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LE CURÉ ET LE MORT (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE CURÉ ET LE MORT

Un mort s’en allait tristement
S’emparer de son dernier gîte ;
Un Curé s’en allait gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.
Notre défunt était en carrosse porté,
Bien et dûment empaqueté,
Et vêtu d’une robe, hélas ! qu’on nomme bière,
Robe d’hiver, robe d’été,
Que les morts ne dépouillent guère.
Le Pasteur était à côté,
Et récitait à l’ordinaire
Maintes dévotes oraisons,
Et des psaumes et des leçons,
Et des versets et des répons :
« Monsieur le Mort, laissez-nous faire,
On vous en donnera de toutes les façons ;
Il ne s’agit que du salaire. »
Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort,
Comme si l’on eût dû lui ravir ce trésor,
Et des regards semblait lui dire :
« Monsieur le Mort, j’aurai de vous
Tant en argent, et tant en cire,
Et tant en autres menus coûts. »
Il fondait là-dessus l’achat d’une feuillette
Du meilleur vin des environs ;
Certaine nièce assez propette
Et sa chambrière Pâquette
Devaient voir des cotillons.
Sur cette agréable pensée
Un heurt survient, adieu le char.
Voilà Messire Jean Chouart
Qui du choc de son mort a la tête cassée :
Le Paroissien en plomb entraîne son Pasteur ;
Notre Curé suit son Seigneur ;
Tous deux s’en vont de compagnie.

Proprement toute notre vie ;
Est le curé Chouart, qui sur son mort comptait,
Et la fable du Pot au lait.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Le tigre et le curé (Jean-Luc Moreau)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



Le tigre et le curé

Dans la jungle, un jour, s’aventure
Un curé. Le tigre survient.
«Prions», se dit l’abbé. «Seigneur, je t’en conjure,
Fais que ce tigre soit chrétien.»
Comment le Très-Haut se débrouille,
La chronique n’en parle pas.
Le fauve en tout cas s’agenouille :
«Seigneur», dit-il, bénissez ce repas. »

(Jean-Luc Moreau)

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Salomé (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



Salomé

Nous planterons des fleurs et danserons en rond
Jusqu’à l’heure où j’aurai perdu ma jarretière
Le roi sa tabatière
L’infante son rosaire
Le curé son bréviaire

(Guillaume Apollinaire)


Illustration: Lucien Levy Dhurmer

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Une grenouille bleue (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2016


grenouille-bleue

Une grenouille bleue
Se mordait la queue
Au fond du lavoir
Allez donc la voir.

Un gros éléphant
Cherchait un pou blanc
Dans une rivière
Allez donc le faire

Un canard déçu
Fuyait, le cul nu
Dans un ciel de cuivre
Allez donc le suivre.

Un oiseau sans nid
Couchait dans le lit
De la cantinière
Dormez, militaire.

Un coq sans clocher
Battait le curé
Dans la sacristie
C’est triste la vie.

(Georges Perros)

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La solitude (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2016



 

La cure, pour tous les maux de la vie, est mise en réserve
dans l’intime profondeur de la vie elle-même,
l’accès en devient possible quand nous sommes seuls.

La solitude est un monde en elle-même,
plein de merveilles et de ressources insoupçonnées.
C’est absurdement près et cependant à une distance si inaccessible!

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Michel Ocelot

 

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L’ allumette (Francis Ponge)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2016



L’ allumette

Le feu faisait un corps à l’allumette.
Un corps vivant, avec ses gestes,
son exaltation, sa courte histoire.
Les gaz émanés d’elle flambaient,
lui donnaient ailes et robes, un corps même:
une forme mouvante,
émouvante.

Ce fut rapide.

La tête seulement a pouvoir de s’enflammer, au contact d’une réalité dure,
— et l’on entend alors comme le pistolet du starter.
mais, dès qu’elle a pris,
la flamme
— en ligne droite, vite et la voile penchée comme un bateau de régate —
parcourt le petit bout de bois,

Qu’à peine a-t-elle viré de bord
finalement elle laisse
aussi noir qu’un curé.

(Francis Ponge)

 

 

 

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L’amour C’est Du Pipeau (Brigitte Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2016



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L’amour C’est Du Pipeau

L’amour, l’amour, l’amour
toujours le vieux discours
soit divin soit humain
idem le baratin
jusque dans les vécés
j’en peux plus par pitié
faudrait changer de disque
entreprise à hauts risques
Les curés en chaleur
idoles en pleurs
les mémés les plus louches
n’ont que ça à la bouche
oh de grâce arrêtez de vous badigeonner
de cette pub idiote
j’en ai plein la culotte

L’amour c’est du pipeau
c’est bon pour les gogos
L’amour c’est du pipeau
c’est bon pour les gogos

Bardes dégoulinants
scribouillards pleurnichants
délicats militaires
épargnez nous vos glaires
Vénus ô statue creuse
mets la donc en veilleuse
vas t’faire voir chez les Grecs,
les anthropopithèques

L’amour c’est du pipeau
c’est bon pour les gogos

L’amour c’est du pipeau
c’est bon pour les gogos
L’amour, l’amour, l’amour
toujours le vieux discours
soit divin soit humain
idem le baratin
Vénus ô statue creuse
mets la donc en veilleuse
vas t’faire voir chez les Grecs,
les anthropopithèques

L’amour c’est du pipeau
c’est bon pour les gogos
L’amour c’est du pipeau
c’est bon pour les gogos

(Brigitte Fontaine)

 

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Rondeaux (Jean Froissart)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2016



Rondeaux

On doit le temps ainsi prendre qu’il vient :
Toujours ne peut durer une fortune ;
Un temps s’en va, et puis l’autre revient :
On doit le temps ainsi prendre qu’il vient.

Je me conforte à ce qu’il me souvient
Que tous les mois avons nouvelle lune ;
On doit le temps ainsi prendre qu’il vient.

Il n’est plaisir, divertissement, ni joie
Qui vienne au cœur, si ce n’est par aimer ;
Je veux le dire, partout ou que je sois:
Il n’est plaisir, divertissement, ni joie;
Les ignorants, je voudrais volontiers
Etre amoureux, pour honorer cet état.
Il n’est plaisir , divertissements, ni joie
Qui vienne au cœur, si ce n’est par aimer.

Duquel des deux fait Amour plus grande cure ?
Ou de la Dame ou du Loyal ami
Quand chacun d’eux en bonne amour procure ?
Duquel des deux fait Amour plus grande cure ?
Je veux me taire, la matière est obscure,
Et je laisserai juger un autre que moi.
Duquel des deux fait Amour plus grande cure ?
Ou de la dame ou du loyal ami?

Si je me plains, ma dame j’ai bien de quoi,
Car vos regards me sont un peu trop fiers:
Adoucissez-les quand les jetez sur moi.
Si je me plains, ma dame, j’ai bien de quoi.
Ils ne me font que tristesse et anoi
Et ce n’est pas ce dont j’ai besoin.
Si je me plains, ma dame, j’ai bien de quoi,
Car vos regards me sont un peu trop fiers.

On écrit bien telle lettre à la chandelle,
Qui plait moult bien quand on la lit au jour.
Amour, je suis dans cette affaire pareil;
– On écrit bien telle lettre à la chandelle –
J’ai en mon cœur écrit la nonpareille
Qui est nommée fleur de marguerite.
On écrit bien telle lettre à la chandelle
Qui plait moult bien quand on la lit au jour.

(Jean Froissart)

Illustration: Ary Scheffer

 

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Il y a dans le fond quelque chose qui beugle (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016




Il y a dans le fond quelque chose qui beugle

Que chacun s’observe ou que chacun s’ignore
que chacun se regarde ou que chacun s’aveugle
que chacun se refuse ou que chacun se subodore
il y a dans le fond quelque chose qui beugle

Que l’homme s’envole ou que la femme s’enceinte
que l’enfant pleurniche ou que le vieillard s’aveugle
que le curé fornique ou que la bonne soeur se croie sainte
il y a dans le fond quelque chose qui beugle

(Raymond Queneau)

 

 

 

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Je ne me mets pas en peine (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2015



 

Daniel F. Gerhartz _Gentle1

Je ne me mets pas en peine
Du clocher ni du beffroi ;
Je ne sais rien de la reine,
Et je ne sais rien du roi ;

J’ignore, je le confesse,
Si le seigneur est hautain,
Si le curé dit la messe
En grec ou bien en latin ;

S’il faut qu’on pleure ou qu’on danse,
Si les nids jasent entr’eux ;
Mais sais-tu ce que je pense ?
C’est que je suis amoureux.

Sais-tu, Jeanne, à quoi je rêve ?
C’est au mouvement d’oiseau
De ton pied blanc qui se lève
Quand tu passes le ruisseau.

Et sais-tu ce qui me gêne ?
C’est qu’à travers l’horizon,
Jeanne, une invisible chaîne
Me tire vers ta maison.

Et sais-tu ce qui m’ennuie ?
C’est l’air charmant et vainqueur,
Jeanne, dont tu fais la pluie
Et le beau temps dans mon coeur.

Et sais-tu ce qui m’occupe,
Jeanne ? c’est que j’aime mieux
La moindre fleur de ta jupe
Que tous les astres des cieux.

(Victor Hugo)

Illustration: Daniel F. Gerhartz

 

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