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Au Dieu pauvre (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2016



Au Dieu pauvre

JE t’adore, Dieu pauvre entre les Immortels,
Et j’ai tressé pour toi ces roses purpurines,
Parce que tu n’as point de temples ni d’autels,
Et que nul tiède encens ne flatte tes narines.

Nul ne te craint et nul n’implore ta bonté…
Ceux qui t’honorent sont pauvres, car tu leur donnes,
Ayant ouvert tes mains vides, la pauvreté ;
Et ton souffle est plus froid que celui des automnes.

Moi qui subis l’affront et le courroux des forts,
Je t’apporte, Dieu pauvre et triste, ces offrandes :
Des violettes que je cueillis chez les morts
Et des fleurs de tabac, qui s’ouvraient toutes grandes…

Dans un coffret de jade aux fermoirs de cristal,
Dieu pauvre, je t’apporte humblement mon coeur sombre,
Car je ne sais aimer que ce qui me fait mal,
Eprise, d’un fantôme et de l’ombre d’une ombre…

Je ne demande rien à ta Divinité
Sans parfums et que nul prêtre n’a reconnue…
Nul roi n’a jamais craint de t’avoir irrité
Et n’a pleuré devant ta châsse froide et nue.

Mais moi qui hais la foule à l’entour des autels,
Moi qui raille l’espoir cupide des prières,
Je te consacre, ô le plus doux des Immortels,
Ce chant pieux fleuri sur mes lèvres amères.

(Renée Vivien)

Illustration: Alex Alemany

 

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Geste (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2015



Victor Nizovtsev q [800x600]

Geste

Alme fleur, fleur d’éden, hanebane d’enfer.
Ta bouche, et tes seins lourds que d’or tissé tu brides !
Nous allions par les bois pleins de monstres hybrides,
Toi de pourpre vêtue et moi bardé de fer.
Sous mon épée alors plus prompte que l’éclair,

Crânes fendus, les dos troués, les yeux stupides,
Tombaient les nains félons et les géants cupides.
Et les citoles des jongleurs sonnaient dans l’air.

Docile au joug, qu’il eût fallu que j’abolisse,
J’ai trop longtemps humé la saveur du calice,
Quand l’ennemi veillait sur les quatre chemins.
Le palais fume encore et l’île est saccagée.
Quel sortilège impur en guivre t’a changée,
Toi qui berçais mon cœur avec tes blanches mains ?

(Jean Moréas)

Illustration: Victor Nizovtsev

 

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