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Poésie

Posts Tagged ‘curiosité’

FUITE (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2019



FUITE

ma vie a commencé dans un placard
sous les dépouilles et la poussière
je suçais des morceaux de sucre volés
dehors la lune à petits pas arpentait le toit
ponctuant le début de mon surcroit de vie
replié dans la fragilité de mon aventure
la curiosité me poussa dans l’escalier
mais je butai sur la douzième marche
et les portes ouvrirent des yeux muets
d’effarement devant ma nudité
pendant que je courais sous le ciel indifférent
les mains serrées sur un paquet de peur
une étoile jaune tomba du ciel
et frappa ma poitrine
c’est alors qu’ils m’attrapèrent
et m’enfermèrent dans une boîte
qu’ils trainèrent partout sur la terre
pour figurer ma honte
autour ils se battaient à coup de pierres
et faisaient des étoiles un énorme brasier
tous les jours ils venaient me toucher
mettre leurs doigts dans ma bouche
et me marquer de noir et ce bleu
mais par une fissure dans le mur
je vis un arbre en forme de feuille
et un matin un oiseau me vola dans la tête
je me mis à aimer si fort cet oiseau
que quand mon maître à l’oeil bleu
regarda le soleil et s’aveugla
j’ouvris la cage et cachai
mon coeur dans une plume jaune

***

ESCAPE

my life began in a closet
among empty skins and dusty hats
while sucking pieces of stolen sugar
outside the moon tiptoed across the roof
to denounce the beginning of my excessiveness
backtracked into the fragility of my adventure
curiosity drove me down the staircase
but I slipped on the twelfth step and fell
and all the doors opened dumb eyes
to stare impudently at my nakedness
as I ran beneath the indifferent sky
clutching a filthy package of fear in my hands
a yellow star fell from above and struck my breast
and all the eyes turned away in shame
then they grabbed me and locked me in a box
dragged me a hundred times over the earth
in metaphorical disgrace
while they threw stones at each other
and burned all the stars in a giant furnace
every day they came to touch me
put their fingers in my mouth
and paint me black and blue
but through a crack in the wall
I saw a tree the shape of a leaf
and one morning a bird flew into my head
I loved that bird so much
that while my blue-eyed master
looked at the sun and was blind
I opened the cage and hid my heart
in a yellow feather

(Raymond Federman)

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Nous les aimons (René Char)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2019



Nous désirons rester inconnus
à la curiosité
de celles qui nous aiment.
Nous les aimons.

(René Char)

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Un port est un séjour charmant (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Un port est un séjour charmant
pour une âme fatiguée des luttes de la vie.
L’ampleur du ciel,
l’architecture mobile des nuages,
les colorations changeantes de la mer,
le scintillement des phares,
sont un prisme merveilleusement propre
à amuser les yeux sans jamais les lasser.
Les formes élancées des navires, au gréement compliqué,
auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses,
servent à entretenir dans l’âme le goût du rythme et de la beauté.
Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique
pour celui qui n’a plus ni curiosité ni ambition, à contempler,
couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle,
tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent,
de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s’enrichir.

(Charles Baudelaire)

 

 

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RENCONTRE (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Annibale Carracci christ_carrying_the_cross _512

RENCONTRE

Je t’ai rencontré sur le sentier de ta mort,
Et c’est tout à fait par hasard
Que j’avais pris ce chemin,
Ne sachant pas que tu te rendais là.

Quand j’entendis la populace hurlante
Je voulus revenir,
Cependant par curiosité je restai
Sur son passage.

Dans la clameur
Soudain je me sentis faiblir
Mais je ne m’en retournai pas.

La meute hurlait si fort, pourtant elle était si faible
Semblable à un océan malade et sourd.
Sur ta tête tu portais des épines aiguës,
Tu ne me regardais pas.

Et sur ton dos,
Tu portais
Toute ma misère.

(Langston Hughes)

Illustration: Annibale Carracci

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Femme totale (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



Femme totale

A la limite du désir
A la frontière de la douleur et de la joie
La lumière caresse tes seins fermes

Tu goûtes à la saveur des choses
Et suis du regard
La migration des oiseaux
Tu aimes regarder pousser
Les fleurs du jardin
Dans le bourdonnement des abeilles
Et voleter les papillons que tu aimerais cueillir
Comme des fleurs vivantes
Pour en faire un bouquet
De couleurs animées

Tu as des canines à lacérer l’espace
Des molaires à écraser le temps
D’un esprit primesautier
Tu danses sur l’herbe
Humide des soirs
En épanouissant ta robe
Et rentres au foyer
Pour te contempler
Dans tous les miroirs
Avant que ne s’ouvrent à ta curiosité
Les armoires à glace remplies de trésors.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Pascal Renoux

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OUVERT (Francisco Alvim)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2017



    

Illustration: Eric Principaud
    

OUVERT

Parfois le regard chemine
dans la trame de la lumière
sans la moindre curiosité
ni rêverie quelconque
Il avance en quête du temps
et le temps, comme toujours,
vide de tout
n’est pas bien loin
il est ici, maintenant
Le regard sans mémoire
sans destination
s’immobilise
dans l’air de l’air
la lumière de la lumière —
vrai lieu ?

***

ABERTO

Às vezes o olhar caminha
na trama da luz
sem curiosidade alguma
qualquer devaneio
Vai em busca do tempo
e o tempo, como o sempre,
vazio de tudo
nao está longe
está aqui, agora
O olhar sem memória
sem destino
se detém
no ar do ar
na luz da luz —
lugar ?

(Francisco Alvim)

 

Recueil: La Poésie brésilienne aujourd’hui
Traduction: Patrick Quillier
Editions: Le Cormier

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Sonnet à une Enfant (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2016



Sonnet à une Enfant

TEs yeux verts comme l’aube et bleus comme la brume
Ne rencontreront pas mes yeux noirs de tourment,
Puisque ma douleur t’aime harmonieusement,
O lys vierge, ô blancheur de nuage et d’écume !

Tu ne connaîtras point l’effroi qui me consume,
Car je sais épargner au corps frêle et dormant
La curiosité de mes lèvres d’amant,
Mes lèvres que l’Hier imprégna d’amertume.

Seule, lorsque l’azur de l’heure coule et fuit,
je te respirerai dans l’odeur de la nuit
Et je te reverrai sous mes paupières closes.

Portant, comme un remords, mon orgueil étouffant,
J’irai vers le Martyre ensanglanté de roses,
Car mon coeur est trop lourd pour une main d’enfant.

(Renée Vivien)

Illustration: Jean-Honoré Fragonard

 

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Une fois chaque chose, seulement une fois (Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2016



Gustav Klimt   [800x600]

Une fois chaque chose, seulement une fois.
Pourquoi, s’il est loisible de mener ainsi jusqu’à terme notre bref temps d’existence,
laurier un peu plus vert que tout autre sorte de verdure,
avec de petites ondulations à chaque bord de feuille
(tel le sourire d’une brise) — : pourquoi, alors devoir l’humain —
et, évitant le destin, se languir d’un destin ?…

Oh non parce qu’il y a du bonheur,
cet avantage prématuré d’une perte proche.
Non par curiosité, ou pour l’exercice du cœur qui serait aussi dans le laurier…

Mais parce qu’être ici importe,
et parce qu’apparemment tout ce qui est d’ici nous réclame,
tout ce périssable qui étrangement nous concerne. Nous les plus périssables.
Une fois chaque chose, une fois seulement.
Une fois et pas plus.
Et nous aussi, une fois.
Jamais plus.
Mais d’avoir été une fois cela, même si ce ne fut qu’une fois :
avoir été de cette terre semble irrévocable.

(Rilke)

 Illustration: Gustav Klimt

 

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POUR MOI (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2015




POUR MOI

Je ne dis ríen
A personne
De cette curiosité de la mort
Qui commence à l’emporter en moi
Sur la fureur de vieillir.
Sans rien dire
A personne
Je digère mes leçons de courage
Dans mon enfance déteinte ;
Avec la mousse d’un nouvel amour
Je colmate le poumon déchiré de mon désir.

(Jean Rousselot)

 

 

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On ne me regardera pas (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2015



On ne me regardera pas en disant :
« Qu’es-tu ? » ;
mais sans curiosité
et doucement.

Car je ferai partie aussi
des immobiles ;
et mes pensées ne seront
plus difficiles.

Mes yeux seront, calmes,
les siens ;
je les regarderai sans rien demander,
ne faisant qu’un.

***

No me mirarán diciendo:
« ¿Qué eres? »;
sino sin curiosidad
y dulcemente.

Porque yo seré también de
los quietos;
y ya no tendré difíciles
los pensamientos.

Mis ojos serán, serenos,
los suyos;
los miraré sin preguntas,
uno en lo uno.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration

 

 

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