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Poésie

Posts Tagged ‘cyclope’

Pension (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018


 


 

Bougie à L'Eglise

Pension

Une pension au bord des ramblas,
un mur de plus pour t’appuyer.
Ta jeunesse a fui les rues
les artères
catalanes.

Un cierge dans l’entrée
pour la vierge des cyclopes.
Vieille
étrange bâtisse
tu n’as vu que d’un oeil
l’insurrection
la phalange et…
les drapeaux noirs.

On entre dans les chambres par la rue
à travers un rideau
qui devine…
Le miroir contre le mur est indemne
c’est le sol qui croule
sous le poids des prunelles
pressées
d’être ailleurs.

(Balbino)

 

 

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JE TOUCHE TES LEVRES (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Alice de Miramon
    
JE TOUCHE TES LEVRES

Je touche tes lèvres,
je touche d’un doigt le bord de tes lèvres.
Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main,
comme si elle s’entrouvrait pour la première fois
et il me suffit de fermer les yeux
pour tout défaire et tout recommencer.

Je fais naître chaque fois la bouche que je désire,
la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage,
une bouche choisie entre toutes, choisie par moi
avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui,
par un hasard que je ne cherche pas à comprendre,
coïncide exactement à ta bouche
qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.

Tu me regardes, tu me regardes de tout près,
tu me regardes de plus en plus près,
nous jouons au cyclope,
nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent,
et les cyclopes se regardent, respirent confondus,
les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres,
appuyant à peine la langue sur les dents,
jouant dans leur enceinte où va et vient
un air pesant dans un silence et un parfum ancien.

Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux,
caressent lentement la profondeur de tes cheveux,
tandis que nous nous embrassons
comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons,
de mouvement vivants, de senteur profonde.

Et si nous nous mordons, la douleur est douce
et si nous sombrons dans nos haleines mêlées
en une brève et terrible noyade,
cette mort instantanée est belle.

Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr,
et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Marelle
Traduction: Laure Bataillon & Françoise Rosset
Editions: Gallimard

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En étrange pays (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



 

Catherine Abel eden [1280x768]

En étrange pays

Tu étais là présente parfois double,
En ce pays du jamaisrevenu
Atlas sans méridiens Zone inconnue
Temps sans passé Temps qui n’est plus qu’eau trouble.
Tu étais là. Ramenée en arrière
D’une mer amputée de littoral.
Tu gouvernais ton navire amoral
Vers l’au-delà des vies aventurières.
Tu étais là. Je ne sais depuis quand
De ta mémoire émargée. Péninsule
Où nous étions exilés, nous Consuls
Très surveillés d’au-dessous le volcan.
C’était la zone extrême dévolue
Aux animaux d’une ancienne mémoire
Qui surgissaient portant sur eux les moires
D’une autre mer, d’un monde révolu.
Un soleil maigre à jambes d’antilope
S’imprimait sur le sable à pas légers
Mais tu fuyais de ce site étranger
Comme traquée par son œil de cyclope.

(Charles Dobzynski)

Illustration: Catherine Abel

 

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SOLEIL ! (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017




    
SOLEIL !

Soleil !, cou coupé etc.
Soleil !, ketchup d’horizon de guillotine, etc.
Soleil ! cul de cyclope empalé au fer rouge, etc.
Pourquoi occupes-tu la moitié du ciel
Oisif
L’oeil vacant ?
Rends-toi utile !

Réchauffe le corps de mon amour
Dore-la
Côté face
Côté pile
Dore ses seins
Dore ses fesses
Ses bras, ses jambes, son ventre
Sans les brûler
Qu’elle reste partout
Couleur

De sa couleur
Et puis
Tire-toi !
Scram !
Get lost !
Va-t’en !
Go!

Laisse-nous seuls dans la nuit
Dans la douceur de la nuit
Dans la chaleur de la nuit
Dans la fraîcheur de la nuit
Entre les draps de la nuit

Laisse-moi
L’embrasser, la caresser, la pénétrer
Toucher ses yeux
Avant que mes doigts gèlent de vieillesse

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Je suis un crabe ponctuel
Editions: Gallimard

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