Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘cuisses’

Jolimont (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



A l’ombre du gazomètre,
Vénus marchait dans l’ortie.
Une odeur de pleine mer
Coulait de sa chevelure
Où l’algue brouillait les mèches.
La sirène de la mine
Appelait éperdument
A ses tempêtes profondes
Mille marins maquillés
Qui tenaient d’une main rêche
La lampe des vierges folles.
Quelque nuage frileux
Rentrait dormir à la niche,
L’oreille basse et la langue
Pendante jusqu’au pavé.
Vénus, lumineuse et chaude,
Marchait dans l’ortie en fleur.
Elle s’appelait Minouche.
Au Minouche, que j’aimais
Tes jeunes cris dévêtus
Et les taches de rousseur
De tes cuisses de brugnon
Dans les blés de Jolimont.

(Norge)

Illustration: William Bouguereau

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inventaire de l’amour (Tahar Djaout)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018


Kaleidoscope

désir de pluie apaisante
quand ta robe repoussée
délivre un feu qui sommeille.

je suis devant ton corps
comme l’enfant émerveillé par le kaléidoscope;
rêve de fruits opulents,
rêve d’oiseaux multicolores,
rêve de paysages enchanteurs,
rêve d’arbres voyageurs.

je suis devant ton corps
comme l’enfant abasourdi par les manèges:
je me souviens — tu étais à mes côtés —
de ce silence des rues pourtant trépidantes,

je me souviens des murs
dont les jointures craquaient de ne pouvoir contenir mon bonheur,
je me souviens de ce désir trop lourd pour ma poitrine,
de ce désir que nous portions à deux
comme un poids d’eau salutaire.

je suis devant ton absence
comme l’enfant pleurant de solitude:
tu viens à moi et la rue répudie son visage des jours brumeux,
tu viens à moi et la lumière née soudain te multiplie,
les choses prennent les contours que tes mains leur attribuent.

comme deux planètes confondues:
ton corps jumeau du mien,
mon désir au tien ligoté.

je suis entre tes bras
comme l’argile frémissante et aveugle:
tes mains inventent mon corps
et tracent un chemin pour mes lèvres.

je suis devant tes paysages offerts
un inlassable déchiffreur:
la rosée des lèvres concédées,
les lianes subtiles de tes bras,
les pirogues de tes cuisses,
la plaine du ventre qui chavire,
le miel de la fleur harponnée,
la combustion d’insectes
dans l’arc des aisselles dévoilées.

je suis devant ton corps
comme l’enfant taraudé d’aventures.

je suis devant ton amour
comme une luciole inextinguible.

(Tahar Djaout)

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Silence (Radovan Ivsic)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



Ils grandissent et disparaissent
les anneaux de la mémoire
il est calme
le lac du monde
tu es muette et profonde
seule
tu es le coeur du monde
nu.

Même les seins sont des fleurs fugitives
tes cuisses d’herbe bercent ma main
et les baisers sont lents comme la clarté
lents
j’oublie et la pesanteur et la peine
la peine des fleurs trop éloignées
pour s’embrasser
et mes doigts s’effeuillent sur tes épaules
comme si le vent semait et je meurs de tendresse
partout
et de nouveau ma main coule sur ton corps clair
sur les pommes
que je caresse de mon oeil
nu.

Jeunes filles jeunes filles
je serai tellement joyeux.

(Radovan Ivsic)

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Corporel (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Corporel

L’arabesque en forme de femme
balance des feuilles tendres sur le blanc
de la peau.
Elle transmue des cuisses en rythmes,
des genoux en tulipes. Et elle danse
en reposant. Maintenant s’incline
en turgides, promettantes collines.

Tout s’allonge: c’est une terre
parsemée de minéraux arrondis,
bracelets, anneaux multipliés,
mandolines de douceur aux reins chantant.

Où s’apaise le mouvement, naît
spontanée la parabole,
et un orbe, un sein, une baie
font s’écouler, sans fin,
la modulation de la ligne.

De cinq, dix sens, s’enfle
l’arabesque, pomme
polie dans la rosée
de corps qui s’enlacent et se déprennent
dans la courbe courbe courbe bien-aimée,
et ce que le corps invente est chose ailée.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Jean-Baptiste Valadié

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La servante accouche dans le grenier (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016



La servante accouche dans le grenier avec de grandes douleurs.
Et la solitude lui pèse à deux mains sur les cuisses.

(Jean Joubert)


Illustration

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Fraises (Edwin Morgan)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2016



Il n’y a plus jamais eu de fraises
comme celles que nous avons mangées
cet après-midi étouffant
où nous étions assis sur les marches
de la porte-fenêtre
face à face
tes genoux entre les miens
les assiettes bleues sur nos cuisses
les fraises luisantes
dans le chaud soleil
nous les trempions dans le sucre
en nous regardant l’un l’autre
sans presser notre banquet
pour un autre à venir
les assiettes vides
déposées sur les pierres
les deux fourchettes croisées
et je me suis penché vers toi
doux dans cet air
dans mes bras
abandonné comme un enfant
dans ta bouche empressée
le goût des fraises
dans ma mémoire
appuie-toi encore
laisse-moi t’aimer

laisse que le soleil frappe
notre oubli
ne serait-ce qu’une heure
la chaleur intense
et les éclairs d’été
sur les collines Kilpatrick
laisse que la tempête lave les assiettes.

(Edwin Morgan)

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Les petites Maillol (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2016



Dans ces labyrinthes frais et verts
on voit les petites Maillol, fluviatiles,
océanes, antiques, l’Eté, Flore et Pomone
nues, ou drapées bien en chair, les fruits

Désirables qu’elles portent! Autre chose
que de la couleur, la forme des saisons,
autre chose que des mots, ou simplement un désir

De mots. Comme si ventre, seins et bras
et offrande de pomme ou d’orange
étaient matière de souffle et fougue du jour d’été
qui ébouriffe et irise les jets d’eau.

Dans le bronze ou le plomb
ces formes lisses de fesses,
cuisses et seins,
et l’asile obscur des bras
où parfois rêve un visage

Qui n’est visage de personne,
ou tête pensive dans la paume,
la Méditerranée et la Nuit. Oublieuses,
nues dans le sommeil noir des mots,
cette couleur étrangère
qu’ont les yeux fermés, cette couleur d’oubli

Qui coule de l’été dans les plis secrets
du coude et de l’aine,
dans l’entrejambe et l’absence de sexe,
là où rien ne parle, la source,
la bouche d’énigmes.

La Douleur, solitaire,
masse de femme, opulente, inaccessible,
au milieu de la pelouse.

Sur la surface lisse déroulée
dans la lumière du soir presque irréelle
et que laque un soleil acrylique de cinq heures,
autour de l’étrangère qui s’est assise là,

Claudiquent les étourneaux comme un seul geste,
en tout sens. Quelle calligraphie trempe
dans l’encre de chine ces porte-plume?
quelle main invisible guide leurs becs avides?
ils sautillent, ils crient,

Sur l’herbe de soie ils écrivent
la douleur, l’incompréhensible idéogramme.

Grâces mille neuf cent, sculpturales garces!
« C’te grosse vache de Vénus »
tandis que la Baigneuse relève
pour le bain de minuit son chignon,
d’autres, des vivantes

Des loquaces en robes blanches
agitent leurs mains
bagues qui scintillent dans le soir,
(et leurs autres étoiles secrètes),

Elles passent, ces alertes, ces éphémères,
le portable à l’oreille et l’ambre
du regard dans les veines de l’air
tandis que le jet d’eau

D’heures lasses s’affaisse,
on est visage et sourire noyé
à ces fleurs d’ophélies qui nous survolent,
bloc de parole creuses
au fond de l’eau.

Une ronde immobile d’enfance,
les trois Nymphes graciles
en conciliabule,

Et leurs paumes offertes
à des blancheurs qui tombent,
pétales, papillons, aux invisibles
aux silencieuses chutes de l’heure
qui viennent leur manger dans la main,

Paumes qui offrent, ou qui recueillent
les mots enténébrés de l’enfance. Chacune
présent à l’autre
cette fleur au coeur noir, et c’est encore

L’avide et le feu de l’été très proche
toute aile qui de ces mains ouvertes
s’échappe et fait tourner
les miroirs de l’air.

(Claude Adelen)

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Sous la chevelure (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2015


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Sous la chevelure avance
un long corps d’étoile
nu comme un lac,
et fendu comme un arbre

Sous la foudre froide,
un lait d’or figé,
où boit un serpent
rouge et prisonnier.

Double faux des cuisses
dans l’herbe nocturne,
éclat des aciers,
noués d’une fleur.

Ô marche odorante
d’une claire armure
l’ouragan s’arrête
au porche des jambes.

Quel est ce rosier
qui a deux racines,
et si peu de feuilles
sur l’éclat des roses.

Si la nuit expire,
la couleur de l’aube
aura son miroir,
Ô corps solitaire,
que baise la nuit
d’un baiser sans lèvres,
que de lits te rêvent !

(Alain Borne)

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Fille des eaux et de la tempête (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2015



Fille des eaux et de la tempête
l’écume de ta robe
cache tes cuisses de rochers
ton sexe d’algues
et tes seins d’écueils
que galbe la marée
tes seins que le vent
habille ou dénude
de leur voile de brume.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Nue sur ton lit bien chaud (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2015



Nue sur ton lit bien chaud
Un oiseau de plaisir roucoule dans ta gorge
Tes seins pointent vers la fenêtre ouverte
Le vent vient les caresser
Avec les parfums de la campagne

Le soleil glisse sur tes cuisses
Sur tes hanches et sur ta poitrine
Le soir ton corps se couvre des couleurs du couchant
La nuit des étoiles cachent tes seins
Et leur clarté frissonne sur ton ventre
Quand tu te retournes
La lune jalouse le bas de ton dos.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Zinaida Serebriakova

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