l’oiseau qu’elle était et qui souhaitait quoi ?
picorer un visage sans doute, oui c’est ça,
le sien, un visage d’herbes et de barbe.
Elle se sentait transportée, rayonnante, lumineuse.
Très très légère et l’idée lui était venue :
en sa compagnie, je suis un oiseau, pas autre chose.
C’est-à-dire : quelqu’une d’infiniment heureuse
et débarrassée de tout danger.
Les oiseaux volent, ils échappent aux prédateurs par leurs ailes
et vivent d’une certaine façon une vie presque non risquée.
Voilà l’idée fausse que je me fais des oiseaux pensa-t-elle.
Elle était une fleur et maintenant un oiseau et quoi d’autre ?
mais c’était lui qui la mettait dans tous ses états, littéralement, et provoquait ses métamorphoses
et elle ne pouvait pas résister : elle était à côté de lui
et elle dévalait toutes les formes de la vie,
et pas une ne lui échappait,
parce qu’il m’ouvre de partout pensa-t-elle, je suis devenue toute.

***

… dit-il ; dit-elle ; dit-il ; dit-elle.
Toute une conversation, ils en sont arrivés là, finalement, et c’était sans effort :
il et elle volubiles et jamais gênés,
jamais interrompus, comme dans son enfance
il y avait cette rivière permanente et inaccessible, dans son adolescence en fait.
Et désormais elle regardait les rives depuis le bateau,
depuis la presque barque qu’était, pour elle,
leurs paroles et nous nous les échangeons, et elle se les décrivait :
roseaux, lentes biches, herbes & saules, branches plongées dans l’eau,
pentes de terre, garçons nus sur les pentes de terre,
les garçons nus et juteux de soleil, elle se le disait comme ça,
nous sommes des fruits de toute façon, et il arrive que quelqu’un nous approche et nous cuisons.
Moi aussi j’appartiens à l’ordre des pêches et je coule pensa-t-elle.
Tout désormais prenait ce rythme.

(Stéphane Bouquet)

Illustration: Neila Ben Ayed

 

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Les mots (Dominique Sampiero)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2016



les mots rouissent cuisent à gros bouillons
refroidissent et murmurent

les journées engraissent immobiles
une haute muraille s’éventre

tu savais tes mains de l’autre côté
et aucun geste pour les rejoindre

les réunir

(Dominique Sampiero)

 

 

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ELLE (Angèle Vannier)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2016



ELLE

Elle avait un chat noir un cheval un bon chien
Elle allumait son feu elle cuisait son pain
Elle allait à l’église aussi tous les matins
Elle avait le roi même à portée de sa main
Elle avait un verger qui donnait tous les fruits
Elle faisait son bien du jour et de la nuit
Ses semaines avaient toujours quatre jeudis
Et les gens très bien renseignés
Aimaient beaucoup à raconter
Qu’elle était la plus belle forme de l’amour.

Mais pourtant je le sais
Elle aurait tout donné
Pour partir de l’autre côté.

(Angèle Vannier)

Illustration

 

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Estivants (G.L Godeau)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016


Des charrettes d’humains ont été déversées sur le sable.
Agglomérés autour des parasols, ils badigeonnent leurs corps blancs.
Ils se lèvent deux fois par jour.
A regret, ils entrent dans la mer, font la grimace
et regagnent leur place.
A bout portant, le soleil les cuit.
Ils sont venus exprès.

(G.L Godeau)


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Sur la planète des mouches (Christian Morgenstern)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2015



Gare à l’homme qui se hasarde
sur la planète des mouches
Car là-bas la mouche lui fait
Ce qu’ici il fait à la mouche.

Des papiers tue-hommes y guettent
Notre humanité tout entière
Et des gobe-hommes l’y allèchent
Avec du sucre et de la bière.

Sur un point les mouches sont bien
Plus que l’homme civilisées:
On n’est jamais cuit dans leur pain
Ni avec de la bière avalé.

(Christian Morgenstern)

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