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CONTE DU SOLEIL ET DE LA ROUTE (Alain Fournier)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



 
    
CONTE DU SOLEIL ET DE LA ROUTE
(À une petite fille)

— Un peu plus d’ombre sous les marronniers des places,
Un peu plus de soleil sur la grande route lasse…

Des noces passeront, aux « beaux jours » étouffants,
sur la grand’route, au grand soleil, et sur deux rangs.

De très longs cortèges de noces campagnardes
avec de beaux habits dont tout le monde parle

Et de petits enfants, dans la noce, effarés,
auront de très petits « gros chagrins » ignorés…

— Je songe à l’Un, petit garçon, qui me ressemble
et, les matins légers de printemps, sous les trembles,

à cause du ciel tiède et des haies d’églantiers,
parce qu’il était seul, qu’on l’avait invité,
se prenait à rêver à la noce d’Été :

« … On me mettra peut-être – on l’a dit – avec Elle
qui me fait pleurer dans mon lit, et qui est belle…

(Si vous saviez – les soirs, quelquefois – ô mamans,
les pleurs de tristesse et d’amour de vos enfants !)

« … J’aurai mon grand chapeau de paille neuve et blanche ;
sur mon bras la dentelle envolée de sa manche… »
— Et je rêve son rêve aux habits de Dimanche.

« … Oh ! le beau temps d’amour et d’Été qu’il fera,
Et qu’elle sera douce et penchée, à mon bras.

J’irai à petits pas. Je tiendrai son ombrelle.
Très doucement, je lui dirai « Mademoiselle »

d’abord – Et puis, le soir, peut-être, j’oserai,
si l’étape est très longue, et si le soir est frais,
serrer si fort son bras, et lui dire si près,
à perdre haleine, et sans chercher, des mots si vrais

qu’elle en aura « ses » yeux mouillés – des mots si tendres
qu’elle me répondra, sans que personne entende… »

— Et je songe, à présent, aux mariées pas jolies
qu’on voit, les matins chauds, descendre des mairies
Sur la route aveuglante, en musique, et traîner
des couples en cortège, aux habits étrennés.

Et je songe, dans la poussière de leurs traînes
où passent, deux à deux, les fillettes hautaines
les fillettes en blanc, aux manches de dentelles,
Et les garçons venus des grandes Villes – laids,
avec de laids bouquets de fleurs artificielles,

— je songe aux petits gars oubliés, affolés
qu’on n’a mis, « au dernier moment », avec personne

— aux petits gars des bourgs, amoureux bousculés
par le cortège au pas ridicule et rythmé

— aux petits gars qui ne s’en vont avec personne
dans le cortège qui s’en va, fier et traîné
vers l’allégresse sans raison, là-bas, qui sonne.

— Et tout petits, tout éperdus, le long des rangs,
ne peuvent même plus retrouver leurs mamans.

— Un surtout… qui me ressemble de plus en plus !
un surtout, que je vois – un surtout… a perdu

au grand vent poussiéreux, au grand soleil de joie,
son beau chapeau tout neuf, blanc de paille et de soie

et je le vois… sur la route… qui court après
– et perd le défilé des « Messieurs » et des « Dames » –
court après – et fait rire de lui – court après,
aveuglé de soleil, de poussière et de larmes…

(Alain Fournier)

 

Recueil: Miracles
Traduction:
Editions:

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Je sens la caresse (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020




Je sens la caresse de mes doigts
sur mon cou quand je mets mon col
et je pense avec tendresse
aux douces dames que j’ai connues.

(William Carlos Williams)

Illustration: Orestes Bouzon

 

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LE POEME (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



 

Audrey Kawasaki  attente

LE POEME

TOUT est
dans le son. Une chanson.
Rarement une chanson. Ce devrait

être une chanson — faite
de détails, de guêpes,
une gentiane — quelque chose
d’immédiat, ciseaux
ouverts, regard
de dame — qui s’éveille
centrifuge, centripète.

***

THE POEM

IT’s all in
the sound. A song.
Seldom a song. It should

be a song — made of
particulars, wasps,
a gentian — something
immediate, open
scissors, a lady’s
eyes — waking
centrifugal, centripetal

(William Carlos Williams)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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PORTRAIT D’UNE DAME (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



 

Jean-Honoré Fragonard - Young Woman Playing with a Dog

PORTRAIT D’UNE DAME

Vos cuisses sont des pommiers
dont les fleurs touchent le ciel.
Quel ciel ? Le ciel
où Watteau suspendit une pantoufle
de femme. Vos genoux
sont une brise du sud — ou
une rafale de neige. Ah ! quelle
sorte d’homme était ce Fragonard ?
— comme si cela répondait
à quoi que ce soit. Ah, oui — au-dessous
des genoux, puisque par là
s’écoule la musique, c’est
un blanc jour d’été,
les hautes herbes de vos chevilles
tremblent sur le rivage —
Quel rivage ? —
le sable se colle à mes lèvres —
Quel rivage ?
Ah, des pétales peut-être. Comment
le saurais-je ?
Quel rivage ? Quel rivage ?
J’ai dit des pétales de pommier.

***

PORTRAIT OF A LADY

YOUR thighs are appletrees
whose blossoms touch the sky.
Which sky ? The sky
where Watteau hung a lady’s
slipper. Your knees
are a southern breeze — or
a gust of snow. Agh ! what
sort of man was Fragonard ?
— as if that answered
anything. Ah, yes — below
the knees, since the tune
drops that way, it is
one of those white summer days,
the tall grass of your ankles
flickers upon the shore —
Which shore? —
thesand clings to my lips —
Which shore ?
Agh, petals maybe. How
should I know ?
Which shore? Which sho re?
I said petals from an appletree.

(William Carlos Williams)

Illustration: Jean-Honoré Fragonard

 

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INTERMÈDE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020




    
INTERMÈDE

Pendant que j’étais chez la fruitière
Il est entré une petite fille,
Un litre couché dans son bras
Et des sous pressés dans sa main :
– Trois sous de sel et un litre de bière.
Sa bouchette aux lèvres froncées
Avait grand sérieux et pensait :
Dépêchons-nous ! Que de soucis !
Sa bouchette aux lèvres froncées
N’empêchait pas mais accusait plutôt
Dans les joues fraîches, deux fossettes ;
Et son petit nez de bébé
Semblait railler sa gravité.
Mais son regard de grande dame…
Mais sa nuque entre ses deux nattes !
– De la bière à combien, mon enfant ?
– « À six sous. » Elle vérifia
Un à un les sous dans sa main
Donna son litre et attendit
Et fut toute tendue d’attente.
Y avait-il pas quelque part
Au pied d’un lit, dans une encoignure,
Une petite poupée de son
Qui grelottait sous des chiffons
Au fond d’une boîte en carton ?
Y avait-il pas au logis
Un petit frère touche-à-tout ?
Ou quelque dîner sur le feu ?
Mais soudain la bouche s’entr’ouvrit :
Les yeux, les yeux de grande dame
S’étaient tournés vers l’étagère
Où il y avait les bonbons.
C’est alors qu’en gagnant la porte
Je lui demandai : Comment t’appelles-tu ?
Elle sourit et dit : Alice.
– Alice, voici deux sous pour toi.

*

Après, je l’ai rencontrée dans la rue
Elle portait son litre et son sel.
Elle avait aussi un petit cornet…
Elle a rougi à mon sourire
Et elle m’a fait un si gracieux,
Un si noble salut de la tête,
Que j’ai soulevé mon képi.

Amiens, 1916.

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

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La girafe (Anne Tardy)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020




Vieille dame aux genoux rouillés,
la girafe
s’agenouille pour boire.

(Anne Tardy)

Illustration

 

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COMPLAINTE DE LA PETITE MORT DANS L’ÂME (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2020



Illustration: Frédéric Martin
    
COMPLAINTE DE LA PETITE MORT DANS L’ÂME

La petite mort dans l’âme, à force de tourner elle
s’était perdue.
Peut-être l’avez-vous rencontrée à l’Armée du Salut
ou au coin de la rue ?

La petite mort dans l’âme si fatiguée, si sale et si
grelottante,
le faux sommeil de trois heures du matin dans les salles
d’attente.

Son tablier percé, ses mains gercées, ses lèvres crevassées,
ses souliers très usés, ses bras très reprisés, ses épaules très
méprisées.

Maintenant je suis sûr de l’avoir déjà aperçue en mil neuf cent
quarante.
au Mesnil les Trois Chemins, sous une pluie battante.

La petite mort dans l’âme ce jour-là était devenue folle.
On lui avait tué son mari, il était si gentil, un si bon homme,
et il s’appelait Paul.

Elle était restée toute seule dans le village.
L’église ouverte en deux, les saints de Saint-Sulpice pleuraient
leur plâtre peint sous l’orage.

Mais la petite mort dans l’âme a bien fini par reprendre la
route.
Je l’ai revue dans les Ardennes, sa charrette arrêtée, elle cassait
la croûte.

Elle avait emporté un matelas, un édredon, les douze
casseroles de cuivre,
le panier à salade, l’horloge de grand’mère, la cage de l’oiseau
et le chien Pataud à pied pour la suivre.

La petite mort dans l’âme marchait tout le temps et ne dis
rien :
il faudra bien que ça finisse, tout a une fin, il faudra bien.

La petite mort dans l’âme, on lui a fait voir du pays
Amsterdam, Varsovie, Coventry, Cologne, Oradour,
Hiroshima, Paris.

Les voyages forment la jeunesse, et la petite mort dans l’âme
à force d’aller partout et d’en voir de toutes les couleurs
devint une vraie dame.

La petite mort dans l’âme en mil neuf cent quarante-trois
s’était mariée en Pologne au coin d’un bois l’hiver, il faisait
très grand froid.

Elle avait épousé le nommé Juif Errant Isaac Laaquedem,
mais il est mort en déportation pauvre petite, et elle n’était
pas au bout de ses peines.

(Elle n’a pas pu toucher sa pension : les papiers n’étaient pas
en ordre.
Et la petite mort dans l’âme a dû chercher du travail, ah ! ce
n’est pas commode).

Dans les ruines d’Aix-la-Chapelle que les Allemands
nomment Aachen,
la petite mort dans l’âme m’a parlé en allemand Ich nicht
spricht deutsch, nichtfertig, alors à quoi bon ta rengaine ?

La petite mort dans l’âme a été voir sa grand’mère Mort Dans
l’Âme pour lui porter, acheté au marché noir, un quart de beurre.
Mais sa grand’mère était morte de froid rue Mouffetard, et
c’est bien du malheur.

(Elle habitait au huitième dans une chambre sous les toits.
Les employés des Pompes funèbres ont eu du mal avec leur
caisse, l’escalier est étroit).

J’ai rencontré la petite mort dans l’âme, ses yeux bleus pleins
de larmes, et comme elle était belle !
parmi ce qui reste d’une maison blitzée, dans une rue triste de Whitechapel !

Mais plus tard, c’était encore elle, je ne m’y suis pas trompé,
qui disait cigarette, cigarette, à Oslo,
aux matelots anglais sur le port avec son odeur de goudron et
d’eau.

Elle avait perdu son bébé quand elle avait treize ans, il était
mort en couches,

à cause des privations, du temps des Allemands, avec qui il
avait bien fallu qu’à la fin elle couche.
La petite mort dans l’âme a été putain à Naples et à Rome,

marchande de croissants au métro Réaumur, et de piles
électriques entre Villiers et Rome.

On lui a tondu les cheveux en août 1944 et c’était une erreur,
elle n’aurait jamais cru qu’elle avait de quoi tant pleurer dans
le coeur.

Elle est toujours ici, parmi nous, au noir de notre coeur,
Et quand tu te crois seul, d’Athènes, de Madrid, de France, de
Chine ou d’Amérique,

de tous les coins de ce monde bête et triste,
voilà qu’elle est en toi, la petite mort dans l’âme, à
l’improviste.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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SILHOUETTE (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



SILHOUETTE

Gentille dame du Sud
N’ayez peine aucune.
Ce n’est qu’un Noir qu’ils ont pendu
Dans l’ombre de la lune.

A l’arbre du chemin
Ils ont pendu un Noir
Dans l’ombre de la lune
Pour que tous puissent voir
Comment Dixie protège
Ses femmes blanches.

Voyons gentille dame du Sud
Du calme!
Du calme!

***

Silhouette

Southern gentle lady,
Do not swoon.
They’ve just hung a black man
In the dark of the moon.

They’ve hung a black man
To a roadside tree
In the dark of the moon

For the world to see
How Dixie protects
Its white womanhood.

Southern gentle lady,
Be good!
Be good!

(Langston Hughes)

Illustration: Victor Hugo

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A une beauté rencontrée en chemin (Li Bo)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




Illustration: Ogata Gekko
    
A une beauté rencontrée en chemin

Le cheval blanc, altier, foule les fleurs tombées
Ma cravache pendante frôle le carrosse aux cinq-nuages
De la dame. Soulevant le rideau de perles, d’un sourire
Elle montre, au loin, la maison rouge : « C’est là. »

(Li Bo)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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LES BELLES DAMES DE PARIS (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020


 


Albert Lynch _Portrait_Of_An_Elegant_Lady [1280x768]

LES BELLES DAMES DE PARIS

Les belles dames de Paris
Ont de belles robes
Avec de grands cols à broderies
Sous les manteaux fourrés de haut prix.

Les belles dames de Paris
Du Pont-Neuf à la Concorde
Ont de beaux visages poudrés de riz
Et de mignonnes mains gantées de gris.

Mais elles ont mieux
Pour les galants audacieux,
Elles ont mieux encore
Que beaux habits et beaux yeux;

Elles ont mieux que fraîches mines
Malicieuses de souris :
Elles ont de gracieux corps
Sous les chemises fines;

Elles ont cuisses et jambes jolies
Et veloutées comme fleur ou fruit
Dans leur lit,
Les belles dames de Paris.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Albert Lynch

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